D’un Witz, d’une saillie, Lacan balaya la question de sa formation. Son secret ? Il avait cinq ans et demi…
Freud a désigné le lieu du désirant : il a fait venir sur scène le savoir des souvenirs d’enfance. Un savoir qui s’emboîte avec le noyau indestructible du désir infantile, entrelacs longtemps confisqué des traces, stries et rainurages d’une sensorialité vive comme jamais.
Cette écriture sensorielle constitue la partition d’une contrainte, Zwang. La contrainte, l’insistance, la poigne de l’objet du désir. On ne s’en remet pas.
L’entête, l’incise par quoi nous sommes pris et soumis au désir, nous contraint du même coup à l’obligation de faire place, dans notre existence, à la fonction du deux/zwei. La contrainte du Zwang, fer de lance de la poétique freudienne, conjugue en nous l’équivoque constante du deux ; de toute binarité toujours, de toute parité partout. Sauf à ne pas l’entendre, le rêve, le lapsus et l’acte manqué y insistent avec une éloquence déconcertante.
Ce qui dé-concerte en effet, ce qui trouble le concert convenu des mots d’ordre increvables, ce qui rate, manque et fait zone, fait l’affaire de l’enfant entêté de Grimm, déterré plus vif que mort par Pascal Quignard. Ce visage insolent déjà marqué par la trahison, rapproche Freud et Rimbaud, qui n’ont pas oublié de laisser ouverte la porte de la subversion du désir.
Une subversion fondée sur la contrainte d’avoir toujours affaire avec du deux.
Qu’on prenne la mesure de cette histoire, à regarder de plus près ce qu’il en est de cette pierre angulaire de l’existence humaine, et de la façon dont elle fraye le passage de l’humanité dans les défilés du temps, - la différence des sexes.
On y verra sans étonnement le deux de la différence sexuelle, neutralisé, écrasé, fondu en du Un, enfant obligé de renoncer à son entêtement, soumis aux mots d’ordre et aux injonctions parentales. Un Rimbaud de retour à Charleville, pantoufles aux pieds, accroché à sa console de jeu vidéo, et au frigidaire illimité de maman rassasiée.
Plus de voyelles folles ; plus de fugues sexuelles. La contrainte a changé de mains. Et rend impossible toute forme de séparation et de décision. Du désir dont elle faisait le lit, la contrainte, privée de son deux, n’a plus d’effet que de mortification masochiste.
Pouvoir dire Non ! selon son sexe, pourrait être une visée de la fugue psychanalytique.
Pierre BABIN