Ateliers de psychanalyse Séminaire « Le vif de la psychanalyse ou la psychanalyse à vif »
Plasticité et trauma : la psychanalyse à l’épreuve de la neurologie
Je remercie vivement Françoise Abel et Catherine Debeugny de m’avoir invitée à participer à leur séminaire consacré à un questionnement sur « psychanalyse et neurosciences », d’autant plus que les compétences qui sont les miennes ne m’y prédisposaient pas véritablement. En effet, c’est essentiellement à partir de ma formation philosophique que je porte un intérêt particulier à la psychanalyse, mais je ne suis ni analyste, ni clinicienne. Pour affronter, à mon tour, l’actualité de ce débat entre les neurosciences et la psychanalyse, j’ai donc choisi de convoquer un auteur que Catherine Debeugny a mentionné, mais qui ne se trouvait pas au cœur de ses analyses : la philosophe Catherine Malabou — et ce pour deux raisons. La première tient à ce que deux de ses récents ouvrages installent leur questionnement au cœur d’un dialogue avec les neurosciences : Que faire de notre cerveau ? (Bayard, 2004), Les nouveaux blessés. De Freud à la neurologie, penser les traumatismes contemporains (Bayard, 2007). La seconde raison réside dans le fait que les travaux de Catherine Malabou n’ont cessé d’interroger depuis une dizaine d’années, tant du point de vue philosophique que du point de vue épistémologique, l’idée de plasticité. Or Catherine Debeugny a bien mis en évidence la place centrale que ce concept de plasticité occupe dans la neurobiologie et aussi, à un autre titre, dans la psychanalyse.
Depuis la publication de sa thèse sur Hegel, L’Avenir de Hegel. Plasticité, temporalité, dialectique , jusqu’à son livre de 2005, La plasticité au soir de l’écriture : dialectique, destruction, déconstruction , Catherine Malabou s’est employée à esquisser le mouvement d’une « histoire » au cours de laquelle ce concept de plasticité s’impose comme un « schème moteur » en philosophie, voire comme « le style d’une époque » — de Hegel à Heidegger, de Heidegger à Derrida. Elle a d’abord montré comment le concept de plasticité définit en profondeur, dans la philosophie de Hegel, la proposition spéculative en introduisant l’idée d’une « plastique spéculative ». Relativement récent puisqu’il a été introduit par Goethe au XIXe siècle, le terme de plasticité recouvre deux significations opposées : peut être dit « plastique » ce qui est susceptible de recevoir comme de donner la forme (argile, glaise, etc.), mais aussi de la changer, voire même de l’anéantir (le « plasticage » désignant une explosion). C. Malabou rappelle que Hegel emprunte à l’esthétique — et à la sculpture en particulier, qui est pour lui l’art plastique par excellence — les termes de « plastique » et de « plasticité » pour désigner ce que requiert l’ « opération spéculative » . Ainsi les différents moments du développement de l’esprit que la Phénoménologie de l’esprit parcourt sont « autant de manières qu’il a de s’incarner dans les formes singulières que sont ses manifestations » .