Notre Président aurait-il peur de la folie ?
Le « président des fous ». C’est ainsi que mes collègues m’appellent lorsque je me rends à une séance du conseil d’administration de l’hôpital de Ville-Evrard (Seine-Saint-Denis), un des plus « grands » hôpitaux psychiatriques de France. Faire allusion à Victor Hugo et à la cour des miracles de Notre-Dame-de-Paris en transformant un roi en président montre que mes collègues ont des lettres. Cependant, cela traduit surtout une forme de profonde méconnaissance de ce qu’est la psychiatrie aujourd’hui en France. Cela témoigne aussi d’une forme de crainte que la maladie mentale a toujours inspiré. C’est cette crainte qui a, dans le passé, poussé les Etats à rejeter, exiler, délaisser, laisser mourir les malades mentaux dans des conditions indignes. Peu de gens savent que, par exemple, lors de la débâcle de 1940, les fous ont été abandonnés dans les asiles et sont morts de faim.
Grâce à un travail patient et militant, des médecins ont entrepris de banaliser la maladie mentale. Ce long travail de persuasion visant à expliquer que les fous avaient leur place dans notre société, qu’ils devaient vivre et être soignés, que ces soins ne devaient pas se traduire par un bannissement, a donné des résultats probants que plus personne ne conteste ; cela s’appelle « la psychiatrie de secteur ».
En Seine-Saint-Denis, l’hôpital de Ville-Evrard a en charge 80 % de la population du département. Le site historique asilaire de Neuilly-sur-Marne existe toujours mais l’hôpital est aujourd’hui un ensemble de près de quatre-vingt-dix structures de soins (CMP, CATTP, hôpitaux de jour…) réparties sur l’ensemble du territoire. Ce maillage, outre qu’il permet de suivre les patients au plus près de leur famille, a permis de rendre visible la maladie mentale, de la normaliser, de la déstigmatiser et de sortir les familles des patients du repli honteux et coupable dans lequel elles vivaient trop souvent. Evidemment tout n’est pas réglé pour cette spécialité de la médecine qui apparaît encore comme une « discipline étrange » pour laquelle le plateau technique se limite bien souvent à la capacité de penser et de réfléchir des soignants.
Le président de la République aurait-il peur de la folie ? En effet, à chaque fait divers impliquant un malade mental ou une personne ayant eu ce que l’on appelle pudiquement des « antécédents psychiatriques », Nicolas Sarkozy s’en saisit et propose de renforcer encore plus les logiques d’enfermement, de surveillance, d’exclusion. Sa récente visite à l’hôpital psychiatrique d’Antony en est la dernière et triste illustration. L’acharnement de notre Président sur les malades mentaux commence à faire réfléchir certains médecins qui se livrent à des analyses dans lesquelles ce rejet de la folie se lit comme un déni. D’où vient cette obsession, cette crainte presque visible, cette volonté d’écarter, d’enfermer ? Je ne suis pas médecin et, par ailleurs, j’ai cru comprendre que le délit d’outrage au chef de l’Etat était courant ces derniers temps. Pour ces deux raisons je n’irai pas plus loin dans ce registre.