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janvier 2014 : Pétition du Collectif 14 pour la défense du secteur de psychiatie infanto-juvénile du 14e arrondissement

HALTE A LA LOGIQUE IN-HOSPITALIERE EN PSYCHIATRIE

DEFENDONS LES DROITS DES PATIENTS AUX SOINS DE SECTEUR

Le secteur de psychiatrie infanto-juvénile du 14e arrondissement de Paris est actuellement menacé dans l’exercice de ses missions de soins auprès des enfants et des familles dont il a la charge.

Un projet de regroupement de plusieurs sites de consultation du 14e, nommé « Projet Nouvel IPP Centre Référence Enfance » est en cours, piloté par l’administration de l’Hôpital Sainte-Anne. Cette dernière veut imposer un déménagement dès juillet 2014 sans aucune concertation ni réflexion préalables autour d’un projet médical de soins.

Le secteur de psychiatrie infanto-juvénile du 14e a évolué depuis 40 ans, en privilégiant le travail en petites unités réparties sur l’arrondissement. Il fonctionne actuellement autour de 3 structures distinctes :

- l’Unité Petite et Jeune Enfance dans l’hôpital Sainte-Anne,

- la consultation des 6-12 ans rue du Père Corentin,

- la consultation adolescents rue de Ridder.

Cette répartition en petites structures à « taille humaine » nous aide à assurer au quotidien nos missions de secteur dans les meilleures conditions. La différenciation des sites de consultation permet également une prise en charge au plus près des besoins des enfants et de leurs familles.

Notre maillage institutionnel de proximité avec les écoles, les services médico-sociaux et les différents professionnels de l’enfance, construit avec le temps, est en passe d’être démantelé. Or, les évolutions cliniques et l’augmentation de la demande de soins rendent au contraire nécessaire son renforcement.

La réalisation du projet Centre Référence Enfance, avec concentration des soins de secteur et des consultations spécialisées non sectorisées sur un même lieu l’ancien Institut de Puériculture Boulevard Brune - avec qui nos équipes respectives ont toujours travaillé en complémentarité - va provoquer, outre la suppression de nombreux emplois, une régression vers des soins hospitalo-centrés, plus impersonnels et indifférenciés, plus difficiles d’accès pour des enfants en voie d’autonomisation.

Ce projet nous semble être une nouvelle attaque de la sectorisation psychiatrique en France et de l’articulation des soins avec la cité.


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23 janvier 2013 : lettre ouverte à Claude Évin, directeur de l’Agence Régionale de Santé d’Île de France

Tribune publiée dans Libération

Il faut garder une psychiatrie de proximité

par Sandrine Deloche, pédopsychiatre et Yann Diener, psychanalyste

« Ernesto m’a appris à dire non », disait Marguerite Duras. Ernesto, c’est l’enfant fou et génial de la Pluie d’été, publié par Duras en 1990. Ernesto est en retard sur certaines choses, en avance sur d’autres. Il est « dans sa bulle ». Il refuse d’aller à l’école, « parce qu’on y apprend des choses qu’on ne sait pas ». Ernesto aurait pu bénéficier de consultations au Centre médico- psychologique (CMP) de son quartier. Mais il a fermé. Les CMP font partie des secteurs de pédopsychiatrie mis en place dans les années 70 : structures extra-hospitalières, lieux d’accueil à taille humaine, loin de l’asile, ils sont inscrits dans la ville. Les enfants et leurs parents y viennent plus facilement qu’à l’hôpital, à la recherche d’une adresse pour parler des angoisses, des traumatismes, des difficultés scolaires et autres cauchemars qui peuvent compliquer la vie jusqu’à la rendre impossible. Le travail des équipes de secteur se fait en partenariat avec les écoles spécialisées, les hôpitaux de jour, les jardins d’enfants, dans un maillage local qui permet d’appréhender la complexité d’un symptôme dans son contexte. La proximité avec le lieu d’habitation de l’enfant et de sa famille permet ce travail d’orfèvre, sans lequel bien des instituteurs ne tiendraient pas longtemps, sans lequel la violence des adolescents serait encore plus vive.

Mais aujourd’hui, les agences régionales de santé (ARS) poussent les hôpitaux à faire des économies sur ce réseau extra-hospitalier qui a un coût. Pour tenter d’équilibrer son budget étranglé par l’ARS, l’hôpital Sainte-Anne s’apprête à démantibuler l’historique et symbolique intersecteur infanto-juvénile du XIVe arrondissement de Paris, créé et tissé pendant plus de trente ans, par Michel Soulé, Yann du Pasquier, Jean Bergès et beaucoup d’autres. Le CMP des 6-12 ans est ainsi en passe d’être fermé, et son personnel affecté à un bloc hospitalier excentré. Cela aura pour effet de démanteler les pratiques de proximité et de rompre les parcours de soin, que l’ARS est pourtant censée garantir. Ces économies à court terme auront, à long terme, un coût énorme pour la santé publique.

Nous avons affaire à une politique hospitalière qui tente de faire passer une pure opération gestionnaire pour un projet d’expertise : un soi-disant « pôle référence enfance » avec mutualisation des moyens. « Mutualisation des moyens » : une expression de la novlangue administrative pour ne pas dire fermeture de postes, appauvrissement du travail, isolement des équipes. Une régression qui va avec un alignement sur les méthodes comportementalistes : la psychanalyse est attaquée en même temps que le secteur, la parole des patients et des équipes se referment. Ce qui se profile à l’horizon de ces fusions-mutualisations, c’est une régression au temps où l’on saucissonnait les enfants pour traiter leurs « troubles » hors de leur contexte, selon une conception mécaniste et localiste du symptôme, qui réduit les intervenants à des techniciens spécialisés et cloisonnés.

Les professionnels de la santé qui se réfèrent à la psychanalyse doivent tenir sur la conception qu’ils se font du symptôme comme d’une vérité à entendre. Nous devons tenir sur nos pratiques pour que les symptômes des enfants comme des adultes puissent encore leur servir à dire non, et pour que nos interventions (et nos institutions) ne servent pas à les museler. Lorsqu’ils refusent la place qui leur a été assignée, les enfants comme Ernesto nous apprennent à dire non.

Monsieur Évin, vous pouvez encore dire non : ne laissez pas faire le démantèlement d’un maillage nécessaire à la parole de ces enfants qui déjà ne la prennent pas facilement. Vous pouvez empêcher la fermeture de ces espaces de parole et de soin nécessaires au lien social.

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Il y a un mois, le collectif 14 lancé une pétition pour la défense des droits des patients aux soins de secteur. Un mois plus tard, une lettre ouverte à Claude EVIN était publiée dans la rubrique Rebond du journal Libération (vous pouvez la consulter sur le site internet de Libération, ou en vous procurant l’édition du 24 janvier).

Aujourd’hui, nous sommes 859 signataires !

Pour signer la pétition, cliquer ici ...

Vous trouverez ci-dessous un communiqué de Presse du Collectif.

Merci d’avance de continuer de partager cette pétiton pour que l’on puisse, ensemble, défendre les soins de secteur

Communiqué de presse

Les Centres médico-psychologiques font partie des secteurs de pédopsychiatrie mis en place dans les années 80 : structures extra-hospitalières, lieux d’accueil gratuits et à taille humaine. Ils sont inscrits dans la ville, soutenus par une politique de santé de proximité. Les enfants et leurs parents y viennent plus facilement qu’à l’hôpital, à la recherche d’une adresse pour parler des angoisses, des traumatismes, des difficultés scolaires et autres cauchemars qui peuvent compliquer la vie jusqu’à la rendre impossible. Le travail des équipes de secteur se fait en partenariat avec les écoles, les classes spécialisées, les pédiatres, les hôpitaux de jour, les instituts médico-éducatifs, les services sociaux, dans un maillage local qui permet d’appréhender la complexité d’un symptôme dans son contexte, en fonction de la singularité de chaque enfant. La proximité avec le lieu d’habitation de l’enfant et de sa famille permet ce travail d’orfèvre, sans lequel bien des instituteurs ne tiendraient pas longtemps, sans lequel la violence des adolescents serait encore plus vive.

Mais aujourd’hui les Agences Régionales de Santé (ARS) poussent les hôpitaux à faire des économies sur ce réseau extra-hospitalier d’unités ambulatoires – qui a effectivement un coût. Par exemple, pour tenter d’équilibrer son budget étranglé par des projets intra et inter-hospitaliers (la CHT, Communauté hospitalière de territoire), l’administration de l’hôpital Sainte-Anne s’apprête à démantibuler l’historique et symbolique secteur infanto-juvénile du 14e arrondissement de Paris, tissé pendant plus de trente ans avec des unités de soins savamment réparties sur l’arrondissement. Ces unités sectorielles de consultation sont en passe d’être fermées, regroupées et comprimées dans un seul bâtiment, un bloc hospitalier excentré. Cela aura pour effet de désorganiser les pratiques sectorielles de proximité et donc de rompre les parcours de soins, que l’ARS est pourtant censée garantir.

La direction de l’hôpital Sainte-Anne réalise une opération gestionnaire en proposant, sans garantie de financement, un projet non abouti de « Centre Référence Enfance » avec « mutualisation des moyens » (c’est-à-dire fermeture de postes et déconnexion entre les soignants et leurs partenaires habituels). La visée première de cette opération étant d’exploiter la concession que Sainte-Anne a obtenue du bâtiment de l’ancien Institut de Puériculture de Paris, mis en liquidation judiciaire en juillet 2001. C’est donc une « opportunité architecturale », comme dit la direction de l’hôpital, qui va décider du démantèlement d’un intersecteur de pédopsychiatrie à l’efficacité reconnue par tous ses partenaires, et d’une régression au temps où l’on saucissonnait les enfants pour traiter leurs troubles hors de leur contexte. Ces économies à court terme auront à moyen terme des conséquences en termes de santé publique : ce qui est en train d’être défait, c’est un maillage nécessaire à la parole et aux soins des enfants.

Sandrine Deloche, pédopsychiatre (sandrine.deloche wanadoo.fr)

Yann Diener, psychanalyste (yann.diener wanadoo.fr)

pour le Collectif 14



[Article mis à jour le 26 janvier 2014)