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Flux et Stase

Publié en 1997

par Radmila Zygouris


PREAMBULE

L’opposition Pulsion de Vie/Pulsion de Mort m’est utile pour penser la clinique en dépit de son caractère très abstrait. La Pulsion de Mort en particulier est une des formulations freudiennes les plus contestées. Il est vrai que les notions d’affect et de représentations sont cliniquement d’un abord plus immédiat, mais la notion de pulsion permet d’aborder au plus près les tensions de la vie du corps éro­tique et souffrant en prise avec ses empêchements et ses créations endogènes, quand bien même les raisons premières qui les motivent seraient d’ordre exogène (l’histoire, l’environnement, les trau­mas, les relations précoces à l’autre etc.). La pulsion (Trieb) est d’abord une poussée corporelle qui s’éprouve dans la vie psychique. La psychanalyse française a consacré de nombreux travaux, toutes écoles confondues, à la Pulsion de Mort, laissant aux analystes d’enfants le champ d’investigation des pulsions de vie, plus particulièrement des pulsions partielles. Il est vrai que la Pulsion de Mort est le concept le plus abstrait de la psychanalyse et il n’est pas étonnant qu’il demande à être sans cesse réanimé pour ne pas quitter la scène. Dans la cure analytique, la présence de l’analyste, par le truchement du transfert, permet que se redéplient et redéploient dans l’espace du duel réalisé ce qui était replié ou joué en désordre hasardeux de la vie. Ce duel réalisé ne tient pas compte du multiple bien que tout analyste sache qu’à certaines séances il y a, au-delà du visible duo, une multitude de présences. Malgré ce savoir sur ces présences invisibles, les énoncés, s’agissant surtout des pulsions, restent dans un descriptif qui ne donne pas de place au multiple. Le plus souvent l’on reste dans une logique du sujet-objet, qui s’élargit par la trian­gulation œdipienne mais n’entame pas véritablement le champ fermé de la pulsion. Certes chacun sait que l’enfant vient au monde déjà marqué par la place qui l’attend, des fantasmes et des discours de son entourage et qu’il n’est jamais le simple produit d’une mère et d’un père, mais tout autant produit du monde ambiant. La théorie du signifiant dépassant le cadre des attributions aux personnes est cependant inadéquate à prendre en compte les tensions somato-psychiques venues du multiple. Lorsque la discussion s’engage sur le versant du collectif ou du multiple, alors il est rarement question des pulsions, mais plutôt de représentations, de relations d’objet et de signifiants, ou encore du « fantôme » pour les transmissions transgénérationnelles.



[Article mis à jour le 1997)

Note

Pour des raisons de temps, l’exposé lors des Journées de Juin 1997 ne comportait pas ce préambule qui me semble pourtant nécessaire.