Atelier ouvert
Nous proposons de remettre au travail la question de la sublimation en associant à la lecture de textes analytiques et de textes littéraires une réflexion sur nos pratiques.
Nous partirons du corpus freudien à l’origine du concept de sublimation, puis nous nous tournerons vers ceux qui en ont renouvelé l’approche, Winnicott et Lacan ; ces deux psychanalystes ont mené une réflexion radicalement différente sur l’inconscient et sur la cure, mais l’un et l’autre avec les concepts qui leur étaient propres ont interrogé la création dans ses liens à la destruction.
Winnicott s’est plus intéressé à la créativité qu’à la sublimation au sens freudien du terme et a séparé l’idée de création de celle des œuvres d’art pour se pencher sur l’aptitude des humains à faire preuve de pulsions créatrices inhérentes au fait d’être vivant. Ce faisant il s’est interrogé sur ce qui peut venir inhiber ou détruire la pulsion créatrice et a insisté sur l’agressivité et la destructivité dont s’origine le potentiel créatif, éléments constitutifs de ce qu’il a nommé « primitive love impulse ».
Lacan, dans la logique du primat accordé au signifiant et du vide qu’il crée, a inscrit le manque au fondement de la sublimation. Dans Le Séminaire VII, L’Ethique de la psychanalyse, il critique vivement l’hypothèse freudienne de la sublimation comme belle mise en forme de désirs interdits que des gratifications sociales viendraient récompenser. C’est aussi dans ce Séminaire qu’il nous interpelle en affirmant que l’expérience analytique met en évidence un lien entre le Beau et la destruction, la parole des analysants faisant référence au registre esthétique venant systématiquement s’associer à leurs pulsions destructrices.
Nous lirons donc des textes littéraires en nous interrogeant sur la façon singulière dont chaque écrivain donne forme à la création et à la destruction, aux liens dont la littérature témoigne entre les pulsions de vie et les pulsions de mort.
Nous prendrons appui sur des auteurs devenus canoniques comme Bataille ou Mishima mais aussi sur des contemporains, Yôko Ogawa (Les abeilles, La piscine, La grossesse, Actes Sud) et Javier Marias (Un cœur si blanc, Folio, Demain dans la bataille pense à moi, Rivages).
Nous poursuivrons notre travail à la rentrée d’octobre 2011 avec la lecture que nous propose J.-Cl. Polack du film de Cassavetes Une femme sous influence. Je propose ensuite de nous intéresser à la réflexion menée par Alain Didier-Weill dans différents ouvrages, Lila et la lumière de Vermeer, La psychanalyse à l’école des artistes et Un mystère plus lointain que l’inconscient.
Ce groupe de travail, commun à la Fédération des Ateliers de Psychanalyse et au Cercle Freudien, se réunira le dernier mardi du mois à partir d’octobre entre 21 h et 23 h. Ces réunions auront lieu à mon domicile, 70 rue de La Folie Régnault, 75011 Paris.