SOIRÉE-DÉBAT
avec Pierre Sabourin autour de son livre
Sándor Ferenczi, pionnier de la clinique (Ed. Campagne Première, 2011)
le jeudi 10 mai 2012 à 21 h 00
à la Faculté de Théologie Protestante, 83 boulevard Arago, 75014 Paris Métro : Glacière, Denfert-Rochereau ou Les Gobelins
Discutants : Michelle Bouraux Hartmann, Claude Delaunay, Gérard Joncoux
À près de trente ans de sa première écriture : « Ferenczi, paladin et grand vizir secret : une vision qui a force d’Histoire dans le mouvement psychanalytique », tout en gardant sa passion de la découverte, vision dont il nous dit que tout psychanalyste devrait l’avoir en partage dans son cheminement.
Sa vie, cette histoire, nous renseigne non seulement sur une biographie plus étoffée du côté de Ferentsi Chándot hongrois, de par ses ascendants paternels et grand-paternels inscrits dans une résistance politique mais aussi dans un mouvement social. (Selon Claude Lorin, dès son « Jeune Ferenczi » qui date de 1983 : « Dans sa pratique médicale, Ferenczi découvre toutes sortes de folies et récolte des faits sociaux qui s’expriment aussi dans la maladie mentale… Il travaille par exemple dans un hôpital qui s’appelle L’Hôpital des Pauvres avec des prostituées, des paranoïaques… Nous lui devons la démédicalisation des problèmes existentiels comme l’homosexualité, la vieillesse…) * Cette histoire nous renseigne surtout, dès l’ouverture du livre, sur une question majeure pour nous : celle des traductions des textes de Ferenczi en France notamment, leur difficulté, leur caviardage et leur datation. C’est donc un vibrant hommage que nous adressons à Judith Dupont et son équipe du Coq Héron (équipe de plusieurs langues et d’appartenances psychanalytiques variables : 4e Groupe pour Sabourin, lacanienne pour Suzanne Achache, Suzanne Hommel et Françoise Sanson, toutes germanistes et psychanalystes ; et Bernard This, latiniste et féru d’haptonomie. Notons que Judith Dupont, nièce de Balint et petite-fille de Vilma Kovács, était à la S.F.P.).
D’autres traducteurs suivront ou ont précédé, comme la femme de Vladimir Granoff qui, dans le numéro de La Psychanalyse (texte de 1961), traduit pour la première fois en France « Confusion de langue entre adultes et enfants ». Dans ce même numéro, Lacan écrit « La direction de la cure ». Un Lacan qui a lu Ferenczi, celui de 1907, et qui l’honore d’être le premier psychanalyste à parler de « l’Être du psychanalyste ».
Donc revenons avec Pierre Sabourin sur cet énorme travail de dizaines d’années, de 1967 à 1983 : quatre tomes pour les œuvres de Ferenczi, trois tomes pour la Correspondance Freud/Ferenczi qui nous sont enfin donnés ; et son Journal d’octobre 32 publié en 1985.
C’est un travail qui ouvre pour nous une liberté de pensée, qui nous fait percevoir que les scissions françaises n’ont que trop souvent brisé par leurs effets, qu’on peut appeler traumatiques, les pensées fondatrices, multiples après la mort de Lacan, et nous en savons quelque chose à la F.A.P.. Quand Freud rencontre, en 1906, Sándor Ferenczi il le rencontre avec sa liberté de pensée et sa jeunesse par rapport à lui, et plus tard (par rapport à la guerre de 14) où il a identifié les violences traumatiques. Cette correspondance, qui a duré jusqu’à la mort de Ferenczi, nous montre des confrontations cliniques et théoriques étonnantes mais aussi leurs différences. Exemple : la projection pour Freud et l’introjection pour Ferenczi. Mais leurs différences sur la trouvaille traumatique sont étonnantes. Pourquoi ? Car Freud reste évidemment réticent à une autre vision du trauma (celle qu’il va maintenir avec son appareil psychique) mais plus encore, comme il l’a fait avec Jung, par sa recherche d’un fils fidèle pour une présidence qui assure pour l’avenir la transmission de sa pensée.
Quelques questions sur le corps et sur le trauma :
1. Comment Ferenczi a-t-il fait progresser le champ de la psychanalyse dans le problème qui, comme l’a écrit Freud, hélas après la mort de Ferenczi, aurait « occupé toute sa vie : l’aspiration à guérir et à aider » ? Sa rencontre avec Groddeck (le psychanalyste sauvage, ami intime de Ferenczi, et qui pourtant a donné à Freud le Ça) libère pour lui un espace de recherche concernant la relation entre difficulté psychique et affection organique. Ferenczi parle de Groddeck avec humour de ses « massages psychiques ». Ferenczi les développera dans de nombreux textes allant de ceux de « l’hystérie de conversion » aux « névroses d’organe » : est-ce la première psychosomatique ? À sa suite, Balint, Hermann (L’instinct filial) et d’autres poursuivront ses avances fécondes.
2. Très tôt la pratique médicale constitue pour Ferenczi un sentier d’exploration à partir duquel il sera amené, et cette fois-ci comme psychanalyste, à identifier la « double langue » de ses patients adultes confrontés aux « traumas d’enfance ». La reconnaissance des clivages précoces (mais non plus au sens pervers comme pour Freud) qu’il appelle, lui, atomisation du moi, les difficultés que ces « effondrements du Moi » font peser dans l’amélioration de ses patients, vont le conduire à adapter sa technique en fonction de chaque « analysand » ; et aussi à réinterroger les approches théoriques sur lesquelles il échangeait avec Freud dans sa correspondance. Ainsi en vient-il à promouvoir « l’implication contre-transférentielle de l’analyste » comme outil indispensable pouvant ouvrir l’accès à ces patients-là dans des « zones psychiques non reconnues » par ceux-là. Ceci constitue un véritable tournant dans la conception de l’analyse et de sa pratique : c’est la place même de l’analyste, dans la portée de ses engagements et de son éthique, qui se trouve interrogée hors toute orthodoxie.
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Pierre Sabourin ouvre toutes les suites données notamment par Maria Torok et Nicolas Abraham et signale au passage que François Perrier, dans son séminaire « Sur l’amour », fait allusion longuement à l’apport de Ferenczi. On peut retenir que Pierre Sabourin nomme que ce qui caractérise finalement le plus son Journal intime est un mode de pensée qui non seulement dénonce les contre-transferts catégoriques de Freud à son égard, alors que lui-même, Ferenczi, est du côté de « poésie et science ».
Pierre Sabourin va aussi nous projeter des images. Toutes les questions que nous nous sommes posées, nous espérons que vous vous les poserez à propos de vos cliniques et de vos pensées liant la théorie et la clinique.
Michelle BOURAUX HARTEMANN, Claude DELAUNAY et Gérard JONCOUX
Participation aux frais de location de la salle : 10 €