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Psychothérapies : un communiqué d’Élisabeth Roudinesco

Commentaire de l’amendement du 5 mars 2009, voté par L’Assemblée nationale et qui modifie l’article 52 dite loi Accoyer. Inséré après l’article 22, n° 2083. Article additionnel à la loi sur la Réforme de l’hôpital (1210)

« Cet amendement efface en partie le caractère contradictoire de l’article 52 de la loi 2004-806 du 9 août 2004, relative à la politique de santé publique. Contradiction qui avait été fort bien dénoncée par le sénateur Jean-Pierre Sueur. Il remplace les troisième et quatrième alinéas par une nouvelle formulation qui rend obligatoire un diplôme universitaire (médecine, psychiatrie, master 2 de psychologie, de psychopathologie ou de psychanalyse) pour tous les praticiens voulant faire usage du titre de psychothérapeute. »Il semble être approuvé par l’ensemble des psychanalystes et par tous les titulaires de ce diplôme. Mais il est récusé par les psychothérapeutes qui, certes, pourront bénéficier d’une clause dite de “grand-père” mais qui ne pourront pas faire reconnaître leurs formations au titre d’un diplôme universitaire.

« Certains d’entre eux pensent qu’il est possible de saisir le Conseil constitutionnel en arguant du fait que la procédure parlementaire utilisée est un “cavalier”, c’est-à-dire que l’amendement ne concernerait pas la loi dans laquelle il est inclus. Sans doute peuvent-ils essayer. Mais, d’après mes informations auprès des intéressés, il est hautement probable qu’ils ne recueilleront pas les signatures des 60 élus nécessaires à cette saisine. »Un autre recours possible a été évoqué : saisir la Cour européenne des droits de l’homme pour discrimination à l’encontre des psychothérapeutes. Cette procédure est pensable mais peu réalisable : elle risque de durer des années et de se solder par un échec. En effet, il est difficile de plaider la discrimination, alors que le présent amendement réduit la contradiction entre les deux alinéas et rend obligatoire le diplôme universitaire aussi bien pour les psychanalystes que pour les psychothérapeutes. ....

« Sauf à retourner à une époque antérieure à 1789, on ne saurait contester, dans les états démocratiques d’aujourd’hui la validité des diplômes universitaires. Et si les psychothérapeutes s’y opposent, ils seront marginalisés dans la mesure où la totalité des états de droit ont mis en place, depuis trente ans, une réglementation des médecines de l’âme usant d’un modèle de la science qui, certes, peut être inopérant et parfaitement inadéquat dans ses dérives scientistes - dénoncées d’ailleurs par les praticiens et les usagers - mais qui, pour autant, ne saurait être abandonné au profit d’un retour à une pensée magique, irrationnelle ou obscurantiste. »Que par un transfert de titre, les psychothérapeutes soient désormais en France dépossédés du nom qui est le leur, et dont ils sont les héritiers historiques, depuis l’invention du terme par Daniel Hack Tuke puis par Hippolyte Bernheim en 1891, pose bien évidemment un problème épistémologique auquel aucune procédure juridique ne saurait apporter de solution.

« De même, un problème se posera dés lors que les psychanalystes, psychiatres et médecins pourront user de ce titre pour être reconnus psychothérapeutes : seront-ils vraiment devenus des psychothérapeutes au sens de ce que sont aujourd’hui, dans le monde entier, les psychothérapeutes héritiers de la tradition issue de la fin du XIXéme siècle ? Seront-ils comparables aux praticiens qui, dans le monde entier, appartiennent à ces multiples écoles de psychothérapies en expansion dites “nouvelles thérapies”, relationnelles, corporelles, groupales, etc ? On peut en douter. Et à cet égard, cette loi maintient une ambiguïté. Reste à savoir ce que seront les décrets, les arrêtés et les modalités d’application de la loi, une fois le Sénat consulté en juin ou juillet 2009. »Par ailleurs, la psychanalyse continue à être nommée dans la loi sans être définie, ce qui ne manquera pas de relancer une guerre des “psys” entre toutes les communautés : psychiatres, psychanalystes, psychologues, psychothérapeutes débaptisés et contraints de trouver une nouvelle appellation : psychopraticiens ou psychanalystes ?"



[Article mis à jour le 12 mars 2009)