Le livre d’Anna Angelopoulos, psychanalyste et spécialiste du conte, est une traduction en français de contes judéo-espagnols recueillis de 1930 à 1935 par une linguiste anglaise, Cynthia Crews, qui se rendit dans les Balkans pour étudier le parler judéo-espagnol des communautés Sépharades.
Ces contes proviennent de communautés juives, hispanophones, expulsées d’Espagne lors de la Reconquista de 1492, qui vivaient dans les différentes villes balkaniques et turques de l’ancien empire ottoman. Ces communautés, massivement déportées lors de la Shoah, sont aujourd’hui disparues.
Le présent recueil de contes constitue en fait l’exhumation d’un trésor de la mémoire populaire. Il nous parle de ce qu’aimaient se raconter les juifs des Balkans lors de leurs veillées : des contes de type merveilleux, c’est-à-dire mythiques, à la fois tendres et cruels. Il s’agit donc d’une collecte d’avant-guerre, particulièrement précieuse, dans la mesure où, aujourd’hui, les éditeurs en Israël privilégient surtout dans leurs publications les facéties, légendes, et autres récits à caractère didactique dans un souci identitaire.
Au travers de l’exhumation de cette mémoire populaire effacée, et des cheminements singuliers qu’implique cette traduction de contes, nous nous trouvons proches des effets subjectifs inconscients liés à l’effacement des traces mNésiques et au refoulement des langues maternelles.
Pour discuter cet ouvrage, nous avons convié Nurith Aviv, cinéaste, qui a montré dans son film « D’une langue à l’autre », ce qu’implique, pour les premières générations de migrants arrivés en Israël l’abandon, pour l’hébreu, de leur langue maternelle.
Sylvette Gendre-Dusuzeau