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Déplacements et transferts sur l’autre-scène

par Pierre Babin


Pour venir en Chine vous rencontrer et parler avec vous de psychanalyse, il faut se déplacer, prendre l’avion, changer de scène, effectuer un transfert, avec mes bagages et ma langue maternelle.

Très tôt, dans sa pratique médicale, avant même d’inventer le mot et la chose “psychanalyse”, Freud avait remarqué l’importance constante chez chaque sujet, des manifestations du déplacement et du transfert.

C’est dans son maître ouvrage l’Interprétation des Rêves, qu’il donne au concept de déplacement, les développements et les illustrations les plus importantes, qui fondent, selon lui, l’organisation de l’appareil psychique.

L’expérience de la psychanalyse nous enseigne cette vérité troublante et souvent inquiétante : nous ne savons jamais qui est qui, ni dans quel lieu et dans quel temps, nous nous trouvons - du point de vue psychique -, même si dans la réalité matérielle, nous disposons d’une certaine certitude.

Ce constat déboussolant et surréaliste détermine une dissymétrie existentielle : il y a une autre - scène. Nous vivons sur deux scènes à la fois. Ce que Freud traduit très précisément en soutenant l’existence de l’Unbewusst, ce qui n’est pas su, ce qui ne se sait pas, l’insu, le non - élucidé, ce qui n’a pas de nom, pas de désignation, pas d’identité, et qui agit sur nous, avec nous dans notre vie, à notre insu. Il y a du jeu.

Les rêves, les symptômes, les lapsus, les actes manqués, tout ce qui rend notre vie flottante, et trompeurs les cartes, les plans et les montres que nous pouvons consulter, est en relation avec l’ autre scène. Ils sont les représentants de l’insu.

Pour rencontrer des fragments de l’insu de l’autre - scène, à travers déplacements et transferts, je vous propose quelques excursions dans ces espaces inaccessibles, puisqu’ils ont le rapport le plus étroit avec le sexe et la mort.

Je me déplacerai avec deux compagnons de route, deux peintres : Picasso et Bacon. Ils ont exploré et fait l’expérience de l’insu de l’autre-scène. Par une destruction partielle ou totale des formes de la perception de la réalité, ils produisent des représentations qui s’ajustent en partie à ce travail de destruction opéré par l’autre-scène. Leur peinture que nous regarderons ensemble, est aussi en accord, comme dans l’expérience de la psychanalyse, avec le décalage fondamental et toujours refoulé, d’un trouble de l’identifiable, qui rejoint la vérité du fantasme.

Un : Je ne sais pas. Un : il y a de l’insu. Il y a du jeu.

Comme je ne parle pas chinois, je ne sais pas ce que vous entendrez de ce que je vous dirai, ni ce qui vous sera traduit. Alors cette transmission sera comme un rêve, dont l’ombilic demeure insu. Il y aura du jeu.

Un rêve de Chine, un rêve de psychanalyse.

Ainsi, parviendrais-je peut-être à vous faire passer l’objet central et trompeur de l’expérience psychanalytique, formulé ainsi par Jacques Lacan : que le sujet humain est ex-centré, divisé.



[Article mis à jour le 13 octobre 2008)