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Les contenants psychiques

Françoise Jumeau-Rudelle et Jacques Letondal


En quoi consiste le travail sur les contenants psychiques ? D’où s’origine leur fonction contenante ? En quoi cette recherche fait-elle « voyager » nos horizons théoriques et pratiques ? Pourquoi éprouvons-nous le besoin de préciser ce vécu clinique ?

Nous aimerions nous poser ces questions à plusieurs voix :

Jacques Letondal : L’examen des phases précoces, archaïques, du développement psychique, dans le précédent atelier (2008-2009) nous incite à remettre en cause le primat du phallique dans la pensée d’un certain nombre d’analystes, hommes et femmes. La valeur et le symbolisme du corps féminin pris dans sa globalité, dans sa fonction contenante, nourricière et féconde, nous paraît une référence complémentaire aussi importante, voire plus fondamentale que la référence phallique. C’est ce que nous trouvons dans l’abord analytique du très jeune enfant et dans les niveaux archaïques des patients adultes.

Nous n’en déduisons pas pour autant l’existence d’un matriarcat passé ou futur, simple caricature ou copie d’une structure patriarcale où les rôles seraient occupés par des femmes phalliques. Le matriarcat tel que le définissent les phallocentristes n’a jamais existé sauf à l’échelle de couples pathologiques.

Il s’agit, pour un homme, d’un rapport à l’autre, différent, mettant en jeu les contenants-contenus émotionnels et pulsionnels du corps global et la part féminine du psychisme ; ce qui fait peur aux mâles (fantasmes d’étouffement et de castration). Il y a donc une subjectivité féminine et une possibilité d’ « amphimixie » (concept de Ferenczi). Nous chercherons à comprendre comment accéder à cette valeur dans la cure. Ne faut-il pas aussi, dans le cadre de la cure, un préalable auto-analytique chez l’analyste, sur ce sujet précis ?

Françoise Jumeau-Rudelle : Le travail sur les contenants psychiques touche, entre autres, des zones d’avant la subjectivation ou de dé-subjectivation et aussi l’intégration psycho-corporelle. Il suppose de construire cette subjectivation avec le patient au moyen d’enveloppes matérielles, physiques, psychiques. Celles-ci permettront que s’établisse progressivement une démarcation entre ce qui est intérieur et ce qui est extérieur. Bien sûr, des questions se posent : quelles enveloppes ? comment ? et même de quel sujet ?

Ne faut-il pas pour rendre compte des effets créatifs de ce travail sur les contenants risquer de se décaler radicalement des présupposés philosophiques et civilisationnels de la psychanalyse ? Non pas pour s’aliéner à d’autres modèles ou pour perdre pied mais pour pouvoir, en effectuant un effort de traduction, donner un éclairage à ce type de vécus cliniques ?



[Article mis à jour le 12 septembre 2009)

Note

L’atelier pourrait se réunir, à partir d’octobre, le deuxième mardi ou mercredi du mois.

Répondants : Françoise JUMEAU-RUDELLE, tél. 06 75 24 97 14 57/59 av de la Résistance, 24750 Boulazac

Jacques LETONDAL 64 rue de la Glacière, 75013 Paris tél : 01 47 07 57 22, mailto: jletondal noos.fr