Est-il possible d’aborder la question de la soumission d’une manière spécifique à partir de la psychanalyse ? Entre les opinions communes et les écrits de grands penseurs la marge est étroite. Qu’il s’agisse de soumission, de liberté, ou de toute manifestation de la servitude humaine, la psychanalyse sera toujours une parente pauvre de la philosophie si elle oublie sa demeure d’origine, la clinique et l’enfance. Le plus souvent nous avons à faire à la dépendance. Dépendance du petit enfant par rapport aux adultes de son entourage, mais aussi dépendance induite par le transfert en principe sensé se résoudre tant bien que mal au décours de l’analyse. Encore faut-il distinguer la dépendance passagère à l’analyste de la dépendance à l’analyse comme véritable addiction allant jusqu’à devenir l’unique mode de pensée. Devant l’ampleur de la tâche qui se présentait à moi et l’humilité requise par le simple bon sens m’est venue l’envie de prendre la clé des champs et de me décommander. Puis vint le sursaut : vous avez dit dé-commander ? Cela ressemble à une association libre ! Non je n’aurai pas honte de ma discipline. Les mots m’entraînent, les mots sont lourds de sens. Voilà que mes propres mots me commandent déjà. Ainsi va la psychanalyse. Que faire d’autre sinon suivre cette pente et tenter de garder raison quand même. Prendre un chemin de traverse et ne point honorer.... Faut-il toujours honorer ses rendez-vous ? Se rendre aux raisons des autres ? Peut-on se donner le droit de se “ décommander ”, de s’affranchir au nom d’aucun discours préformé ? Ne plus se rendre aux rendez-vous du devoir : familial, filial, conjugal, amical, professionnel, patriotique, voire même des plaisirs répertoriés. Il est rare que l’on hésite à honorer le rendez-vous d’amour. Alors que dire de la surprise quand même ce plaisir se mue en devoir et se manifeste cette poussée étrange, la poussée de liberté. Un autre plaisir, un autre désir. Ein Drang.