Nous apprenons avec beaucoup de tristesse le décès de Jean-Paul Valabrega, psychanalyste fondateur du Quatrième Groupe ; il est décédé le 25 janvier à l’âge de 89 ans.
Ancien résistant, il a continué à manifester son indépendance d’esprit au travers des querelles qui ont secoué la psychanalyse française. Analysé par Lacan, il le suivra en 1953 dans la Société Française de Psychanalyse puis en 1964 dans l’École Freudienne de Paris. Il le quittera en 1969 pour fonder avec deux collègues, Piera Aulagnier et François Perrier le Quatrième Groupe - Organisation psychanalytique de langue française.
Michelle Moreau Ricaud évoque pour nous ce collègue dont la pensée et la présence ont fortement marqué le Quatrième Groupe et la psychanalyse française. Nous publions ici des extraits de son texte paru sur le site du Quatrième Groupe.
Jean-Paul Valabrega a publié de nombreux ouvrages. "Il publie, dès 1952, des travaux sur la relation médecin-malade, puis Les théories psychosomatiques en 1954, ouvrage couronné par l’Académie des Sciences morales et politiques. C’est alors qu’il rédige sa thèse La relation thérapeutique, sous la direction du Pr. D. Lagache, qu’il rencontre Michael Balint, premier invité étranger à la SFP ; il le fait connaître en France par la traduction dès 1960, aux P.U.F., de son livre Le médecin, son malade, la maladie, puis Techniques psychothérapeutiques en médecine en 1966 chez Payot. Lorsque les négociations se font pour que la nouvelle SFP rejoigne l’A.P.I.,en sacrifiant Lacan et Dolto, il reste jusqu’en 1969 du côté de Lacan qui a créé l’Ecole Freudienne de Paris. (...) C’est sur la question de « la passe », qu’il considère comme l’introduction périlleuse d’un foyer d’inanalysable au cœur même de la transmission psychanalytique, que se consommera sa rupture avec l’EFP en 1969. Dans les débuts du Quatrième Groupe (*), il élabore avec l’analyse quatrième, une théorie du contrôle de la situation de supervision, qui prend en compte l’ensemble complet des figures et personnes qui y interviennent, ainsi que leurs interactions visibles ou cachées. C’était là un apport novateur et d’importance concernant la transmission de la psychanalyse. Homme d’écriture, il est au comité de rédaction de Topique dès l’origine puis au comité de direction de cette même revue avec Micheline Enriquez et Nathalie Zaltzman, puis jusqu’à ce jour, co-directeur avec Sophie de Mijolla-Mellor. Ses nombreuses publications de livres et d’articles montrent la diversité de ses centres d’intérêt et l’ampleur de la réflexion qu’il n’a cessé de mener." [http://www.quatrieme-groupe.org//]
Ceux qui l’ont connu et qui ont fréquenté son séminaire « Anthropologie et Psychanalyse » à l’EHESS, qu’il a co-dirigé pendant de nombreuses années avec Nicole Belmont, garderont longtemps le souvenir de ses exposés lumineux, de ses interventions concises et pertinentes, ainsi que de son humour décapant, à la hauteur d’un grand Monsieur qui avait plaisir à nous faire rire en gardant un visage sérieux.