Devenir, être et même rester psychanalyste aujourd’hui est, pour un grand nombre d’entre nous, de plus en plus problématique, voire pour quelques uns, un acte de résistance. L’avenir de la psychanalyse semble s’obscurcir, lié à des enjeux internes et externes de plus en plus nombreux. Outre l’articulation difficile entre le psychanalyste et ses institutions dont les visées hégémoniques de certains de leur dirigeant échappent à tout entendement, s’ajoute celle tout aussi problématique entre la psychanalyse et l’Etat. Evidemment, un tel constat peut paraître paradoxal avec une certaine réalité que chacun peut observer : l’omniprésence des « psys » dans le champ social. Mais de qui, de quoi, parle-t-on exactement ?
Il faut bien reconnaître que les « psys » – psychologues ? psychiatres ? psychanalystes ? - sont devenu des acteurs sociaux incontournables. Ces nouveaux professionnels de la santé mentale sont devenus un pseudo gage d’humanité dans le traitement social des crises, une offrande faite par le politique aux citoyens dans le désarroi. L’engouement pour l’explication psy-de-tout-et-n’importe-quoi a contaminé une partie de la sphère des psychanalystes. D’aucuns n’ont pas hésité à abandonner la place du sujet « supposé savoir » pour prendre celle du « celui qui sait ». Très récemment, à l’occasion des débats sur la parité ou sur le PACS – attendons avec impatience ceux sur l’homoparentalité - des psychanalystes de renom se sont érigés en experts du social. Il faudrait peut-être cesser de confondre le dedans et le dehors, le cadre thérapeutique avec le cadre médiatique. La psychanalyse n’a pas à prescrire un modèle social ; elle offre uniquement un endroit, celui de la cure, où s’exprime le champ des possibles sans que celui-ci soit pré-établi par elle-même.