Nous avons aussi, à présent un soldat inconnu. Khawiller, en Alsace, se prend pour Paris.
Un soldat inconnu ? Je pose évidemment les questions que l’on attend de moi, mais aussi celles qu’il ne faut pas poser.
« Un soldat inconnu de la guerre 14-18 ? » C’est quoi cette histoire ? Il n’y a jamais eu de front ici. Mes interlocuteurs et tous les habitants du village en rigolent. « C’est la tombe de Léon, tu te souviens de Léon bien entendu ! » Le nom me revient tout de suite, et puis quelques images remontent de mon enfance. Léon n’a rien d’un soldat inconnu.
En posant mes questions, c’est comme si j’avais tiré sur un fil dépassant d’un tricot. On ne sait jamais ce qui va se passer, le fil peut craquer tout de suite, l’ouvrage peut aussi totalement se détricoter. En tirant sur les fils « Léon » et « soldat inconnu » je ne me doutais pas de tout ce qui allait arriver.
Tout ce qui est écrit là est « vrai » ! L’auteur n’a rien inventé. Il a changé tous les prénoms, tous les noms de fermes, allant en chercher dans plusieurs villages des alentours. Les paroles qu’il a mises entre guillemets ont été réellement prononcées, telles quelles, par des interlocuteurs précis, sauf qu’il a pris la liberté de les disperser dans plusieurs bouches. Il n’a jamais dit qu’il voulait écrire un texte à partir de ces témoignages. Au départ, il était révolté, amusé, curieux, c’est tout. Il voulait simplement savoir pourquoi un prsonnier de la guerre 39-45, mort en Alsace, s’était transformé, très officiellement, en « soldat inconnu » de la première guerre mondiale.