Notre travail prend peu à peu une dimension d’inter-contrôle, chacun d’entre nous exposant à tour de rôle une situation clinique qui le met en difficultés et qui lui semble illustrer le fil directeur de notre atelier.
Celui-ci concerne l’exploration de ces moments de passage de la « réalité » à la réalité psychique dans la cure analytique, c’est-à-dire tous ces moments de la cure qui permettent que pour l’analysant s’opère la reconnaissance d’une « réalité intérieure » d’un autre ordre que la seule réalité matérielle à laquelle il reste plus ou moins aliéné.
Certains patients, plus que d’autres, posent de ce point de vue des difficultés qui peuvent sembler insurmontables. Ils se présentent avec une demande de guérison comme auprès d’un médecin-avocat auquel ils viendraient réclamer réparation et soins sans être prêts à s’impliquer dans une mise en cause minimale d’eux-mêmes. Ils ne se reconnaissent que comme victimes des dommages que la « réalité » leur a fait subir et ils y sont même encouragés par l’air ambiant de l’époque.
Sans pour autant nier les traumatismes qu’ils ont subis, il n’est jamais suffisant d’en rester seulement à la reconnaissance de la réalité de ces traumatismes.
Nos échanges portent sur le « travail d’accueil » très particulier auquel ces personnes nous obligent, les transferts qu’elles provoquent en nous, ainsi que sur les divers procédés par lesquels nous tentons de leur faire prendre conscience de cette « autre réalité » qui est celle de leur vie psychique inconsciente.
Un article de René Roussillon nous a aidés cette année : La capacité d’être seul en présence de l’analyste et l’appropriation subjective (monographies de la R.F.P. - « Pratiques de la Psychanalyse » - 2000).
Nous continuons de cheminer ensemble sur ce chemin accidenté et nous essayons de nous forger quelques bricolages théoriques communs qui puissent faire repère entre nous.