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	<title>F&#233;d&#233;ration des Ateliers de Psychanalyse</title>
	<link>http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/</link>
	<description>F&#233;d&#233;ration des Ateliers d&#233;fend une conception la&#239;que de la psychanalyse et refuse tout effet de listes et d'habilitations, pour se baser sur un syst&#232;me de reconnaissance mutuelle.</description>
	<language>fr</language>
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	<item>
		<title>De la honte &#224; la haine</title>
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		<dc:date>2010-03-25T07:13:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alice Cherki</dc:creator>

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		<description>Ce qui m'a &#233;t&#233; propos&#233; de travailler avec vous &#8211; et que j'ai accept&#233; &#8211; est de reprendre les avanc&#233;es que j'ai d&#233;velopp&#233;es, dans La Fronti&#232;re invisible (Editions Elema, 2006), sur les emp&#234;chements subjectifs qui peuvent frapper, dans notre soci&#233;t&#233; occidentale actuelle, les descendants d'immigr&#233;s venus d'anciennes colonies. Colonies dont la plupart ont &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre de violences et de guerres, pass&#233;es de surcro&#238;t sous silence pendant de nombreuses ann&#233;es. Mais il s'agissait surtout de reprendre cette immense (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce qui m'a &#233;t&#233; propos&#233; de travailler avec vous &#8211; et que j'ai accept&#233; &#8211; est de reprendre les avanc&#233;es que j'ai d&#233;velopp&#233;es, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Fronti&#232;re invisible&lt;/i&gt; (Editions Elema, 2006), sur les emp&#234;chements subjectifs qui peuvent frapper, dans notre soci&#233;t&#233; occidentale actuelle, les descendants d'immigr&#233;s venus d'anciennes colonies. Colonies dont la plupart ont &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre de violences et de guerres, pass&#233;es de surcro&#238;t sous silence pendant de nombreuses ann&#233;es. Mais il s'agissait surtout de reprendre cette immense pr&#233;occupation sous l'angle privil&#233;gi&#233; des affects que sont la honte et la haine. T&#226;che difficile car violences, honte et haine, qui ont partie li&#233;e, vous am&#232;nent &#224; naviguer au plus pr&#232;s de la menace existentielle et de la d&#233;subjectivation (voire de la d&#233;shumanisation).&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;* *&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Au risque de vous surprendre je vais commencer par une note optimiste, une petite phrase prononc&#233;e par un homme, jeune, il a trente ans, au cours de sa psychoth&#233;rapie psychanalytique. Il me dit un jour : &#171; Je n'&#233;tais pas un mauvais &#233;l&#232;ve en primaire malgr&#233; la s&#233;gr&#233;gation, &#224; peine voil&#233;e, autrement dit le sentiment implicite de ne pas &#234;tre log&#233; &#224; la m&#234;me enseigne. C'est au coll&#232;ge que j'ai ram&#233; et surtout en fran&#231;ais mais j'&#233;tais tr&#232;s bon en anglais parce que l&#224; les copains de parents fran&#231;ais et moi, nous &#233;tions &#224; &#233;galit&#233; devant l'abord de cette langue qui leur &#233;tait autant et m&#234;me plus &#233;trang&#232;re qu'&#224; moi. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il faut vous en dire un peu plus. Ce jeune homme est n&#233; et a grandi dans une cit&#233; des environs de Paris, dans une famille de parents alg&#233;riens. Il a une s&#339;ur a&#238;n&#233;e et trois fr&#232;res plus jeunes que lui.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Son histoire baigne dans les violences familiales et les violences de la cit&#233;. Un fr&#232;re a fait de la prison apr&#232;s une altercation avec un autre jeune de la cit&#233; qu'il a fini par tuer d'un coup de couteau. Les forces de l'ordre ne s'empressent pas d'intervenir du genre &#171; qu'ils se d&#233;brouillent entre eux &#187; et pour r&#233;pondre &#224; cet acte, des habitants de la cit&#233; br&#251;lent la voiture, s'en prennent aux parents, et la famille doit d&#233;m&#233;nager en urgence.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Lui-m&#234;me a subi des assauts sexuels de la part d'un oncle lors de vacances en Alg&#233;rie, agression banalis&#233;e par les parents.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais la violence a &#233;t&#233; d&#233;j&#224; ant&#233;rieurement exerc&#233;e sur la s&#339;ur a&#238;n&#233;e (d&#233;nonc&#233;e par lui et ses fr&#232;res plus jeunes pour avoir &#233;t&#233; vue en compagnie d'un &#171; gaou &#187;). A l'&#233;poque, il avait environ une douzaine d'ann&#233;es, agir ainsi lui paraissait normal. Mais la s&#339;ur est envoy&#233;e et mari&#233;e de force en Alg&#233;rie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Elle a r&#233;ussi &#224; revenir et vit &#224; Toulouse loin de la famille avec laquelle pourtant elle n'a pas rompu. &#171; Depuis que je viens vous voir &#187;, dit-il, &#171; j'ai compris l'abominable de ce qui lui &#233;tait arriv&#233; et j'ai m&#234;me r&#233;ussi &#224; en parler avec elle. Mais vous savez, elle aussi &#233;tait violente.Quand je faisais mes devoirs et qu'il y avait quelque chose que je ne comprenais pas, elle me donnait des gifles sans arr&#234;t. Je l'aimais ma s&#339;ur mais l&#224; je la ha&#239;ssais. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Enfin, lui estime s'en &#234;tre sorti. Pour fuir les violences de la cit&#233;, contrairement &#224; ses fr&#232;res, il grimpait sur son lit, tourn&#233; vers le mur et se racontait des histoires. Il a effectivement pass&#233; un brevet, refus&#233; une fili&#232;re technique de garage qu'on voulait tout naturellement lui imposer (orientation impos&#233;e de fa&#231;on tr&#232;s fr&#233;quente pour ces jeunes des cit&#233;s), puis un bac, a fait un ou deux ans d'&#233;tudes sup&#233;rieures et travaille dans une mutuelle d'assurance europ&#233;enne o&#249; il grimpe les &#233;chelons. Il manie les nouvelles technologies et s'exprime avec aisance. Il se veut fran&#231;ais et musulman, fait le ramadan et ne boit pas d'alcool m&#234;me si tout son entourage amical en boit. Mais lui n'aime pas.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il m'a d&#233;crit ainsi tout un univers de violences et de d&#233;brouillardises car il a su, adolescent et jeune adulte, tirer parti des &#233;tayages qui lui ont &#233;t&#233; fournis par des personnes qu'il a rencontr&#233;es au cours de sa vie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ceci pour vous dire que cette petite phrase que je vous ai rappel&#233;e au d&#233;but de mon propos, cette r&#233;flexion subjective &#233;nonc&#233;e, &#224; distance de la honte ressentie dans ses ann&#233;es de coll&#232;ge et avec la pointe d'agressivit&#233; &#224; l'&#233;gard des autres coll&#233;giens m'a fait penser dans mon transfert sur lui : &#171; Bravo. Tu es en route mon petit gars vers ta libert&#233; de sujet. &#187; Il ajoutera plus tard en &#233;voquant son aisance dans cette langue, l'anglais, qu'elle n'&#233;tait pas envahie des formulations prescriptives traditionnelles et souvent religieuses &#233;nonc&#233;es par les parents en langue arabe.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Et si j'ai commenc&#233; par cette petite note, c'est pour indiquer la voie &#233;troite qui peut s'ouvrir vers des identifications plurielles au prix d'ailleurs de d&#233;sidentifications souvent v&#233;cues comme des d&#233;flagrations. Se construire dans ce passage d'un monde &#224; l'autre, se d&#233;s-identifiant et se r&#233;-identifiant, maintenant cependant dans cette r&#233;-identification des traits de la culture ancestrale, est un trajet difficile.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais le plus important &#224; souligner, c'est que ce trajet doit &#234;tre soutenu par une alt&#233;rit&#233; fiable. L'&#233;mergence de la haine peut alors favoriser le clivage, dans la pr&#233;sence de l'autre, entre celui qui a trahi et l'autre, qui prend consistance, comme alt&#233;rit&#233; fiable.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;V&#233;ritable travail de victoire sur la honte et d'appel &#224; l'alt&#233;rit&#233; &#171; que l'autre se prononce au fond &#187;, ce qui fut le cas avec ce jeune. Ce n'est malheureusement pas le lot commun. En effet, violences, honte et haine ont partie li&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;* *&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Violences : on parle toujours des violences sans en indiquer le mouvement et la cause. Freud disait d&#233;j&#224; que les Etats se tenaient garants de la l&#233;gitimit&#233; de la violence et il attirait imm&#233;diatement l'attention sur les effets sur les individus d'une violence de lois arbitraires et du comportement des puissants provoquant chez les individus une r&#233;gression et un libre cours &#224; un d&#233;cha&#238;nement pulsionnel conduisant parfois &#224; la destruction. On peut faire un pas de plus dans nos soci&#233;t&#233;s &#224; la d&#233;rive, multipliant des lois r&#233;pressives erratiques et en m&#234;me temps proposant comme seul objet de d&#233;sir celui de l'avoir, du droit &#224; l'avoir (le plus beau portable, les plus belles chaussures, en avoir plein nos armoires comme dit Alain Souchon), tout objet jetable pour &#234;tre remplac&#233; par d'autres comme l'assignent les r&#232;gles de l'&#233;conomie lib&#233;rale. Et ceci, avec comme id&#233;al, l'argent qui roule tout seul. Ne s'agit-il pas l&#224; d'une infinie violence de ce double mouvement qui consiste &#224; d'une part, humilier, silencieux l'histoire parentale (ces jeunes sont dans leur grande majorit&#233; issus de populations qui ont connu les violences coloniales et les guerres coloniales et surtout les silences qui les ont accompagn&#233;s dans l'apr&#232;s-coup) et d'autre part, proposer dans l'in&#233;galit&#233; la plus absolue des objets subterfuges de jouissance, &#233;ludant le tiers et l'alt&#233;rit&#233;, comme id&#233;al de vie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On a beaucoup glos&#233; autour des r&#233;voltes de 2005 (je pr&#233;f&#232;re le mot r&#233;volte &#224; celui d'&#233;meute). Que demandaient alors les jeunes comme on dit ? Le respect et la dignit&#233;, qu'une parole symbolique vienne les reconna&#238;tre comme sujets d&#233;sirants et effacer l'injure. Souvenez-vous &#171; racaille &#224; nettoyer au karcher &#187;. Il s'agissait de reconna&#238;tre aussi la panique des adolescents fuyant devant les policiers. Et aussi, le passage &#224; l'acte de l'assaut par ces m&#234;mes policiers d'une mosqu&#233;e un soir de ramadan. Aucun mot n'a &#233;t&#233; prononc&#233; dans ce sens, aucune reconnaissance symbolique, aucun espace pour ouvrir le graphe du langage. Mais nous y reviendrons.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;* *&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'ailleurs que nous dit Ranci&#232;re r&#233;pondant &#224; la question : &#171; Que vous inspire la r&#233;volte des banlieues ? &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; C'est un autre effet du m&#233;pris dans lequel est tenue la capacit&#233; du plus grand nombre. Il ne s'agit pas d'int&#233;grer des gens qui, pour la plupart, sont fran&#231;ais mais de faire qu'ils soient trait&#233;s en &#233;gaux. Le probl&#232;me n'est pas de savoir si des gens sont mal trait&#233;s ou mal dans leur peau (c'est le philosophe qui parle), il est de savoir s'ils sont compt&#233;s comme sujets politiques, dou&#233;s d'une parole commune. Et le sens de la r&#233;volte est aussi li&#233; &#224; leur propre capacit&#233; &#224; se consid&#233;rer comme tels. Apparemment ce mouvement de r&#233;volte n'a pas trouv&#233; une forme politique, telle que je l'entends, de constitution d'une sc&#232;ne d'interlocution reconnaissant l'ennemi comme faisant partie de la m&#234;me communaut&#233; que vous. La r&#233;action &#224; une situation d'in&#233;galit&#233; est une chose. L'&#233;galit&#233;, elle, se manifeste politiquement quand les exclus se d&#233;clarent comme inclus dans leur mani&#232;re m&#234;me de d&#233;noncer l'exclusion. Pour sortir d'un sch&#233;ma m&#233;dical de traitement expert des sympt&#244;mes, il faut que se d&#233;gage une forme de subjectivation, traversant toutes les m&#233;diations culturelles, sociales, religieuses pour devenir la parole d'un &#171; nous &#187; qui construise une sc&#232;ne mat&#233;rielle o&#249; la parole se fait acte. &#187; Parole juste d'un philosophe politique qui interroge la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais justement qu'en est-il de leur propre capacit&#233; &#224; se consid&#233;rer comme tels, sujets politiques alors qu'ils sont consid&#233;r&#233;s comme exclus de l'int&#233;rieur, corps &#233;trangers inclus &#224; exclure et que la carence du politique majoritairement laissant ouverte la porte &#224; des discours soit r&#233;pressifs, soit identitaires, n'assument ni le lien, ni le lieu.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette in&#233;galit&#233;, ce que j'ai nomm&#233; &#171; exclusion de l'int&#233;rieur &#187;, est patente, elle est ressentie non seulement comme humiliation et souffrance de ceux, comme je vous l'ai rappel&#233;, qui ont &#233;t&#233; pris dans les effets des discours port&#233;s sur leurs g&#233;niteurs mais les emprisonne dans cette fronti&#232;re invisible de l'int&#233;rieur du territoire que d&#233;signe en anglais (l'anglais encore !) le terme &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;boundary&lt;/i&gt; et emprisonnant aussi derri&#232;re eux &#171; la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente &#187; comme un impossible &#224; dire, un bateau en rade d'amarrage. Les effets sur le plan de la subjectivit&#233; personnelle sont consid&#233;rables et ce depuis au moins trois g&#233;n&#233;rations. Clivage, d&#233;ni, honte dans un premier temps. Honte, c'est-&#224;-dire d&#233;faite narcissique, honte de sa propre image, repli sur un corps sans miroir, arr&#234;t de tout passage possible &#224; la m&#233;diation sociale qu'&#233;voque Ranci&#232;re. Honte tue, honte bue, mais pour combien de temps ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sortir de la honte, sortir de la d&#233;faite du corps nu, qui veut rentrer sous terre, sid&#233;r&#233;, p&#233;trifi&#233;, suppose un mouvement pulsionnel qui se soutient de la haine.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Effectivement par rapport &#224; la honte, la haine est un mouvement pulsionnel adress&#233; &#224; l'autre. M&#234;me issue de la violence, m&#234;me issue de l'intime li&#233; au corps, de l'humiliation et de la souffrance subies, la haine, &#224; ne pas confondre avec la destructivit&#233;, est du c&#244;t&#233; de la d&#233;fense du moi des pulsions d'autoconservation, &#171; une &#233;cole d'utilit&#233; publique r&#233;serv&#233;e aux &#233;corch&#233;s vifs &#187;. Il faut l'entendre comme un appel, un appel &#224; une nouvelle subjectivit&#233;, une reconnaissance d'alt&#233;rit&#233; et de diff&#233;renciation que devraient permettre les m&#233;diations culturelles, sociales et religieuses comme le signale lui aussi Ranci&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Honte et haine ont en commun d'&#234;tre des affects qui t&#233;moignent d'un trouble de la filiation et d'un appel &#224; la possibilit&#233; de dire oui au fait d'&#234;tre des vivants avec d'autres, c'est-&#224;-dire mortels avec d'autres. Encore faut-il que l'autre accepte de partager la dette.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;* *&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai, il y a longtemps d&#233;j&#224;, alert&#233; sur les &#233;tats d'emp&#234;chements subjectifs de ceux que j'ai nomm&#233;s &#171; les enfants de l'actuel &#187;. Dans ces &#233;tats d'emp&#234;chements subjectifs, ce qui peut &#233;ventuellement surgir comme &#171; affect &#187; (est-ce vraiment le terme qui convient ?) est la honte, plus souvent d'ailleurs sous la forme de la honte de la honte, au point de pouvoir nous r&#233;jouir comme d'un progr&#232;s de l'apparition de la haine, &#233;crivais-je alors (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Fronti&#232;re invisible&lt;/i&gt;, p.93-94).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les enfants de l'actuel, enfants des guerres et des catastrophes, qui hantent le social et certains divans ne sont certes pas hors sexualit&#233; infantile ni hors langage mais soumis &#224; la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Verleugnung&lt;/i&gt;, au d&#233;ni, pris dans une fracture psychique au niveau m&#234;me du remaniement des inscriptions de la m&#233;moire freudienne. Ils ne sont pour autant ni psychotiques, ni pervers. Car m&#234;me si certains sont trait&#233;s comme des cas &#224; proximit&#233; de la psychose, il ne s'agit pas de forclusion au sens de la forclusion du Nom du p&#232;re irr&#233;versible dans la structure. Ils sont dans le registre de la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Verleugnung&lt;/i&gt; et du clivage.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le discours psychologique et m&#234;me psychanalytique cherchent donc &#224; les classer nosographiquement ou structurellement en &#233;tats-limites, pathologies addictives, d&#233;linquances, n&#233;vroses narcissiques, g&#233;n&#233;ralement affect&#233;es du signe moins : non &#233;laboration des identifications secondaires, carence de la r&#233;gulation des pulsions affect&#233;e du signe moins en effet par rapport &#224; la n&#233;gativit&#233;, un &#171; moins de moins &#187; alors que ce signe moins, je le marquerais plut&#244;t dans :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-1513f.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; une douleur de la langue : m&#234;me prolixes, ils nous disent que les mots ne disent rien ;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-1513f.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; dans un ici et maintenant fig&#233;, dans une temporalit&#233; troubl&#233;e, toujours d&#233;cal&#233;e, et m&#234;me l'errance est toujours circonscrite, tournant finalement en rond dans des espaces clos, deux bancs de boulevard ou un carr&#233; entre deux tours d'immeubles ;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-1513f.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; dans une absence de m&#233;moire des r&#234;ves dont la langue elle-m&#234;me est appauvrie et,&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-1513f.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; d'une non-r&#233;appropriation de la m&#233;moire du pass&#233;. Certes des souvenirs peuvent &#234;tre &#233;gren&#233;s, mais c'est comme s'ils appartenaient &#224; quelqu'un d'autre. Et peut-on alors parler de souvenirs ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En exc&#232;s cette fois, un corps expos&#233; et en m&#234;me temps exclu de la parole, souvent marqu&#233; de signes, d'entailles, dont le statut est difficile &#224; d&#233;chiffrer. Hi&#233;roglyphes supposant d&#233;j&#224; une &#233;criture ou plut&#244;t entames du corps comme premi&#232;res perceptions en attente de r&#233;inscriptions, en tous les cas marques faisant appel &#224; l'ouverture d'un espace symbolique pour acc&#233;der &#224; une traduction, une inscription en traces psychiques, et ce qui parfois s'en rep&#232;re, c'est la honte. Honte et non culpabilit&#233;. La honte &#171; affect &#187; ou plut&#244;t &#171; exp&#233;rience &#187; &#224; la jonction du priv&#233; et du social, du plus intime et du public, de la subjectivit&#233; subjective et du culturel, mais qui marque la violence faite &#224; la capacit&#233; de se repr&#233;senter, laisse sans mots, sans voix aussi et le corps propuls&#233; veut dispara&#238;tre, s'enfoncer et est condamn&#233; &#224; l'assignation immobile.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;* *&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si la folie enferme dehors, ceux dont je parle sont exclus de l'int&#233;rieur, corps &#233;trangers inclus &#224; exclure, pris dans l'impasse de l'enfermement, et ont recours &#224; des modes de survie psychique dont on peut indiquer sommairement quelques figures.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les trois que je retiendrais sont comme trois moments, moments au sens freudien du terme qui indique un temps logique :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1) Celui de l'identification au d&#233;chet qui s'accompagne toujours d'un d&#233;sastre des rep&#232;res narcissiques.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2) Celui de l'errance qui est en fait &#224; la fois un enfermement et une qu&#234;te d'un lieu qui fasse lien.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;3) Celui de la nostalgie et du recours &#224; une origine originelle toute puissante qui conduit non plus &#224; l'identification au d&#233;chet mais &#224; une assignation &#224; une identit&#233; prescrite et sans faille, miroir invers&#233; de la soumission aux repr&#233;sentations dominantes.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le temps de l'identification au d&#233;chet&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un peu difficile voire m&#234;me abrupt de proposer identification au d&#233;chet, et pourtant comment d&#233;signer &#224; la fois ce qui est jet&#233; de la langue et pourtant reste comme cette part morte encrypt&#233;e, &#233;voqu&#233;e par Ferenczi. C'est toujours l&#224; et c'est rien, &#231;a insiste pour acc&#233;der &#224; la symbolisation et &#231;a chute sans cesse, non nomm&#233;, non accessible au refoulement ; comment indiquer &#224; la fois ce d&#233;chet et que dans le ressac de ce sentiment de vide int&#233;rieur dans lequel l'enferm&#233; se d&#233;bat ou se love, il se prend pour ce rien, cette part morte innomm&#233;e mais pr&#233;sente, omnipr&#233;sente.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D&#233;sastre narcissique : on peut imaginer qu'&#224; se regarder dans le miroir se profile toujours autre chose qui serait derri&#232;re, ne fusse que l'ombre d'un bout de ciel. Un mirage m&#234;me qui aurait le statut pr&#233;caire mais vital de l'illusion, illusion-temps et illusion-espace. Cette illusion vient rompre la figure de l'&#233;tranger absolu qui prot&#232;ge de l'autre mais interdit de se reconna&#238;tre partiellement dans l'autre. Or, dans ce temps c'est comme si rien ne se refl&#233;tait, ne se donnait &#224; voir qui ferait bord, assise imaginaire ou... surface d'ardoise.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces corps &#233;pingl&#233;s, couverts de marques et d'embl&#232;mes n'arrivent pas &#224; &#234;tre regard&#233;s par eux.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Le temps de l'errance&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces corps marchent dans un temps &#233;tal et fragment&#233;, sans temporalit&#233; et dans un espace d&#233;sert&#233;, errants. Cette errance consiste souvent &#224; tourner en rond, enferm&#233;s de l'int&#233;rieur entre l'impossible de traduire les r&#233;cits ou les silences des parents pour les oublier et se s&#233;parer, et la carence de l'espace public &#224; s'offrir comme lieu d'accueil des rep&#232;res symboliques, ou tout du moins des traces qui font tenir le p&#232;re ou en tous cas comme &#171; r&#233;servoir &#187; de repr&#233;sentations permettant de reprendre ces traces signifiantes et de les faire bouger sans qu'elles soient d'embl&#233;e d&#233;jet&#233;es ou exclues par cet espace m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais dans le m&#234;me temps leur marche, un pi&#233;tinement souvent, avance en qu&#234;te d'un lieu m&#233;taphoris&#233; permettant de reprendre et de r&#233;inscrire ces traces en souffrance dans de nouvelles inscriptions, des souvenirs neufs.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Temps de la nostalgie et du recours &#224; une origine originelle&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Autre temps de l'enferm&#233; de l'int&#233;rieur. Temps de r&#233;solution r&#233;gressive ? En tous les cas, cons&#233;quence de l'&#233;chec de la rencontre du lieu m&#233;taphoris&#233;, permettant le d&#233;placement et le passage. Recours &#224; la crispation sur l'origine, sur la croyance en une origine originelle, sans &#233;cart et sans perte ; certitude le plus souvent d&#233;saffect&#233;e dont le meilleur affect serait la nostalgie mais une nostalgie qui rend immobile, dans l'impossibilit&#233; de cr&#233;er ce pays de l'ailleurs qui soutient la subjectivit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce recours, au prix de la d&#233;subjectivation, rend parfois vivable l'enfermement et vient habiller le sentiment de vide int&#233;rieur des oripeaux de croyances anoblies. Mais il conduit &#224; l'assignation &#224; une logique identitaire, identit&#233; UNE, de laquelle est vid&#233;e la question de sa propre &#233;tranget&#233;, de son alt&#233;rit&#233; &#224; l'autre mais aussi, mais surtout &#224; l'Autre de soi dont l'accueil est l'un des temps du d&#233;placement d'un exil psychique&#8230; r&#233;ussi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De ce recours-l&#224; de singularit&#233;s en d&#233;tresse, bien des groupes sociaux se nourrissent ou m&#234;me se repaissent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Perceptions, inscriptions, double-inscriptions, refoulement, d&#233;ni. Sans vouloir vous infliger trop de th&#233;orie je vous rappelle bri&#232;vement le sch&#233;ma freudien de l'appareil psychique et de l'inconscient que Freud a &#233;labor&#233; d&#232;s &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;L'Esquisse&lt;/i&gt; et la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lettre 52&lt;/i&gt; et qu'il n'a jamais abandonn&#233;. Les perceptions s'organisent en signes de perceptions, eux-m&#234;mes remani&#233;s en repr&#233;sentations de choses, qui seront remani&#233;es, dans l'articulation avec les repr&#233;sentations verbales en repr&#233;sentations de mots, c'est cette double inscription en repr&#233;sentations de mots qui constitueront les traces m&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;n&lt;/sup&gt;&#233;siques, nouage n&#233;cessaire pour acc&#233;der au refoulement et au retour du refoul&#233;. Chaque &#233;tape nous dit Freud est une traduction et comme dans toute traduction avec un reste, qui seront les fueros enkyst&#233;s, ce qui reste en rade par rapport &#224; une inscription en repr&#233;sentations de mots, en attente de liaison avec les repr&#233;sentations verbales conscientes ou pr&#233;conscientes fournies par le monde.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La possibilit&#233; ou l'impossibilit&#233; de liaison des traces m&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;n&lt;/sup&gt;&#233;siques inconscientes avec les repr&#233;sentations verbales pr&#233;conscientes et conscientes r&#233;gissent les capacit&#233;s de refoulement et de l'&#233;ventuel retour du refoul&#233;. Toute l'aventure du signifiant chez Lacan suit ce parcours et ses impasses. L'implication du sujet dans la cha&#238;ne signifiante ne va pas de soi. Que le sujet soit repr&#233;sent&#233; par un signifiant pour un autre signifiant n'advient pas d'embl&#233;e, suppose la possible m&#233;taphorisation, ce qui renvoie dans la th&#233;orie freudienne &#224; la double inscription, aux deux faces de la repr&#233;sentation de choses et de mots en leur nouage n&#233;cessaire pour acc&#233;der &#224; la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Verdr&#228;ngung&lt;/i&gt; (au refoulement). Les signifiants dans la m&#233;taphorisation en leur glissement et association cr&#233;ent un sens nouveau, c'est alors que l'on peut parler de subjectivation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une fois encore, acc&#233;der &#224; la capacit&#233; de refoulement, c'est acc&#233;der au &#171; se souvenir pour oublier &#187;. On pourrait m&#234;me dire se faire des souvenirs neufs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais chez ces enfants de l'actuel, cette m&#233;moire pour l'oubli semble le plus souvent impossible. Ils sont pris dans le d&#233;ni (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Verleugnung&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Par ou dans ce d&#233;ni, le texte est falsifi&#233; mais la lettre, elle, demeure inalt&#233;r&#233;e bien qu'isol&#233;e d'une possible r&#233;inscription dans la m&#233;moire en souvenirs accessibles &#224; la rem&#233;moration et &#224; l'oubli.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a une fracture dans le tissu psychique. Mais ce qui a &#233;t&#233; d&#233;ni&#233; fait retour dans l'acte ou le corps.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il importe de diff&#233;rencier cette m&#233;moire de l'oubli, celle qui ne peut exister que dans l'actuel, de la &#171; m&#233;moire-comm&#233;moration &#187; &#8211; qui consiste &#224; &#233;riger des images fig&#233;es, des images effigies, des effigies fig&#233;es qui viendraient prendre place plut&#244;t imaginaire que r&#233;elle : s'en remettre &#224; ces images du pass&#233; pour s'en repa&#238;tre et&#8230; s'en justifier a pour fonction de se d&#233;responsabiliser dans un curieux assujettissement &#224; ces images toujours maintenues au premier plan, abusivement pr&#233;sentes. Cette m&#233;moire monumentale, y compris parfois sous la d&#233;nomination &#171; devoir &#187;, devient, paradoxalement, une installation dans l'&#233;ternit&#233;, dans l'&#233;crasement de la temporalit&#233; et le fantasme d'auto-engendrement tout &#224; l'oppos&#233; de cette capacit&#233; de se souvenir pour oublier qui permet au sujet de devenir auteur, acteur, dans sa limite, dans sa diff&#233;rence g&#233;n&#233;rationnelle, sexu&#233;e (et mortelle). Je pr&#233;cise cela car r&#233;fl&#233;chir sur la clinique de l'actuel engage tr&#232;s distinctement une diff&#233;rence d'avec cette comm&#233;moration : celle-ci tr&#232;s souvent vient se superposer avec une certaine &#233;criture de l'histoire imaginarisant une origine pleine, sur fond d'exclusion et de d&#233;ni, &#233;crasant non seulement l'&#233;nonciation mais l'historicit&#233;. Dans la m&#234;me niche se loverait la m&#233;moire monumentale et soit l'anhistoricit&#233;, soit une histoire excluante ; ce qui a eu lieu n'a pas eu lieu. Cette m&#233;moire monumentale est aussi un retard. Le collectif a tendance &#224; s'en emparer comme objet, sur le mode de l'incorporation&#8230; Pourtant ce m&#233;canisme n'est pas in&#233;vitable si reste vivace la fonction symbolique dans le social.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais je ne vais pas vous infliger trop de d&#233;veloppements th&#233;oriques sur l'inconscient, la m&#233;moire et la langue. Je vous renvoie pour cela aux pages de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Fronti&#232;re invisible.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;* *&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si j'ai tenu &#224; vous pr&#233;senter cette br&#232;ve description clinique de ces enfants de l'actuel (qui concernent essentiellement des adolescents et des jeunes adultes) et surtout ce que l'on peut rep&#233;rer de la fr&#233;quence de cette &#171; r&#233;solution &#187; de l'enfermement de corps &#233;trangers inclus &#224; exclure, c'est pour insister ici sur la pr&#233;sence de la honte, y compris sous l'attitude &#233;hont&#233;e. Mais revenons sur la honte.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La honte, si proche de la confusion, confusion des sentiments et surtout confusion des langues, qui conduira d&#233;j&#224; Ferenczi &#8211; dont j'ai envie de noter au passage qu'il a &#233;t&#233; en premi&#232;re ligne pendant la Premi&#232;re Guerre mondiale et a pens&#233; les n&#233;vroses de guerre &#8211; sur les pas de son &#233;laboration d'une part morte du moi, de l'autoclivage narcissique. Effectivement la honte est toujours en relation avec une atteinte narcissique. L&#224; se marque la diff&#233;rence d'avec la culpabilit&#233; qui rel&#232;ve de la faute et de la dette, de la suppos&#233;e transgression d'une loi int&#233;rioris&#233;e. Mais surtout, la culpabilit&#233; est li&#233;e au refoulement et &#224; la possibilit&#233; de sc&#233;narii et montages fantasmatiques. Avec la culpabilit&#233;, nous sommes au c&#339;ur de la subjectivation. Avec la honte, nous ne sommes pas encore dans le registre de la faute, ni de la dette. Nous sommes dans le manquement ou la faillite des id&#233;aux narcissiques certes, mais surtout dans l'exclusion de soi &#224; soi, de corps &#233;tranger &#224; sa propre repr&#233;sentation. Il ne s'agit plus d'&#234;tre dans l'accueil ou l'effroi de sa propre &#233;tranget&#233; mais dans l'exclusion compacte, dans la menace de dispara&#238;tre dans l'immonde, dans le non-monde, dans un v&#233;ritable effacement des traces qui font tenir le sujet. Toutefois dans cet &#233;prouv&#233; catastrophique, cet effondrement de tout recours &#224; la parole, elle est un appel muet mais urgent &#224; l'autre, un appel &#224; sauvegarder en soi l'humanit&#233; de l'homme qui doit exister, m&#234;me d&#233;ni&#233;e, chez l'agent traumatisant &#233;hont&#233;. Avoir honte pour un autre qui n'a pas eu honte. Il revient &#224; Nicolas Abraham et Maria Torok d'avoir insist&#233; sur le lien entre la honte, le trauma et le secret. Ce secret qui concerne l'id&#233;al du moi qu'il ne faut pas perdre, le descendant en h&#233;rite sous la forme de l'incorporation au prix d'une objectivation &#171; ce qui est subi n'est pas blessure subjective mais menace de perte d'objet qu'il faut maintenir &#187; et au prix surtout d'une d&#233;m&#233;taphorisation, d'une destruction active de la figurabilit&#233; des mots. L'incorporation implique la destruction de ce par quoi la m&#233;taphore est possible, le diff&#233;rentiel, l'&#233;cart. La honte est &#224; la fois motrice de l'incorporation et apparemment annul&#233;e par elle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Honte si insistante dans la clinique de l'actuel, accompagnant le clivage et signant &#224; la fois l'impossibilit&#233; et la n&#233;cessit&#233; de trouver de la repr&#233;sentation &#224; ces zones cliv&#233;es. A la suite de Ferenczi et d'Imr&#233; Hermann, Nicolas Abraham et Maria Torok ont &#233;t&#233; effectivement les premiers en France &#224; rep&#233;rer ces situations dans l'analyse, d'o&#249; les r&#233;cits et la rem&#233;moration paraissent exclus. Les mots tournent &#224; vide face &#224; l'incorporation. Le secret de la situation indicible survenue chez les parents, non seulement ne peut &#234;tre dit mais doit &#234;tre maintenu encrypt&#233;. Surtout s'ils ont disparu.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les repr&#233;sentations symboliques du social faillissent &#224; fournir des discours sans honte ni gloire permettant de puiser de quoi articuler une cha&#238;ne signifiante non trou&#233;e, permettant de reprendre les premi&#232;res inscriptions en traces psychiques. Plus concr&#232;tement, quel trou dans la filiation quand la langue, l'histoire des g&#233;n&#233;rations ant&#233;rieures a fait l'objet de d&#233;ni, de d&#233;valorisation, plus m&#234;me de silenciation par les instances symboliques du pays d'accueil. Comment articuler les restes traumatiques de cette histoire parentale, dont ils sont les h&#233;ritiers involontaires, aux repr&#233;sentations du monde dans lequel ils sont amen&#233;s &#224; vivre. Comment trouver dans ce monde des repr&#233;sentations banales et communes &#224; tous, sans honte ni gloire comme j'ai l'habitude de le dire, qui leur permettent de faire acc&#233;der ces bouts d'histoire, de langue, &#224; un statut de traces psychiques constitutives du refoulement et du retour du refoul&#233; et non de rester dans un clivage laissant cette part morte du moi, muette, mais qui insiste.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En outre, que proposent les soci&#233;t&#233;s actuelles gouvern&#233;es par &#171; l'id&#233;ologie lib&#233;rale &#187; car c'est une id&#233;ologie, une id&#233;ologie de march&#233;. La jouissance imm&#233;diate, tout, tout de suite, et en plus de quoi ? d'objets jetables, interchangeables, avec le droit &#224; l'avoir, le discours sur l'argent facile qui s'auto-engendre sans limite et dans l'exc&#232;s. Car c'est bien d'exc&#232;s dont il s'agit, exc&#232;s des corps, dans leur errance par rapport &#224; une possible subjectivation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Qu'en est-il des p&#232;res ouvriers &#233;migr&#233;s des anciennes colonies ? Silenci&#233;s par le d&#233;ni de l'histoire coloniale et de ses violences, dont les traces et les rep&#232;res qui les ont fait tenir ont &#233;t&#233; d&#233;valoris&#233;s, voire rejet&#233;s. Ils sont en outre, m&#234;me &#224; la retraite, des ouvriers qui ont gagn&#233; dur le salaire familial, aux corps trop t&#244;t vieillis. Dans un film relativement r&#233;cent, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Beur, Blanc, Rouge&lt;/i&gt; de Mahmoud Zemmouri, prenant pour trame le match France-Alg&#233;rie qui, vous vous en souvenez sans doute, a donn&#233; lieu &#224; des d&#233;bordements de jeunes beurs envahissants la pelouse ne supportant pas l'incontestable sup&#233;riorit&#233; de l'&#233;quipe fran&#231;aise. Dans ce film, on voit un jeune plut&#244;t gentil mais dans l'errance, s'inventant des rep&#232;res qui ne tiennent pas, se faisant passer aux yeux de sa belle pour un homme d'affaires, s'inventant un &#171; faux Self &#187;, &#171; moi plombier jamais ! &#187; Honte de dire qu'il n'a pas de dipl&#244;mes, qu'il n'a pas d'argent, mais trouble de la filiation avec un p&#232;re ancien ouvrier et retrait&#233; lamin&#233; par la pauvret&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans ce film &#233;galement, ce p&#232;re, vieil ouvrier &#171; chibani &#187;, passe son temps &#224; jouer au loto l'argent du pain ! Effac&#233;e la figure paternelle, support d'une possible m&#233;taphorisation, effac&#233;e et dans le collectif et dans la famille. Le repli de l'errance se fait sur le regroupement avec des semblables dans une identification imaginaire des membres entre eux ou encore &#224; l'&#233;quipe de foot alg&#233;rienne dont en fait ils ne savent rien et dont ils nient l'alt&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si j'ai insist&#233; sur la honte, c'est qu'elle marque l'existence m&#234;me, dans un impossible partage avec la honte de vivre, commune &#224; tous. Elle accompagne comme une ombre le sentiment de se prendre pour un d&#233;chet, pour cette part d&#233;ni&#233;e mais pr&#233;sente qui insiste. Et d'autant plus que s'interroge la fragilit&#233; de sa propre image, d&#233;j&#224; sp&#233;culairement vacillante dans le regard de l'Autre. Ne pas savoir quel objet je suis dans le d&#233;sir de l'Autre finit par impliquer que je suis en droit de le soup&#231;onner de vouloir jouir &#224; mes d&#233;pens, ce qui est la porte ouverte &#224; la haine. Or la honte et le &#171; j'ai la honte &#187; non transitiv&#233;s comme un objet &#224; s'approprier est d&#233;j&#224; un appel, appel &#224; des lieux d'accueil, de reconnaissance et de possibilit&#233;s cr&#233;atives, de fiction et de m&#233;taphorisation. Quand la r&#233;ponse, comme nous l'avons d&#233;j&#224; vu, venue des plus hautes instances symboliques du politique est la promesse de la karch&#233;risation et de traiter de racailles des jeunes qui d&#233;j&#224; se prennent pour des exclus, pire des d&#233;chets, l'humiliation et la souffrance font basculer cet affect fondateur qu'est la honte, vers un autre, la haine. On a coutume de dire que le troisi&#232;me est l'amour et l'on parle d'hainamoration certes, mais la haine est ant&#233;rieure &#224; l'amour. Ne pas savoir quel objet je suis dans le d&#233;sir de l'Autre finit par impliquer que je suis en droit de le soup&#231;onner de vouloir jouir &#224; mes d&#233;pens, ce qui est la porte ouverte &#224; la haine, faut-il le r&#233;p&#233;ter.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; La haine une &#233;cole d'utilit&#233; publique r&#233;serv&#233;e aux &#233;corch&#233;s vifs. &#187; Plus surprenant. J'ai retrouv&#233; une phrase extr&#234;mement choquante mais vraie d'un Albert Camus disant : &#171; Il n'y a que la haine pour rendre les gens intelligents &#187;, phrase &#233;tonnante de la part d'un homme davantage connu pour son amour de la vie et de la conciliation, mais sans doute pressentait-il la valeur positive de la haine, de par son histoire m&#234;me d'enfant pauvre, marginalis&#233; par rapport aux autres lyc&#233;ens.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si nous revenons sur les incidents qui sont survenus dans les banlieues en novembre 2005, on ne peut que constater cette faillite des agencements symboliques r&#233;gulateurs de la soci&#233;t&#233; d'accueil dont nous parlons depuis longtemps. En plus des discriminations au logement, &#224; l'emploi, &#224; l'entr&#233;e dans les discoth&#232;ques..., discriminations au faci&#232;s ou au nom, s'ajoutent la surdit&#233; totale des plus hautes instances r&#233;gulatrices &#224; la demande de reconnaissance symbolique, d'&#234;tre trait&#233;s &#171; dignes &#187; comme disent ces enfants. Ils demandaient qu'on retire les mots de racaille, de Karcher, les transformant en d&#233;chets &#224; nettoyer, redoublant le sentiment d'&#234;tre vus sans &#234;tre regard&#233;s. Ils d&#233;siraient aussi qu'on fasse toute la lumi&#232;re et que l'on dise solennellement qu'elle sera faite sur la mort de deux coll&#233;giens pris de panique et enfin que l'on d&#233;plore publiquement l'explosion d'une grenade lacrymog&#232;ne devant une mosqu&#233;e, qui plus est, le soir de l'A&#239;d... Aucune phrase de ce genre n'a &#233;t&#233; alors prononc&#233;e. La seule r&#233;ponse est celle du d&#233;ni des violences polici&#232;res, qui redouble la violence et la suscite en r&#233;ponse de cette faillite de l'Autre. Violence brutale, erratique qui peut se retourner contre soi-m&#234;me ou le plus proche. La transformation de cette violence brutale erratique, sans objet d&#233;fini, s'endigue en une haine orient&#233;e vers un objet reconnu, reconnaissable. Le &#171; ne pas savoir ce que je suis dans le d&#233;sir de l'Autre &#187; finit par impliquer que je suis en droit de le soup&#231;onner de vouloir jouir &#224; mes d&#233;pens. Le soup&#231;on devient certitude.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La haine, comme l'amour mais avant lui, passion qui s'approche le plus de l'&#234;tre, avons-nous dit. La haine n'est-elle pas une tentative de susciter du d&#233;sir l&#224; o&#249; une identification s'av&#232;re impossible ? En d'autres termes, si l'amour est un lien de sentiment qui proc&#232;de du lien social, qu'en est-il de la haine et de la fracture qu'elle suppose ? Car telle est la question &#224; laquelle nous sommes constamment confront&#233;s &#224; l'heure actuelle : la haine fait-elle lien au m&#234;me titre que l'amour ? Dans les banlieues (ou en d'autres lieux plus polic&#233;s) o&#249; on a la haine, cette haine pour les flics, les contr&#244;leurs de bus, les professeurs, a-t-elle pour effet de cr&#233;er des liens ? Y a-t-il une politique qui dicterait cet &#171; avoir la haine &#187; comme l'on disait par exemple qu'il y avait la n&#233;cessit&#233; d'&#234;tre habit&#233; par la haine de classe ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'&#233;clipse du politique et des organisations susceptibles de prendre en charge la vie sociale promeut la haine, l'ethnocentrisme et les id&#233;ologies du ressentiment qui se constituent en une r&#233;plique &#224; une injure effective ou suppos&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;* *&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La haine rang&#233;e parmi les passions de l'&#234;tre au plus pr&#232;s de l'existence, la haine est une lutte du moi pour sa conservation et son affirmation, &#233;crit Freud dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Pulsions et destin des pulsions&lt;/i&gt; en 1915 d&#233;j&#224;. La haine comme relation &#224; l'objet, ajoute-t-il, est plus ancienne que l'amour. Elle prend sa source dans la r&#233;cusation aux primes origines du monde ext&#233;rieur, dispensateur de stimulus, r&#233;cusation &#233;manant du moi narcissique, vivant ces stimulus (le mot est de Freud) comme d&#233;sagr&#233;ables voire dangereux pour la conservation du moi, d'un moi extr&#234;mement fragile. La haine pr&#233;c&#232;de l'amour, l'objet du d&#233;plaisir est ha&#239; et ensuite aim&#233; si quelque satisfaction vient conforter le moi.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est une attitude contre l'autre lorsque l'instance symbolique est incapable d'introduire la diff&#233;renciation et l'alt&#233;rit&#233;. Se manifeste alors l'identification au rejet de l'autre. Or, elle est paradoxalement habit&#233;e par une exigence &#233;thique : l'homme refuse de n'&#234;tre que ce qu'il est vis&#233;, il cherche une issue au-del&#224; du mal et de la souffrance. C'est dans ce sens que l'on peut entendre cette surprenante phrase de Camus que j'ai cit&#233;e pr&#233;c&#233;demment. Pour en sortir, il est n&#233;cessaire que l'instance symbolique que je nomme pour ma part les m&#233;diations fictionnelles et symboliques, soit capable d'introduire la diff&#233;renciation et l'alt&#233;rit&#233; qui permettent d'accepter que l'autre n'est plus seulement un qui veut jouir secr&#232;tement de votre souffrance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette protection du moi narcissiquement fragile auquel le monde ext&#233;rieur n'ouvre que des stimulus d&#233;plaisants pour parler comme Freud, v&#233;cus comme dangereux et non acceptables, et la carence de la m&#233;diation symbolique qui permettrait dans un second temps d'accepter cet &#233;tranger d'abord hostile. Le film &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Haine&lt;/i&gt; sorti bien avant les soul&#232;vements de 2005 mais annonciateur, en donne un exemple remarquable. Entre parenth&#232;ses, si je fais souvent appel aux films (cin&#233;ma), ici &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Beur, Blanc, Rouge&lt;/i&gt; de Zemmouri ou &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Haine&lt;/i&gt; de Mathieu Kassovitz, ce pourrait &#234;tre les documentaires de Mehdi Allaoui sur les silences des violences coloniales et de la guerre d'Alg&#233;rie, ou d'autres encore, de Yasmina Benguigui (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;M&#233;moires d'immigr&#233;s&lt;/i&gt; ou encore &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;M&#233;moires du 9/3&lt;/i&gt;), c'est que non seulement ils montrent, par l'image et dans son articulation avec elle, du r&#233;el mais aussi parce qu'ils t&#233;moignent de l'exigence de cr&#233;ativit&#233; de ces r&#233;alisateurs comme nouage de leur propre histoire comme autant de fragments &#224; verser dans les m&#233;diations symboliques pour tous.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le film &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;La Haine&lt;/i&gt; donc en donne un exemple remarquable si on veut bien le voir. Ces jeunes, ces petits autres de la transversalit&#233; o&#249; chacun s'appuie sur des semblables, sont unis dans la haine du flic, c'est &#233;vident, mais aussi dans une grande fragilit&#233; narcissique, d'un vacillement de leur propre image. Rappelez-vous une sc&#232;ne surprenante du film o&#249; l'on voit un des jeunes se regarder dans un miroir ou plut&#244;t une petite glace, en se donnant des claques et en disant : &#171; C'est moi &#231;a, c'est moi &#231;a. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une autre image plus tardive : ils sont en balade errant dans un Paris inconnu, &#233;tranger et ils font une surprenante rencontre avec un vieil homme &#233;tranger qui leur tient des propos &#233;tranges, en plus dans une langue qu'ils ne comprennent pas. C'est comme si se trouvait l&#224; une m&#233;diation &#224; la fois fictionnelle et symbolique qui les arr&#234;te, les surprenne, une rencontre avec l'&#233;tranger, avec l'alt&#233;rit&#233;, radicale pourtant, qu'ils reconnaissent.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;* *&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#192; d&#233;faut de la rencontre avec un tiers qui ouvre sur l'alt&#233;rit&#233;, parfois m&#234;me dans une productive inqui&#233;tante &#233;tranget&#233; (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;unheimlich&lt;/i&gt;) comme on l'a vu dans l'exemple pr&#233;c&#233;dent, l'aspiration &#224; la dignit&#233; va se loger dans des ersatzs de vie. Par exemple la valeur marchande, le &#171; n'&#234;tre qu'un d&#233;chet &#187; va se restaurer dans cette compl&#233;tude, jouissance prise comme id&#233;ale. Paradoxalement, l'autre alternative &#224; cette solution de la jouissance imm&#233;diate de l'objet est le recours &#224; une identit&#233; Une. Celle-ci est fournie notamment par la proposition religieuse avec ses rites et surtout ses contraintes, car elle fonctionne le plus souvent non comme un tiers mais comme un assujettissement &#224; une origine au-del&#224; de l'origine (comme je vous l'ai rappel&#233;), court-circuitant de ce fait tout le trajet subjectif permettant de se s&#233;parer de l'origine sans la renier et surtout de s'inscrire dans la diff&#233;renciation g&#233;n&#233;rationnelle, sexuelle et de reconnaissance de la mortalit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>A la m&#233;moire de Nathalie Zaltzman</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michelle Bouraux Hartemann</dc:creator>

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		<description>Ch&#232;re Nathalie, &lt;br /&gt;je ne saurais laisser passer ce 20/02/2010 sans me souvenir de l'ouverture du groupe d'&#233;tudes sur l'Histoire du Mouvement Psychanalytique dont j'ai eu le plaisir de faire partie avec Rodolphe Bidlowski, Liliane Gherchanoc, Nicole Bouchet et quelques autres... Tu l'ouvrais dans les ann&#233;es 1972-73 et comme tu l'as fort bien &#233;crit dans le num&#233;ro de Topique n&#176;14 (&#171; Du mouvement freudien &#187;) confi&#233; &#224; toi par Piera Castoriadis Aulagnier :&gt; C'&#233;tait, bien s&#251;r, une ouverture d&#233;plac&#233;e, et fort avertie (...)


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ch&#232;re Nathalie,&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;je ne saurais laisser passer ce 20/02/2010 sans me souvenir de l'ouverture du groupe d'&#233;tudes sur l'Histoire du Mouvement Psychanalytique dont j'ai eu le plaisir de faire partie avec Rodolphe Bidlowski, Liliane Gherchanoc, Nicole Bouchet et quelques autres... Tu l'ouvrais dans les ann&#233;es 1972-73 et comme tu l'as fort bien &#233;crit dans le num&#233;ro de Topique n&#176;14 (&#171; Du mouvement freudien &#187;) confi&#233; &#224; toi par Piera Castoriadis Aulagnier :&lt;&lt;Ces points &#233;lectifs (de la th&#233;orie psychanalytique....) constituent des points d'&#233;mergence ou d'&#233;viction de certaines notions capitales de la m&#233;tapsychologie freudienne, points n&#233;vralgiques, zones de fractures, cicatrices qui ont marqu&#233; le CORPS de la doctrine analytique et le cours de son Histoire....&gt;&gt; C'&#233;tait, bien s&#251;r, une ouverture d&#233;plac&#233;e, et fort avertie du probl&#232;me r&#233;p&#233;t&#233; par les scissions en France&#8230; d'autant que le 4&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; Groupe venait de rompre avec Lacan &#224; propos de son &#339;il de Ma&#238;tre sur tous ses &#233;ternels &#233;l&#232;ves, surtout ceux &#224; venir en Didactique ... Ah la PASSE ! Le Moi tout SEUL du MA&#206;TRE ! que d'auto-adoration ! et que de fascination&#8230; durable ! que de mim&#233;tisme&#8230; que de jargonaphasies de &#171; nourrisson savant &#187; (Ferenczi ) m&#234;me en 2010-02-13 ! Il ne restait alors qu'&#224; partir. Ou &#234;tre jet&#233; comme a !...... Nous, les arrivants, nous avons d&#233;couvert, gr&#226;ce &#224; toi Nathalie Zaltzman, la libert&#233; de lire, de parler du Freud du Mercredi, des discussions que tu connaissais par c&#339;ur et ce n'est pas un vain mot ! Freud... SES Passions, SES Ruptures de &#171; haine d&#233;&#231;ue &#187; avec ses h&#233;ritiers ador&#233;s, comme Jung son JOSUE de la Terre PROMISE (entendez la PSY &#224; Venir) ..... Et nous avons choisi : Bydlo, les ados bien s&#251;r , avec Aichhorn August ;.Fenoulliet avec Winnicott, Liliane Guerchanoc ; les mythes : Rank celui du H&#233;ros, Lacan celui de &#171; L'homme au rat &#187;, ses lunettes et La jeune fille pauvre... Aussi, Reich, avec N. Bouchet&#8230; Aussi, moi-m&#234;me, avec Rank et le n&#233;vros&#233;, artiste qui s'ignore.... et M&#233;lanie Klein ses &#171; bon et mauvais &#187; seins, (que, Nathalie, tu n'aimais pas trop). M. Klein finissait, pourtant avec l'artiste, elle aussi..... Bref, nous avons re&#231;u le grand cadeau de la transmission &#224; la fois passionn&#233;e et critique. Une ouverture imm&#233;diate &#224; l'&#233;criture (m&#234;me si un peu censur&#233;e d&#233;j&#224; !, quant &#224; moi !). Conc&#233;der quelques traits phobiques au Ma&#238;tre, d'accord, on levait quelques tabous, mais pouvait-on p&#233;n&#233;trer r&#233;ellement dans les territoires o&#249; il n'avait pas pu aller et comprendre &#231;a. Il aurait fallu toucher pas &#224; l'inventeur g&#233;nial mais au PERE QUI SE CACHAIT derri&#232;re...&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Paris le 10 / 2/2010&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Michelle Bouraux Hartemann&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>



	<item>
		<title>Dimensions dites &#171; psychotiques &#187; des transferts</title>
		<link>http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/Dimensions-dites-psychotiques-des.html</link>
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		<dc:date>2010-03-12T21:48:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Delaunay</dc:creator>

<category domain="http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/-Textes-.html">Textes</category>


		<description>Les moments &#8220;psychotiques&#8221; ordinaires &lt;br /&gt;Je n'utilise pas les notions de structures n&#233;vrotiques ou psychotiques de la personnalit&#233;. Elles rel&#232;vent, &#224; mon sens, d'un reste psychiatrique dans la psychanalyse. Je pr&#233;f&#232;re parler de moments et, s'ils sont durables, d'&#233;tats et m&#234;me de co&#239;n&#231;ages. &lt;br /&gt;Je me r&#233;f&#232;re ici &#224; Freud parlant d'&#233;tats hypno&#239;des, dans les Etudes sur l'hyst&#233;rie, ou encore de changements d'&#233;tats des repr&#233;sentations, dans la M&#233;tapsychologie. Moments comme r&#233;p&#233;titions ou r&#233;gressions, &#233;tats comme fixations ou (...)


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Les moments &#8220;psychotiques&#8221; ordinaires&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je n'utilise pas les notions de structures n&#233;vrotiques ou psychotiques de la personnalit&#233;. Elles rel&#232;vent, &#224; mon sens, d'un reste psychiatrique dans la psychanalyse. Je pr&#233;f&#232;re parler de moments et, s'ils sont durables, d'&#233;tats et m&#234;me de co&#239;n&#231;ages.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je me r&#233;f&#232;re ici &#224; Freud parlant d'&#233;tats hypno&#239;des, dans les &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Etudes sur l'hyst&#233;rie,&lt;/i&gt; ou encore de changements d'&#233;tats des repr&#233;sentations, dans la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;M&#233;tapsychologie.&lt;/i&gt; Moments comme r&#233;p&#233;titions ou r&#233;gressions, &#233;tats comme fixations ou persistances.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cela peut sembler manquer de rigueur. C'est que je me r&#233;f&#232;re aussi &#224; ce que, dans &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Analyse finie, analyse infinie&lt;/i&gt;, Freud appelle r&#233;sistances du &#231;a : rigidit&#233; de la libido, o&#249; l'on reconna&#238;t la dimension schizo&#239;de telle que d&#233;crite par Kretschmer et par Minkowski ; viscosit&#233; de la libido, o&#249; l'on reconna&#238;t la dimension &#233;pilepto&#239;de telle que d&#233;crite par Delasiauve et par Minkowska. J'insisterai sur la premi&#232;re car c'est celle que ma propre psychanalyse m'a fait plut&#244;t explorer. Il faudrait aussi parler des moments maniaques et m&#233;lancoliques.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces &#233;tats peuvent surgir &#224; l'improviste au cours de n'importe quelle psychanalyse ordinaire, s'il en est, mettant alors le psychanalyste en &#233;chec : &#233;ternisation ou rupture brutale du traitement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On les rencontre donc souvent au d&#233;but des deuxi&#232;me et troisi&#232;me &#8220;tranches&#8221;, comme on dit en jargon de m&#233;tier. Souvent l'analysant va voir un second analyste avant m&#234;me d'avoir rompu avec le pr&#233;c&#233;dent. Plut&#244;t qu'une demande de psychanalyse, c'est un appel, au sens juridique du terme. Parfois le premier analyste insiste pour que &#8220;&#231;a continue&#8221;, pour &#8220;faire c&#233;der les r&#233;sistances&#8221;. Parfois m&#234;me, il croit d&#233;celer l&#224; un moment de &#8220;destitution subjective&#8221; qui signerait une fin de psychanalyse. Il pousse alors &#224; &#8220;faire la passe&#8221; si l'institution &#224; laquelle il appartient en propose une proc&#233;dure.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;* *&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On rencontre aussi ces &#233;tats au cours des premiers entretiens. Ce sont les &#8220;&#233;tats limites&#8221; des anglo-saxons.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans ces trois cas de figure, la soi-disant &#8220;technique&#8221; classique se r&#233;v&#232;le inad&#233;quate, comme avec les enfants. Outre les surdit&#233;s propres &#224; chacun de nous, cela tient, &#224; mon sens, &#224; une conception limit&#233;e des transferts. Si l'analyste se retranche dans une posture rigide, d&#233;fendant ce qu'il croit &#234;tre la position de l'analyste, le patient s'attaque au cadre. Atmosph&#232;re de passage &#224; l'acte : le patient interpelle le psychanalyste, notamment sur sa mani&#232;re de faire, au lieu de lui raconter son histoire. Or, c'est exactement ce que Freud appelle un moment aigu du transfert.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le cas le plus typique, et tr&#232;s courant &#224; l'heure actuelle, est peut-&#234;tre celui o&#249; quelqu'un d&#233;clare d'embl&#233;e ne pas vouloir &#8220;faire une analyse&#8221;, mais vouloir parler &#224; cet analyste-l&#224; et pas &#224; un autre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'ajoute, pour faire image, qu'on n'est pas plus oblig&#233; de faire la psychanalyse dans la position de Freud ou de Lacan que de faire l'amour dans la position du missionnaire.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Consid&#233;rations th&#233;oriques&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour aborder les ph&#233;nom&#232;nes de transfert, je ne me place ni du point de vue des structures, ni de celui des signifiants. D'ailleurs, l'un et l'autre se tiennent. Je pars de ce que Freud a appel&#233; l'hypoth&#232;se fonctionnelle. C'est un autre chemin, parall&#232;le, compl&#233;mentaire. Sa rigueur est autre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'hypoth&#232;se fonctionnelle, dans la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;M&#233;tapsychologie&lt;/i&gt;, Freud l'oppose &#224; celle de la double inscription. Il est curieux que ce soit celle-ci qui ait marqu&#233; les esprits alors que Freud pense que celle-l&#224;, quoique moins pratique, est plus juste. Du moins est-ce ce qu'il &#233;nonce.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce n'est pas parce qu'une chose est dite qu'elle est pour autant devenue consciente. C'est ce que Freud reprendra par la suite &#224; propos de la d&#233;n&#233;gation. Ici, dans la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;M&#233;tapsychologie&lt;/i&gt;, il va m&#234;me plus loin : une affirmation ne garantit pas le passage de l'inconscient au conscient : avoir entendu et avoir v&#233;cu, ce n'est pas la m&#234;me chose. L'affirmation peut &#234;tre purement intellectuelle. On reconna&#238;t ici ce que Minkowski aurait appel&#233; un moment schizo-rationnel.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une repr&#233;sentation inconsciente ne devient r&#233;ellement consciente que par un &#8220;changement d'&#233;tat&#8221; et ce, du fait d'un &#8220;acte psychique&#8221;. Celui-ci consiste en un &#8220;investissement&#8221;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Besetzungt&lt;/i&gt; dans le texte original. Sans celui-ci, il n'y a pas de v&#233;ritable passage. La repr&#233;sentation n'a pas pris sa &#8220;r&#233;elle valeur psychique&#8221; qui est affective.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A partir de ce moment-l&#224;, Freud oppose au point de vue topique, qui est un point de vue scriptural, le point de vue &#233;conomique. Du m&#234;me coup, l'hypoth&#232;se fonctionnelle s'en va aux oubliettes. Freud ne la nommera jamais plus ainsi. Le point de vue &#233;conomique tue dans l'&#339;uf le point de vue fonctionnel comme la pulsion de mort &#233;touffera la contrainte de r&#233;p&#233;tition. Comme si la notion de valeur ne pouvait trouver place que dans un champ &#233;conomique !&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;* *&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quelques ann&#233;es plus t&#244;t, trois ou quatre, on peut voir Ferdinand de Saussure buter sur la m&#234;me r&#233;sistance conceptuelle. Il n'arrive pas &#224; d&#233;gager la notion de valeur des mots d'une conception &#233;conomique de l'&#233;change. Ni, du m&#234;me coup, &#224; la diff&#233;rencier clairement de la notion de signification. Il n'est que de reprendre le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Cours de linguistique g&#233;n&#233;rale&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est patent quand Saussure compare la langue au jeu d'&#233;checs. Les pi&#232;ces n'ont de valeur, dit-il, que par leurs oppositions r&#233;ciproques. Ainsi en va-t-il des signifiants. Mettant l'accent sur les oppositions binaires, Saussure ne conceptualise pas cette r&#233;ciprocit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Celle-ci est cependant criante quand on ne pense plus au jeu d'&#233;checs mais &#224; une partie effective : la valeur de chaque pi&#232;ce est fonction de celle des autres et de la place qu'elle occupe. On n'est plus dans le champ des structures de la langue mais dans celui des fonctions de la parole.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Or, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Besetzung&lt;/i&gt; veut dire litt&#233;ralement non pas investissement, mais placement et, plus pr&#233;cis&#233;ment, occupation. Cela me parle puisqu'une grande partie de mon enfance s'est d&#233;roul&#233;e entre 1940 et 1945. D'ailleurs, il n'est que d'aller dans un train allemand pour voir &#233;crit &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;besetzt&lt;/i&gt;&#8221; sur la porte des lieux d'aisance quand ils sont occup&#233;s.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;* *&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La langue ou la parole, dit Saussure, il faut choisir. On ne peut suivre les deux voies en m&#234;me temps quand on veut faire une th&#233;orie du langage. Saussure a choisi la langue, le syst&#232;me, pour fonder la linguistique moderne. Et, &#224; sa suite, les structuralistes : Jacobson, Levi-Strauss et, pour une part de son travail, Lacan. La th&#233;orie du signifiant a &#233;t&#233; &#233;labor&#233;e &#224; partir de la pr&#233;face de Levi-Strauss &#224; l'&#339;uvre de Mauss. Il n'est que de comparer les dates de publication. L'influence d'Austin ne s'est faite sentir que plus tard, sans doute &#224; travers Benveniste, avec la diff&#233;rence entre sujet de l'&#233;nonc&#233; et sujet de l'&#233;nonciation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour aborder les ph&#233;nom&#232;nes de transfert, je me r&#233;f&#232;re &#224; la parole et je m'appuie essentiellement sur Austin. Sans oublier qu'il a &#233;t&#233; le traducteur anglais de Frege. Austin a choisi la parole ordinaire : quand dire, c'est faire, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;How to do things with words&lt;/i&gt;, comment faire des choses avec des mots. Or, pour Freud, le transfert est un faire. C'est un agir au lieu d'un souvenir. Le faire occupe la place du souvenir dans le dire. Il reste &#224; faire une critique de la th&#233;orie du sujet car ici surgit la notion d'auteur de l'acte d'&#233;nonciation. Et, avec elle, s'&#233;claire un peu celle, chez Freud, d'acte psychique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comment faire des choses avec des mots ! Non pas qu'Austin ait pris les mots pour des choses, comme Freud disait que font les d&#233;ments pr&#233;coces. Non : comment faire des choses aux autres et &#224; soi-m&#234;me en leur adressant la parole. Ceci, compte tenu de ce que les choses en question ne sont, pour l'essentiel, pas des objets mais des &#233;v&#233;nements.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je me r&#233;f&#232;re ici &#224; Wittgenstein : &#8220;Le monde est tout ce qui arrive.&#8221; A quoi l'exp&#233;rience psychanalytique incite &#224; ajouter ce correctif : ce qui arrive ne constitue pas d'embl&#233;e un monde. Encore faut-il r&#233;aliser ce qui arrive.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans mon jargon personnel, ce qui arrive, c'est du r&#233;el. Ce n'est que dans un second temps que ce qu'on en r&#233;alise constitue notre r&#233;alit&#233;, notre conception du monde. Une force pousse l'humain &#224; essayer de r&#233;aliser ce qui lui arrive, ce r&#233;el fait d'&#233;v&#233;nements internes aussi bien qu'externes. En cons&#233;quence, le r&#233;el est constitu&#233; comme un v&#339;u, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Wunsch&lt;/i&gt;, au sens de Freud qui ne saurait &#234;tre r&#233;duit au d&#233;sir. Il demande &#224; &#234;tre r&#233;alis&#233;. R&#233;aliser, c'est mettre au monde. Les dimensions dites &#8220;psychotiques&#8221; sont celles du non r&#233;alis&#233;, du non n&#233;, du non mis au monde, de l'avort&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Or la structure du v&#339;u est celle du symbole, au sens grec archa&#239;que du mot. La formulation du v&#339;u creuse dans l'avenir la place vacante que sa r&#233;alisation viendra peut-&#234;tre occuper. C'est exactement ainsi que fonctionne le symbole, objet bris&#233; en deux dont deux groupes conservent chacun la moiti&#233; pour reconna&#238;tre leurs &#233;missaires. Chaque partie comporte la place vacante que viendra peut-&#234;tre occuper l'autre. Chaque partie est ainsi fonction de l'autre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les formes symboliques sont celles qui sont structur&#233;es de la sorte, comme le v&#339;u et comme le r&#233;el. Enfin, non pas le r&#233;el de la m&#233;taphysique mais le r&#233;el ordinaire qui nous arrive. Personnellement, je ne donne &#224; &#8220;symbolique&#8221; nulle autre acception que celle-l&#224;. Je m'en tiens strictement l&#224; parce que cela met l'accent sur deux concepts fondamentaux dont Freud use pour d&#233;finir ce qu'il appelle &#8220;transfert&#8221;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La force qui pousse &#224; compl&#233;ter est de celles que Freud a nomm&#233;es &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Zw&#228;ng&lt;/i&gt;, les diff&#233;renciant du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Trieb&lt;/i&gt;. La traduction par &#8220;compulsion&#8221; a quelque peu donn&#233; le change alors que le sens en est &#8220;force&#8221;, &#8220;contrainte&#8221;. Freud aussi est all&#233; dans le sens de la confusion en substituant &#224; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Wiederhohlungszwang&lt;/i&gt;, contrainte de r&#233;p&#233;tition, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Todestrieb&lt;/i&gt;, pulsion de mort. Je soutiens que la force qui pousse &#224; r&#233;aliser ce qui arrive, ou un voeu, au-del&#224; du principe de plaisir, est de m&#234;me nature que celle qui pousse &#224; r&#233;p&#233;ter. On le voit clairement dans l'&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Essai sur le don&lt;/i&gt;, de Mauss : don pour don, coup pour coup. Le don et le coup creusent la place vacante que viendront occuper le contre-don et le contre-coup. Cette force qui pousse &#224; compl&#233;ter, que Freud a fait d&#233;river vers la pulsion de vie, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Lebenstrieb&lt;/i&gt;, la structure du symbole montre que c'est une contrainte symbolique.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;* *&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce que je soutiens l&#224; se r&#233;f&#232;re par ailleurs &#224; la th&#233;orie des fonctions alg&#233;briques de Frege. Si les chiffres sont des id&#233;ogrammes, des noms propres des nombres, ces r&#233;els, les lettres &#8220;x&#8221; et &#8220;y&#8221; indiquent des places vacantes qui demandent &#224; &#234;tre remplies. Exactement, ce que ne dit pas Frege, comme le demandent les places vacantes des morceaux de symbole.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ici encore deux voies compl&#233;mentaires : celle du chiffre arithm&#233;tique et de la lettre alg&#233;brique, id&#233;ogrammes et noms propres des nombres et des places vacantes et celle des fonctions qui les r&#233;unissent, les mettant en relations de correspondance. Je ne mettrai l'accent que sur ceci : les places vacantes demandent &#224; &#234;tre occup&#233;es. Et sur ce pas que franchit Frege, de la logique math&#233;matique au langage ordinaire : les phrases aussi demandent &#224; &#234;tre compl&#233;t&#233;es quand elles ne le sont pas, et notamment, parfois, par des noms propres. Il en conclut que les personnes, comme les nombres, peuvent &#234;tre objets de fonctions. L'exemple qu'il en donne est le suivant : &#8220;... conquit les Gaulles&#8221;. Il manque &#8220;C&#233;sar&#8221;. C'est ce qu'on appelle, en langage ordinaire, remplir ou occuper une fonction apr&#232;s y avoir &#233;t&#233; affect&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'exp&#233;rience de la psychanalyse montre que l'on en est souvent inconscient. Ce n'est pourtant pas sans effets. L'affectation affecte. Elle provoque des affections physiques et mentales, des &#233;tats, comme dit Freud.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si je pr&#233;f&#232;re &#8220;affection&#8221; &#224; tout terme nosologique ou m&#233;dical, c'est parce qu'il permet de ne pas quitter le champ symbolique. Ce point de vue fonctionnel permet en outre d'inclure dans ce m&#234;me champ ce qui, dans le langage ordinaire, se r&#233;f&#232;re &#224; nos occupations et &#224; nos pr&#233;occupations. L'affection est un trouble, peut-&#234;tre m&#234;me une passion.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;es, &#224; &#8220;n&#233;vroses&#8221; ou &#224; &#8220;psychoses&#8221;, je pr&#233;f&#232;re &#8220;affolement&#8221;, dans le sens de Harold Searles. L'effort pour rendre l'autre fou rel&#232;ve, &#224; mon sens, des affectations qui affectent, souvent de mani&#232;re durable, si durable qu'on peut les prendre pour de l'&#234;tre. C'est pourquoi je ne pense pas que le d&#233;s&#234;tre soit l'apanage du psychanalyste : gu&#233;rir de l'&#234;tre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces affectations, pour ainsi dire alg&#233;briques, rel&#232;vent du champ ouvert par Austin : quand dire, c'est faire. Elles rel&#232;vent, non plus des actes manqu&#233;s qu'a d&#233;couverts Freud, mais de ces autres actes qu'Austin a nomm&#233;s malheureux. C'est une autre voie &#224; explorer. C'est la voie du destin. Mais aujourd'hui, je dois en rester aux formes des transferts, sans aborder la question de leurs destins.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Conception freudienne des transferts&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est de ce point de vue fonctionnel et symbolique que je vais aborder les ph&#233;nom&#232;nes de transfert tels que d&#233;finis par Freud dans ses articles de 1910 et 1912, juste avant qu'il ne commence cette &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;M&#233;tapsychologie&lt;/i&gt; qui porte la marque de son inach&#232;vement. Ces ph&#233;nom&#232;nes de transfert, je les prends pour du r&#233;el, des &#233;v&#233;nements. Comme tels, ils sont structur&#233;s comme des voeux et demandent &#224; &#234;tre r&#233;alis&#233;s. C'est l'une des t&#226;ches de la psychanalyse : r&#233;aliser en quoi ils consistent. Freud l'a fait dans le champ dit des n&#233;vroses. Mais la d&#233;finition qu'il donne du transfert va au-del&#224; de ce qu'il en a r&#233;alis&#233;. Elle m&#233;rite donc notre attention. Cette d&#233;finition tient en trois points : c'est un agir au lieu d'un souvenir ; c'est l'occupation de places, dite &#8220;investissement&#8221; ; et c'est un fragment de la contrainte de r&#233;p&#233;tition.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est un agir au lieu d'un souvenir, comme sur une sc&#232;ne de th&#233;&#226;tre, dit Lacan. Autrement dit, c'est le passage du style indirect du r&#233;cit au style direct du dialogue, ce que, dans son article sur les temps du verbe fran&#231;ais, Benveniste appelle &#8220;transfert instantan&#233;&#8221;. Autrement dit, c'est l'acte m&#234;me d'&#233;nonciation en ce qu'il s'adresse &#224; quelqu'un et lui fait quelque chose. C'est bien le champ ouvert par Austin, celui des fonctions illocutives, perlocutives et locutives de la parole. Le transfert est inh&#233;rent &#224; la parole puisque son lieu est celui de l'interlocuteur.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce qui signe le transfert dans ses moments aigus, c'est que contrairement aux id&#233;es re&#231;ues, &#8220;&#231;a fait quelque chose&#8221; au psychanalyste, ce qu'on lui dit. Par exemple, la question, la menace, l'injure, l'affectent, au double sens du mot en fran&#231;ais. La sensibilit&#233; du psychanalyste au transfert, c'est, comme le disait ici r&#233;cemment, &#224; Lyon, Philippe Levy, sa capacit&#233; &#224; se laisser affecter.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;* *&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il me faut maintenant introduire une notion utile dans n'importe quelle cure mais particuli&#232;rement dans celles des &#233;tats schizophr&#233;niques : celle d'action directe. Je l'ai emprunt&#233;e au langage du terrorisme moderne.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'appelle ainsi l'action imm&#233;diate du r&#233;el du symbolique, ici l'acte d'interpellation, sur le r&#233;el de l'autre, corps et &#226;me, sans interm&#233;diaire imaginaire, avant toute repr&#233;sentation. L'exemple le plus criant en est donn&#233; par la terreur, la peur paralysante, celle que Freud appelle &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Realangst&lt;/i&gt;, pour la laisser de c&#244;t&#233; parce qu'il ne situe les n&#233;vroses que sur le versant de l'angoisse, de la peur des pulsions, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Triebangst&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'action directe est une forme de processus primaire intersubjectif. L'imaginaire est alors un processus secondaire, une tentative de r&#233;aliser apr&#232;s coup ce qui est arriv&#233;. L'affection que provoque par action directe l'affectation est une r&#233;action vitale et humaine. Vitale d&#233;j&#224; chez l'animal qui r&#233;agit par le sursaut au cri d'appel et, s'il est un peu humanis&#233;, &#224; l'appel par son nom. Ces affections vitales ne sont pas interpr&#233;tables en termes de signifiant, comme le sont les sympt&#244;mes de type hyst&#233;rique. Cela serait cruaut&#233; que les interpr&#233;ter ainsi. Par contre, peuvent l'&#234;tre les affectations. Les places occup&#233;es sous contrainte symbolique peuvent &#234;tre nomm&#233;es et ces noms, &#234;tre analys&#233;s en termes de signifiant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans les &#233;tats schizophr&#233;niques, la parole est sans cesse action directe, changeante, rapide, contradictoire, &#224; peine entrecoup&#233;e de r&#233;cits historiques. Contrairement &#224; ce que pensait Freud des n&#233;vroses narcissiques, qu'il disait sans transfert, c'est l'agir transf&#233;rentiel permanent. C'est d'ailleurs pourquoi il les disait inanalysables puisqu'il consid&#233;rait, &#224; juste titre, les transferts comme des r&#233;sistances.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;* *&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Deuxi&#232;me point, le transfert est un &#8220;investissement&#8221;, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Besetzung&lt;/i&gt;, l'occupation d'une place vacante. L'analysant s'occupe de l'analyste. C'est ainsi que le formule Freud. Par exemple, l'analyse de l'analyste int&#233;resse l'analysant beaucoup plus que la sienne propre. C'est m&#234;me pourquoi le transfert est une r&#233;sistance. L'un des points extr&#234;mes en est l'attitude d'&#233;coute. Freud dit encore : une place est libre dans le train des associations. Cette place est celle de l'interlocuteur. Les formes transf&#233;rentielles sont des modalit&#233;s d'occupation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il me faut introduire maintenant une notion proche de celle d'action directe : celle d'assignation &#224; r&#233;sidence. Un mod&#232;le en est donn&#233; par l'injure, l'insulte qui appelle quelqu'un par un surnom au lieu de son nom. L'injure tombe sur moi. C'est une forme de surmoi r&#233;el et actuel.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'injure fabrique de l'&#234;tre. C'est une assignation ontologique. Et plus il y a d'&#234;tre, moins il y a d'existence. Sensation de vide interne par vidage du sentiment d'existence. L'injure rel&#232;ve du &#8220;ne... que...&#8221; exclusif et, par l&#224; m&#234;me, du totalitarisme : &#8220;tu n'es que &#231;a et rien d'autre&#8221;. Assignation &#224; r&#233;sidence dans le &#8220;n'&#234;tre que &#231;a&#8221; et vidage de l'&#233;prouv&#233; dans le &#8220;rien d'autre&#8221;. Ce vidage est une fin de non recevoir.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'injure fabrique en m&#234;me temps de l'&#234;tre et du non &#234;tre. Elle est donc proche du crime contre l'humanit&#233; tel que nouvellement d&#233;fini par le procureur g&#233;n&#233;ral Henri Dontenville, ici, &#224; Lyon, au proc&#232;s de Barbie. Il ne s'agit plus de traitements inhumains. Quoi de plus humain, en effet, que la cruaut&#233; ? Il s'agit de traitement de l'humain comme s'il n'&#233;tait pas humain. Il s'agit de d&#233;ni d'humanit&#233; de la victime.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'action directe la plus commune de l'injure grave est le saisissement, occupation forc&#233;e. L'injure saisit l'injuri&#233;. C'est une forme symbolique de ce que Hermann a appel&#233; &#171; instinct d'agrippement &#187;. Il s'ensuit sid&#233;ration, p&#233;trification, h&#233;b&#233;tude, stupeur : paralysie du corps et de la pens&#233;e, souvent accompagn&#233;e d'anesth&#233;sie douloureuse par le clivage qu'elle engendre. C'est ce que j'appelle syndrome de Ferenczi parce que c'est lui qui en a le plus pr&#233;cis&#233;ment d&#233;crit les implications r&#233;ciproques.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a l&#224; une tentative d'an&#233;antissement de l'existence que Ferenczi appelait &#8220;meurtre psychique&#8221; et Schreber &#8220;meurtre d'&#226;me''.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La forme la plus paradoxale, peut-&#234;tre, de l'assignation &#224; r&#233;sidence est la fin de non recevoir. Elle enferme dehors, parfois hors humanit&#233;, ce pourquoi je citais Henri Dontenville. C'est l'inverse de la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bejahung&lt;/i&gt; de Freud. C'est tout de m&#234;me une assignation &#224; r&#233;sidence parce qu'elle est une interpellation et parce qu'elle fabrique de l'&#234;tre. Mais elle voue &#224; un non-lieu, celui que vient redoubler dans le champ juridique l'article 64 du Code p&#233;nal, en France, soustrayant l'auteur d'un acte au jugement. Paradoxe d'une assignation &#224; r&#233;sidence dans un non-lieu d'&#234;tre, dans un vide sans place ou un vide qui occupe toute la place. Paradoxe pour qui en est l'objet que d'&#234;tre agripp&#233; par le vide.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;* *&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je vais jusqu'&#224; avancer la notion d'une injure sans nom, conjuguant le surnom et le secret. Ceci comme forme possible d'une forclusion quand le surnom ne laisse aucune place au nom. Elle mobilise alors toute la force de ce que Lacan appelait pulsion invocante dans la forme qu'il disait &#8220;perverse&#8221; : se faire appeler.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est ici que le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Trieb&lt;/i&gt;, la pulsion partielle, rejoint le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Zwang&lt;/i&gt;, la contrainte symbolique qui pousse celui qui en est l'objet &#224; occuper les places et m&#234;me les non lieux creus&#233;s par l'interpellation.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'en arrive au troisi&#232;me &#233;l&#233;ment de d&#233;finition que Freud donne du transfert en 1912. C'est un fragment de l'automatisme de r&#233;p&#233;tition. Ce qui se r&#233;p&#232;te est une relation de correspondance, comme dit Frege : &#8220;y = (f) x&#8221;, o&#249; (f) est essentiellement une fonction de parole, un agir, un faire, un geste, une contrainte symbolique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'affectation de l'analyste, log&#233; en &#8220;y&#8221; est ce qui est d'abord &#224; reconna&#238;tre pour identifier ensuite (f), ce qui agit sur lui, l'action elle-m&#234;me. Cela, c'est l'analyse du transfert : qu'est-ce qui se passe r&#233;ellement ici ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Elle est particuli&#232;rement difficile quand il s'agit d'actions complexes, paradoxales, rapides, contradictoires, en un mot affolantes. L'analyste est soumis alors &#224; ce que Searles a appel&#233; l'effort pour rendre l'autre fou.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On interpr&#232;te presque toujours trop vite : qui est qui ? Qui parle &#224; qui ? Qui agit sur qui ? Trop vite et trop vide. Apr&#232;s analyse insuffisante de ce qui se passe r&#233;ellement, de l'effet produit sur l'analyste, et de l'action qui a produit cet effet. Sans oublier, bien entendu, l'effet produit sur l'analysant par son action et par la r&#233;action de son interlocuteur oblig&#233;, assign&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Car, bien &#233;videmment, l'analyste fait aussi des choses en retour &#224; son analysant qui tente souvent de s'en mettre &#224; l'abri. En le paralysant, par exemple. Ou en lui &#233;crivant. Au moins l'analysant pourra-t-il &#233;crire sans &#234;tre interrompu par des ponctuations intempestives.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'analyse est ici essentielle puisque, de ce point de vue, l'inconscient c'est cet agir et sa r&#233;p&#233;tition. Tant que cet agir demeure inconscient, on le r&#233;p&#232;te aveugl&#233;ment, automatiquement, comme une machine. C'est ainsi que j'entends ce que disait Lacan : &#8220;Le transfert, c'est l'inconscient en acte&#8221;. La r&#233;p&#233;tition est &#224; prendre comme un effort inconscient de r&#233;alisation de ce qui se passe ou de ce qui s'est pass&#233;. On r&#233;p&#232;te tant qu'on n'a pas r&#233;alis&#233;. Il en va de l'agir transf&#233;rentiel comme du trauma car le trauma est alors l'acte d'&#233;nonciation, le faire du geste et de la parole.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Plus le dialogue est d'ordre &#8220;psychotique&#8221;, plus sa dimension de faire est dense, au d&#233;triment de la dimension r&#233;citative, historique. Dans celle-ci, j'inclus la dimension dite &#8220;associative&#8221; : &#8220;&#199;a me fait penser &#224; ...&#8221;, c'est-&#224;-dire : &#8220;&#199;a me rappelle quelque chose&#8221;.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;* *&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans les moments dits &#8220;n&#233;vrotiques&#8221;, le fil associatif des r&#233;cits est entrecoup&#233; de moments d'agir transf&#233;rentiel qui peuvent m&#234;me prendre la forme d'un silence. C'est ce que dit Freud. Dans les moments dits &#8220;psychotiques&#8221;, l'action directe est entrecoup&#233;e de rares fragments d'histoire, erratiques, ce qui rend la conduite du traitement difficile. Les r&#233;sistances de transfert sont inextricables comme des r&#233;p&#233;titions au lieu de r&#233;cits, r&#233;p&#233;titions d'actions traumatiques.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Par dialogue, interlocution, j'entends aussi le dialogue de l'analysant avec lui-m&#234;me. C'est ce que suppose Freud quand il observe que, dans les moments de silence, l'analysant se dit souvent quelque chose concernant l'analyste. Encore faut-il pour cela qu'il y ait un lui-m&#234;me qui re&#231;oive ce qu'il dit et ce qu'il fait en le disant. Cela suppose qu'il y ait en lui un lieu o&#249; recevoir ce qui lui arrive. Un tel lieu semble bien manquer dans les &#233;tats maniaques et dans certains &#233;tats d'intoxication.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ici se pose la question, qui recoupe celle des &#233;tats psychiques, des modalit&#233;s diverses de divisions intersubjectives. C'est une question cruciale que posent, par exemple, les &#233;tats schizophr&#233;niques, avec la notion de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Spaltung&lt;/i&gt;, de clivage.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;L'interpr&#233;tation des transferts&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'analyse des moments transf&#233;rentiels est donc primordiale : qu'est-ce qui se passe entre les deux ? Qu'est-ce que l'un fait &#224; l'autre en s'adressant &#224; lui ? Et aussi : comment l'autre r&#233;agit-il ? C'est cela qui se r&#233;p&#232;te avec la rigueur d'un automatisme sauf &#224; ce que les r&#233;actions du psychanalyste soient nouvelles dans la rencontre. D'o&#249; leurs effets parfois miraculeux, parfois catastrophiques. Les r&#233;f&#233;rences &#224; l'analyse du contre-transfert sont ici insuffisantes. Et de m&#234;me les r&#233;f&#233;rences &#224; l'intuition g&#233;niale ou &#224; la communication des inconscients.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'interpr&#233;tation doit ensuite r&#233;pondre &#224; la question : qui a fait &#231;a, en le disant, &#224; qui ? C'est ici que je rep&#232;re quatre modalit&#233;s, non exclusives, de transfert ayant chacune pour axe la r&#233;p&#233;tition d'un agir. Je vais &#234;tre abrupt, pour des commodit&#233;s d'expos&#233;. Je fais appel ici &#224; ceux qui, d'exp&#233;rience, savent de quoi je parle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le transfert direct est celui qu'a d&#233;crit Freud et que Lacan a parfois nomm&#233; transfert imaginaire : on r&#233;p&#232;te, c'est-&#224;-dire que l'on fait &#224; l'analyste ce qu'on a d&#233;j&#224; fait &#224; un autre. Et on lui impute de nous faire ce que cet autre nous a d&#233;j&#224; fait. On s'occupe de lui comme on s'est occup&#233; de cet autre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le transfert provoqu&#233; est une sorte de prolongement du transfert direct : ainsi log&#233;, l'analyste tend &#224; &#8220;s'identifier &#224; l'objet du transfert&#8221;, comme on dit en jargon. Il tend &#224; faire &#224; l'analysant ce qu'on lui a d&#233;j&#224; fait, &#224; lui, analysant. On peut le formuler encore autrement : l'analysant se fait faire ce qu'on lui a d&#233;j&#224; fait. Se faire faire : c'est ce que Lacan a appel&#233; &#8220;moment pervers de retournement de la pulsion&#8221;. C'est un ph&#233;nom&#232;ne bien connu des &#233;ducateurs et des infirmiers psychiatriques. Ils y sont souvent plus attentifs que les psychanalystes parce qu'ils sont moins soucieux de soi-disant neutralit&#233; et que, devant n&#233;cessairement agir, ils sont l&#224; moins sujets &#224; la d&#233;n&#233;gation.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;* *&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il faudrait ici d&#233;velopper la notion de &#8220;revenance&#8221;. Ferenczi en donne le principe dans ce passage de son &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Journal&lt;/i&gt; intitul&#233; : &#8220;Le psychanalyste, agent de pompes fun&#232;bres&#8221;. Les m&#234;mes effets engendrent les m&#234;mes causes. Quelle que soit sa bonne volont&#233;, le psychanalyste est destin&#233; &#224; r&#233;p&#233;ter le crime. On peut au moins attendre qu'il le reconnaisse.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le transfert invers&#233;, j'en dois la formulation &#224; Radmila Zygouris. Il a &#233;t&#233; d&#233;crit, sans &#234;tre reconnu comme tel, par Searles. C'est une g&#233;n&#233;ralisation de ce qu'on appelle commun&#233;ment &#8220;identification &#224; l'agresseur&#8221; : on fait &#224; l'autre ce qu'on nous a d&#233;j&#224; fait. Autrement dit, l'analysant, c'est l'adulte ; l'analyste, c'est l'enfant dont il s'occupe comme on s'est d&#233;j&#224; occup&#233; de lui, avec les m&#234;mes techniques souvent affolantes. C'est pourquoi l'analyste lui r&#233;siste souvent, accusant le patient, &#224; juste titre, de passages &#224; l'acte. C'est cependant un excellent moyen d'acc&#232;s au v&#233;cu du patient : on est affect&#233; comme il l'a &#233;t&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quelles sont les raisons de ce transfert invers&#233; ? Searles sugg&#232;re une r&#233;ponse : le patient ne sait pas faire autrement. Il fait comme on lui a appris. C'est cela, pour lui, la seule r&#233;alit&#233; humaine possible.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On peut aussi invoquer la loi du talion qui s'applique avec l'automatisme de la contrainte de r&#233;p&#233;tition : coup pour coup. C'est l'autre versant de l'une des lois du don, telle que Mauss l'a d&#233;crite : don pour don.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le transfert interne est, quand j'en parle, ce qui soul&#232;ve le plus de critiques. C'est pourtant, des notions pratiques que j'utilise dans les moments difficiles, celle &#224; laquelle je tiens le plus. C'est l'une des cl&#233;s possibles de la constitution des appareils psychiques, notamment schizophr&#233;niques. En voici la formule : on se fait &#224; soi-m&#234;me ce qu'on nous a fait.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je dis &#8220;constitution&#8221; en donnant &#224; ce terme le sens que lui donnent les psychiatres constitutionnalistes mais, ici, dans une acception psychog&#233;n&#233;tique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je dis &#8220;des appareils psychiques&#8221; parce qu'ils ne sont pas tous constitu&#233;s de la m&#234;me mani&#232;re, selon les m&#234;mes topiques, comme l'a sugg&#233;r&#233; Freud dans la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;M&#233;tapsychologie&lt;/i&gt;, s'agissant des d&#233;mences pr&#233;coces de Kraepelin.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;* *&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans cette m&#234;me &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;M&#233;tapsychologie,&lt;/i&gt; Freud conseille aussi de consid&#233;rer les instances psychiques comme des personnes. Autrement dit, les appareils psychiques sont structur&#233;s comme des champs sociaux. Ce qui &#233;claire, chez Freud, la notion d'acte psychique. C'est l&#224; que je situe le transfert interne. Le formuler ainsi permet au moins de reconna&#238;tre la dimension historique particuli&#232;re dans chaque cas. Harold Searles et Jose Bleger d&#233;crivent ce que je formule ici, en termes presque identiques, pour le premier, dans la dimension schizophr&#233;nique et, pour le second, entre schizo&#239;die et &#233;pilepto&#239;die. L'appareil psychique structur&#233; et fonctionnant comme un champ social, cela donne raison &#224; Freud empruntant nombre de termes juridiques pour d&#233;crire les relations entre les instances. C'est au point qu'on pourrait parler d'un point de vue juridique en psychanalyse.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi parler de transfert interne plut&#244;t que d'identification, d'introjection ou d'incorporation ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'identification ne convient gu&#232;re pour deux raisons : d'abord, la contrainte de r&#233;p&#233;tition est primaire, sans images ; c'est un fait d'action directe. Ensuite, si l'identification peut rendre compte des faits de transfert invers&#233;, elle ne le peut des faits de transfert interne qui constituent les divisions intrasubjectives et, par l&#224;-m&#234;me, l'appareil psychique, sauf s'agissant du moi sp&#233;culaire, imaginaire, scopique d&#233;crit par Lacan.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'incorporation, au sens de Nicolas Abraham, et l'introjection, aux sens de Freud et de Lacan, peuvent convenir. Mais la notion de transfert est plus pragmatique. Elle unifie un champ op&#233;ratoire sous le concept de compulsion de r&#233;p&#233;tition entendue comme contrainte symbolique. Et celle-ci est articul&#233;e aux concepts maussiens que sont le donner, le recevoir et son envers, la fin de non recevoir. Y ajouter le prendre, qui est la face symbolique de l'instinct d'agrippement de Hermann, comme le recevoir est celle du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;holding&lt;/i&gt; de Winnicott, avec les actes qui en d&#233;rivent, comme le porter, le tenir, le retenir, le jeter, le rejeter.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces actes intersubjectifs et intrasubjectifs constituent les &#233;l&#233;ments de ce que Lacan appelait le r&#233;el du symbolique dont il disait que la t&#226;che des psychanalystes est de les imaginer. Les &#233;num&#233;rer, c'est aussi d&#233;ployer l'&#233;ventail de ce que Freud a nomm&#233; &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Besetzung&lt;/i&gt;. Ce que ce mot d&#233;signe, ce sont nos occupations.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je pense que c'est autour de cela que tournait Freud quand il parlait de &#8220;vie psychique&#8221; et d'&#8220;actes psychiques&#8221;, notions demeur&#233;es floues chez lui, mais dont il sentait la valeur. Y font &#233;cho, chez Ferenczi, les notions de &#8220;mort psychique&#8221; et, chez Schreber, de &#8220;meurtre d'&#226;me&#8221;. Dans la m&#234;me veine, la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Verwerfung&lt;/i&gt;, que Lacan a traduite par forclusion, a pour sens, en allemand populaire, &#8220;avortement&#8221;, naissance manqu&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a, chez l'humain, une capacit&#233; d'&#233;tablir avec lui-m&#234;me des relations qui r&#233;p&#232;tent celles qu'il a eues avec les autres.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comment rep&#233;rer &#224; quelle forme de transfert on a affaire ? A partir de l'histoire, &#233;videmment, comme l'a formul&#233; Freud. Mais quand il n'y a pas d'histoire ? Alors, bien souvent, les quatre formes tendent &#224; &#234;tre identiques. La contrainte de r&#233;p&#233;tition envahit tout. Le faire est le m&#234;me, y compris celui du psychanalyste. C'est ce qui est d&#233;sar&#231;onnant : on ne sait plus qui est qui. Mais c'est aussi ce qui facilite les choses, en fin de compte.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Appareil psychique pour deux et transferts&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;On ne sait plus qui est qui. Un cas de figure classique en est ce que j'appelle l'appareil psychique pour deux. C'est une notion pratique que j'ai construite dans la confrontation de mon travail avec certaines donn&#233;es de Searles et de Bleger.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Searles d&#233;crit ainsi ce qu'il appelle &#8220;symbiose&#8221; : &#171; Le th&#233;rapeute symbiotique est celui dont l'individuation personnelle n'est pas pleinement r&#233;alis&#233;e et pour qui les relations humaines les plus significatives consistent &#224; compl&#233;ter les zones incompl&#232;tes du moi chez les autres. &#187; Il est plus juste de dire, apr&#232;s Lacan : les zones incompl&#232;tes de l'appareil psychique des autres. Les compl&#233;ter ne veut pas dire les combler, au sens de la jouissance. Cela veut dire remplir une fonction qui manque &#224; l'autre. Il reste &#224; savoir laquelle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Searles poursuit :&quot;La fragile int&#233;grit&#233; de la famille exigeait qu'il ne dev&#238;nt pas une personne enti&#232;re et qu'il rest&#226;t disponible pour compl&#233;ter le moi des autres membres de la famille, individuellement et collectivement&#8221;. Il ajoute : &#8220;Il s'efforce, pour sa survie psychologique et physique de maintenir le seul mode de relations qu'il connaisse, esp&#233;rant par l&#224; am&#233;liorer et renforcer sa m&#232;re...&#8221; A quoi il faut ajouter : la renforcer encore &#224; l'int&#233;rieur de lui-m&#234;me quand, par transfert interne, il se fera &#224; lui-m&#234;me ce qu'elle lui aura fait. Et l'am&#233;liorer pour qu'elle ne lui fasse pas trop de mal. On peut parler ici d'une fonction de maintenance, tr&#232;s proche de celle de persistance.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ici s'&#233;claire cette notion apparemment aberrante de r&#233;sistance du &#231;a, chez Freud. Par exemple, le mode de relation qu'un enfant aura eu avec une m&#232;re impulsive et dangereuse, il le maintiendra avec ses propres pulsions, comme si elles &#233;taient celles de sa m&#232;re. Conjonction topique du &#231;a et du surmoi : &#231;a tombe sur moi.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;* *&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Critique &#224; faire &#224; Searles : il n'y a pas de symbiose normale. La normalit&#233; du f&#339;tus et du nourrisson, c'est le parasitisme. Le transfert symbiotique n'est donc ni une fixation, ni une r&#233;gression &#224; un stade normal d'&#233;volution de la relation. Ce qui se r&#233;p&#232;te est ce qui s'est pass&#233; r&#233;ellement dans ce cas-l&#224;. C'est aussi pourquoi la notion de projection imaginaire est &#224; critiquer s&#233;v&#232;rement car elle est injuste, tant dans le sens de la justesse que de la justice. Quand il y a symbiose, il y a r&#233;ellement parasitisme invers&#233;. L'adulte a &#233;t&#233; le parasite de l'enfant et, dans le transfert invers&#233;, l'analyste, agent des pompes fun&#232;bres, risque de le devenir, ne serait-ce que pour nourrir son app&#233;tence th&#233;orique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le parasitisme normal humain est li&#233; &#224; l'offre d'un lieu o&#249; &#234;tre re&#231;u. Cette hospitalit&#233; primordiale qui est un geste symbolique &#233;l&#233;mentaire, est une forme sociale de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bejahung&lt;/i&gt;, au sens de Freud. Elle donne un lieu o&#249; &#234;tre re&#231;u, tenu, contenu, maintenu, o&#249; se laisser aller et se reposer. Ce lieu, je l'appelle sous-moi. Ensuite, par transfert interne, on se porte comme on a &#233;t&#233; port&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est un lieu o&#249; recevoir l'enfant et de l'enfant. Dolto et Winnicott ont l'un et l'autre insist&#233; sur l'importance de recevoir les dons de l'enfant, comme Mauss sur celle de recevoir les dons de l'adulte. La fin de non recevoir est injurieuse.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ce lieu est aussi celui o&#249; recevoir ce qui arrive &#224; l'enfant, o&#249; ressentir, apr&#232;s coup, ce qu'il a senti sur le coup, o&#249; r&#233;aliser &#224; sa place, &#224; la place qu'il n'a pas encore en lui. C'est ce lieu qui peut &#234;tre invers&#233; dans la symbiose, quand le parent est incapable de r&#233;aliser ce qui lui arrive : &#233;tats post-traumatiques de deuil, m&#233;lancoliques ou maniaques.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Searles encore : &#8220;Plus le patient est malade, plus il lui est n&#233;cessaire de devenir l'analyste ou le th&#233;rapeute de sa m&#232;re transf&#233;rentielle.&#8221; C'est juste si l'on entend par &#8220;m&#232;re transf&#233;rentielle&#8221; le psychanalyste. Il faut bien que le patient l'adapte &#224; son cas pour le mettre hors d'&#233;tat de lui nuire : tentative vou&#233;e &#224; l'&#233;chec certain. Ce n'est pas juste si l'on entend par l&#224; son entourage r&#233;el enfantin. C'est en fonction des troubles de cet entourage que le patient aura d&#251; &#234;tre son analyste, pour le comprendre, et son th&#233;rapeute, pour l'am&#233;liorer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il y a alors un tr&#232;s grand risque que le psychanalyste prenne cette tentative de le &#8220;compl&#233;ter&#8221; pour des man&#339;uvres de s&#233;duction &#233;rotique &#339;dipienne. Freud nous incite &#224; nous m&#233;fier des hyst&#233;riques dans ces moments transf&#233;rentiels o&#249; l'analyse de leur analyste les int&#233;resse plus que la leur propre. C'est faire fi du soubassement schizo&#239;de d&#233;crit par Searles que suivre Freud ici. C'est surtout oublier que, comme les parents, les psychanalystes sont souvent tr&#232;s sensibles &#224; la s&#233;duction &#233;rotique de ces attentions enfantines. Parfois m&#234;me, la trop grande docilit&#233; peut amener l'analysant &#224; &#8220;faire de l'association libre&#8221; pour compl&#233;ter un psychanalyste particuli&#232;rement vide ! Et &#224; r&#233;aliser ce que son analyste ne r&#233;alise pas. Il est vrai que, dans le transfert invers&#233;, son lieu o&#249; recevoir peut &#234;tre d&#233;truit. Et que l'attraction &#233;rotique qu'exerce ce patient sur lui peut &#234;tre la r&#233;p&#233;tition de celle de parents incestueux.&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;* *&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Searles a d&#233;crit, dans les passages que j'ai cit&#233;s, l'analysant-enfant s'effor&#231;ant d'&#234;tre le lieu o&#249; recevoir de l'analyste-adulte. Bleger d&#233;crit l'inverse :&quot;Du point de vue du contre-transfert, je devais faire un effort soutenu pour me rappeler, apr&#232;s chaque pose, le mat&#233;riel ant&#233;rieur... Cela voulait dire que je devais lutter pour ne pas perdre mon r&#244;le et pour ne pas assumer celui qu'elle m'assignait : &#234;tre le simple d&#233;positaire d'une partie de son monde...&#8221; C'est ce que j'appelle assignation &#224; r&#233;sidence, ici, &#224; &#234;tre le lieu o&#249; recevoir et o&#249; r&#233;aliser qui manque &#224; l'analysant.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bleger continue : &#8220;L'interpr&#233;tation en termes de sentiments (angoisse, amour, haine, rivalit&#233;, etc.) &#233;tait des mots vides car tout se passait dans le corps et la repr&#233;sentation dans l'esprit &#233;tait absente. L'esprit a, chez ces patients, une forte organisation logico-rationnelle et les affects sont directement v&#233;cus dans le corps&#8221;. C'est tr&#232;s exactement ce que j'appelle action directe, sans m&#233;diation imaginaire, avec ici syndrome de Ferenczi : anesth&#233;sie, paralysie et clivage.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Il ne servait &#224; rien que je formule une interpr&#233;tation en disant par exemple : &#8220;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;vous sentez..&lt;/i&gt;.&#8221; car en r&#233;alit&#233; elle ne le sentait pas ; les sentiments avaient lieu dans le corps... &#187; Bleger ne peut aller jusqu'&#224; dire que c'est l'analyste qui ressent et r&#233;alise au lieu de l'analysant, au lieu qu'il n'a pas encore ou qu'il n'a plus, car, comme Searles, il est g&#234;n&#233; par les notions de projection imaginaire et de contre-transfert. Il parle pourtant de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;corps indivis&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans un tel appareil psychique pour deux, quand il est le lieu o&#249; recevoir et o&#249; r&#233;aliser qui manque &#224; l'autre, le psychanalyste doit nommer ce qu'il ressent lui-m&#234;me.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans les cas de schizo&#239;die sensitive d&#233;crits par Searles, c'est souvent le patient qui r&#233;alise au lieu de l'analyste et donc qui interpr&#232;te. C'est une modalit&#233; de ce que j'appelle en plaisantant l'analyse &#224; l'envers. Dans le cas de rationalisme morbide d&#233;crit par Bleger, c'est le psychanalyste qui ressent et r&#233;alise &#224; la place du patient et qui, donc, doit livrer ses associations. C'est une autre modalit&#233; de l'analyse &#224; l'envers. Ferenczi nous en a donn&#233; une &#233;bauche, dans son &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Journal,&lt;/i&gt; avec l'analyse mutuelle. On peut supposer, comme il le sugg&#232;re, que c'&#233;tait un effet de l'insuffisance de son analyse avec Freud. Mais ce n'&#233;tait pas que &#231;a.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que faire de ces transferts ? Sous le nom de &#8220;transfert symbiotique&#8221;, Searles et Bleger ont d&#233;crit deux formes inverses d'appareil psychique pour deux. Dans ces cas de figure exemplaires, les r&#233;actions du psychanalyste qu'ils attribuent au contre-transfert sont &#224; consid&#233;rer pour une bonne part comme des formes de transfert. On peut aussi bien les prendre comme des projections r&#233;elles d'affections, des transmissions de pens&#233;es troubl&#233;es.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ces r&#233;actions troublantes ne sont pas &#224; masquer sous une neutralit&#233; affect&#233;e qui ne serait que fausse indiff&#233;rence drap&#233;e dans un formalisme r&#233;p&#233;titif pris pour &#8220;la position du psychanalyste&#8221; ou, pire, pour son &#234;tre. D'o&#249; l'importance du face &#224; face : le visage parle.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette fausse neutralit&#233; serait une sorte de passage &#224; l'acte &#224; l'envers, par omission. Cet acte a un nom : le secret. Or le secret secr&#232;te. Et c'est encore bien souvent, &#224; l'insu du psychanalyste, un transfert provoqu&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans les moments transf&#233;rentiels divers de l'appareil psychique pour deux, l'analysant en passe souvent, je reprends ici une formulation de Suzanne Ginestet-Delbreil, &#8220;par les signifiants de l'analyste&#8221;. Et vice-versa. C'est pourquoi l'intervention sur les signifiants est inefficace et m&#234;me nocive. Ce qui doit &#234;tre analys&#233;, c'est ce qui se passe, l'&#233;v&#233;nement, l'agir, car ce qui est r&#233;p&#233;t&#233;, c'est la forme, le processus.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Bleger le note tr&#232;s clairement, en grand clinicien : &#8220;Ce qu'elle exprime verbalement n'est pas un simple dire mais une mani&#232;re d'agir, de faire quelque chose avec moi et avec elle-m&#234;me.&#8221; On ne saurait mieux formuler ce que j'appelle transfert interne dans cette forme particuli&#232;re que Bleger a l'audace de nommer &#8220;transfert autistique&#8221;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le travail &#233;l&#233;mentaire suppose que l'analyste se d&#233;sagrippe de ses identifications &#224; un suppos&#233; &#234;tre analyste. Sinon, forme extr&#234;me du surmoi, il s'injurie lui-m&#234;me. Sans doute comme il a, par le pass&#233;, &#233;t&#233; d&#233;j&#224; injuri&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Lyon, le 18 mars 1989&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;Post-scriptum&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;On m'a pos&#233; la question suivante : est-ce que j'assimilerais la place vide du symbole au barrage de &#171; S &#187; ou &#224; celui de &#171; A &#187; dans la th&#233;orie lacanienne ? Je crois d&#233;celer dans cette question une allusion &#224; la th&#232;se selon laquelle le refoulement originaire manquerait dans les psychoses. Une autre question m'a &#233;t&#233; pos&#233;e par la suite concernant l'absence de m&#233;taphore paternelle, ici encore en r&#233;f&#233;rence &#224; Lacan. Cela suppose donc une carence symbolique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;On a souvent tendance, &#224; l'heure actuelle, &#224; concevoir le traitement de la dimension n&#233;vrotique dans le sens d'une lev&#233;e du refoulement et celui de la dimension psychotique dans le sens d'un &#171; acc&#232;s au symbolique &#187;, li&#233; &#224; la m&#233;taphore paternelle, qui &#233;tablirait enfin un refoulement manquant. Il y aurait alors deux psychanalyses, d'une certaine fa&#231;on antinomiques. Et m&#234;me, dans certains cas, une psychanalyse &#224; deux vitesses. La premi&#232;re serait, selon la formule heureuse de Deleuze et Guattari, une &#171; entreprise d'&#339;dipianisation &#187; et la seconde, une analyse pure.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je ne pense pas qu'une simple absence puisse &#234;tre en cause, quelle qu'elle soit. Je pense qu'il n'y a pas d'affections graves possibles sans la pr&#233;sence de causes actives, du fait de l'entourage, des actes de cet entourage et des &#233;v&#233;nements. C'est pourquoi j'ai insist&#233; sur la notion d'action directe. Un exemple criant, notamment dans la dimension schizophr&#233;nique, est la terreur, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Realangst&lt;/i&gt; chez Freud, &#224; condition d'inclure dans le r&#233;el en cause du symbolique dont Lacan disait que nous avons &#224; l'imaginer. C'est la pr&#233;sence d'un certain r&#233;el du symbolique qui affecte l'humain, le trouble et parfois l'affole. Lacan parlait l&#224;, &#224; juste titre, de mauvaises rencontres. L'affectation affecte. Il est des actes malheureux, comme le disait Austin.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;* *&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je mets en relation les notions de meurtre psychique, chez Ferenczi, de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Verwerfung&lt;/i&gt;, entendue comme avortement, chez Freud, et de forclusion, chez Lacan, avec cette forme d'affectation symbolique que j'appelle assignation &#224; r&#233;sidence. J'en prends pour mod&#232;le l'injure. Empruntant la force de l'appel ou, si l'on pr&#233;f&#232;re, de la pulsion invocante de Lacan, elle est souvent constitutive, pour une grande part, du surmoi dont l'analyse me semble essentielle au cours du traitement des moments dits &#171; psychotiques &#187;. Je regrette de devoir rester ici tr&#232;s sch&#233;matique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;* *&lt;/h3&gt;
&lt;h3 class=&quot;spip&quot;&gt;*&lt;/h3&gt;
&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;J'ajoute encore ceci : pas d'assignation &#224; r&#233;sidence, qui fait de l'&#234;tre : &#171; tu es cela&#8230; &#187;, sans fin de non recevoir, qui fait du non-&#234;tre : &#171; et rien d'autre &#187;, l&#224; o&#249;, sans cela, il y aurait pu y avoir de l'existence. Ce sont deux versants plus ou moins accentu&#233;s selon les cas. Je parle ici de dimension car nul n'y &#233;chappe totalement, du fait de la nomination. L'un des points extr&#234;mes me semble &#234;tre quelque chose du surnom ne laissant nulle place au nom, forme particuli&#232;rement s&#233;v&#232;re d'un surmoi invocant et provocant.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Je lie la notion d'assignation &#224; r&#233;sidence &#224; celle de forclusion, chez Lacan, et celle de fin de non recevoir &#224; l'absence de &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Bejahung&lt;/i&gt;, chez Freud. M&#234;me celle-ci est active en ce qu'elle est injurieuse : ne pas recevoir est du champ du trauma. L'une des cons&#233;quences en est que celui qui n'a pas &#233;t&#233; re&#231;u ne peut recevoir. Michel Guibal insiste, pour sa part, sur la destruction des capacit&#233;s d'accueil du rejeton. Il rejoint ainsi la notion d'anesth&#233;sie douloureuse de Ferenczi. Il lie de telles destructions &#224; l'exercice de pulsions de destruction exerc&#233;es sur le rejeton et &#224; des ratages non seulement du travail de deuil mais, plus concr&#232;tement, du traitement du cadavre.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Autrement dit, ce qui est en cause dans ce qui nous occupe n'est pas n&#233;cessairement le refoulement, ni l'absence de refoulement. La th&#232;se d'un ratage symbolique, qui semble avoir &#233;t&#233; celle de Lacan, et celle d'un inconscient non refoul&#233; mais encrypt&#233; par incorporation, qui semble avoir &#233;t&#233; celle de Nicolas Abraham, ne sont peut-&#234;tre pas incompatibles.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dans la &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;M&#233;tapsychologie&lt;/i&gt;, Freud suppose que l'inconscient n'est pas fait que de refoul&#233;. Cette assertion implique, si on l'adopte, que le refoulement n'est pas constitutif de l'inconscient mais d'inconscient. Cela pose la question de l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; possible de l'inconscient. Il est vrai que Freud distingue alors l'inconscient comme &#171; syst&#232;me &#187; issu du refoulement de ce que l'on pourrait appeler l'inconscience. Dans cette voie, Nicolas Abraham et Maria Torok ont mis en relief les contraintes symboliques du secret : le secret secr&#232;te. Et il secr&#232;te au moins la pr&#233;science qui pr&#233;side &#224; ce que les psychiatres ont appel&#233; intuition d&#233;lirante. Le secret n'est pas une simple absence mais un acte symbolique, n&#233;gatif peut-&#234;tre, mais symbolique tout de m&#234;me. Le test d'Austin est ici positif : on &#171; fait &#187; des secrets. Nicolas Abraham et Maria Torok ont aussi mis en &#233;vidence, dans ce domaine, les ph&#233;nom&#232;nes de revenance fantomatique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Au cours de la discussion, on m'a fait observer tr&#232;s justement que, mettant l'accent sur le r&#233;el et sur le symbolique, et m&#234;me sur le r&#233;el du symbolique, je laissais de c&#244;t&#233; l'imaginaire. C'est que je crois que, s'agissant des transferts, au moins de ceux que je tente de d&#233;crire, il est secondaire. Il est constituant de l'acte de r&#233;aliser. Mais on ne peut le r&#233;duire &#224; cela.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Michel Guibal, avec qui je travaille dans un s&#233;minaire collectif, au sein de l'atelier Bris-Collage [&lt;a href=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/#nb2-1&quot; name=&quot;nh2-1&quot; id=&quot;nh2-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title='[1] 1,' &gt;1&lt;/a&gt;] &#224; Paris, s'attache &#224; ce que Lacan appelait &#171; imagos primordiales &#187; en empruntant la notion &#224; Jung. Il convient de distinguer aussi les images r&#233;elles que r&#233;fl&#233;chit le miroir, des images fantasmatiques. Le sp&#233;culaire n'est pas le tout de l'imaginaire. Il n'est m&#234;me pas constitutif du tout du moi. La capture sp&#233;culaire est, &#224; mon sens, une forme d'assignation &#224; r&#233;sidence. Il en est d'autres, la capture injurieuse, par exemple.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Sans doute faudrait-il, transgressant le sens l&#233;vogyre du n&#339;ud borrom&#233;en de Lacan, apr&#232;s avoir parl&#233; du r&#233;el du symbolique, parler aussi du r&#233;el de l'imaginaire. Lacan sugg&#233;rait que ce peut &#234;tre catastrophique. Or, les catastrophes nous concernent. Lucien M&#233;l&#232;se, dans ce m&#234;me atelier Bris-Collage, a m&#234;me &#233;labor&#233;, &#224; propos de la dimension &#233;pileptique, la notion de transfert-catastrophe.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le r&#233;el de l'imaginaire peut &#234;tre catastrophique, mais pas toujours. Lacan a cit&#233;, il y a maintenant longtemps, l'influence de l'image r&#233;elle dans le miroir sur l'ovulation de la pigeonne. Bel exemple d'action directe de l'imaginaire et de r&#233;action vitale chez l'animal.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Il me semble important, chez l'humain, de distinguer des r&#233;actions symptomatiques symboliques, hyst&#233;riques par exemple, les r&#233;actions vitales, schizophr&#233;niques ou &#233;pileptiques par exemple, dans la voie indiqu&#233;e par Ferenczi, m&#234;me si elles sont infiltr&#233;es de symbole dans leurs causes et dans leurs effets. L'injustesse et l'injustice se conjuguent quand on r&#233;duit l'interpr&#233;tation &#224; la chasse au d&#233;sir.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;On m'a encore demand&#233; si je parlais de la fin de la psychanalyse. Je ne m'autorise &#224; parler que de ses fins.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1 Bris-Collage appartient &#224; l'Association des Ateliers de Psychanalyse et comporte, outre Michel Guibal et moi, Lucien M&#233;l&#232;se, Georg Garner et Pierre Babin. C'est un s&#233;minaire collectif public.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;p class=&quot;spip_note&quot;&gt;[&lt;a href=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/#nh2-1&quot; name=&quot;nb2-1&quot; class=&quot;spip_note&quot; title=&quot;Notes 2-1&quot;&gt;1&lt;/a&gt;] 1,&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> Blanche-Neige, un conte f&#233;renczien ?</title>
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		<description>Parmi les contes &#224; h&#233;ro&#239;ne, Blanche-Neige est le plus color&#233;, le plus proche de nos cliniques sur le f&#233;minin pr&#233;coce. Sa trame narrative est tiss&#233;e avec deles trois couleurs primaires qui remontent &#224; la nuit des temps, le blanc, le rouge et le noir. L'h&#233;ro&#239;ne est tant&#244;t blanche comme neiBlanche-Neige, un conte ferenczien ?ge, tant&#244;t enflamm&#233;e par la couleur du sang, tant&#244;t plong&#233;e dans la nuit noire tandis que, dans les pays du soleil, elle n'a qu'une seule couleur &#233;clatante, celle de la lumi&#232;re du jour qui (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Parmi les contes &#224; h&#233;ro&#239;ne, Blanche-Neige est le plus color&#233;, le plus proche de nos cliniques sur le f&#233;minin pr&#233;coce. Sa trame narrative est tiss&#233;e avec deles trois couleurs primaires qui remontent &#224; la nuit des temps, le blanc, le rouge et le noir. L'h&#233;ro&#239;ne est tant&#244;t blanche comme neiBlanche-Neige, un conte ferenczien ?ge, tant&#244;t enflamm&#233;e par la couleur du sang, tant&#244;t plong&#233;e dans la nuit noire tandis que, dans les pays du soleil, elle n'a qu'une seule couleur &#233;clatante, celle de la lumi&#232;re du jour qui r&#233;unit les trois autres. Blanche-Neige est un r&#233;cit populaire sur la fabrication du f&#233;minin, qui suscite des impressions et des &#233;motions fortes li&#233;es de fa&#231;on intrins&#232;que &#224; la symbolique de ces trois couleurs. Pourtant, il &#233;tait nagu&#232;re de bon ton de trouver ce conte niais, &#224; cause de la passivit&#233; suppos&#233;e de l'h&#233;ro&#239;ne, de son sommeil l&#233;thargique proche de la mort dans la seule attente du Prince charmant. Pensons au livre d'Elena Giannini-Belotti, Du c&#244;t&#233; des petites filles, un texte de tonalit&#233; f&#233;ministe, fort populaire il y a une trentaine d'ann&#233;es. Or, l'histoire de Blanche-Neige dans ses multiples versions orales &#8211; qui s'&#233;cartent g&#233;n&#233;ralement des Grimm et de Walt Disney &#8211; r&#233;unit un ensemble d'images fortes autour de la fabrication du f&#233;minin dans ses composantes mythiques et esth&#233;tiques.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une partie importante des versions orales du conte explorent divers aspects psychiques des liens entre m&#232;re et fille, dans le contexte d'un p&#232;re absent. Elles traitent aussi de la question du narcissisme, de ses impasses et de ses avanc&#233;es pour la jeune fille vers le d&#233;sir de l'autre, dans l'&#233;closion adolescente du f&#233;minin. Dans ces variantes-l&#224;, le conte met en sc&#232;ne la naissance mythique d'une fille d&#233;sir&#233;e belle par sa m&#232;re, &#171; blanche comme neige et rouge comme sang &#187;, qui n'est n&#233;anmoins repr&#233;sent&#233;e qu'&#224; travers le regard du miroir maternel. Blanche-Neige appara&#238;t alors souvent comme une image irr&#233;elle. La version princeps des Grimm ainsi que plusieurs versions populaires grecques d&#233;crivent la m&#232;re et la fille se refl&#233;tant au quotidien dans le m&#234;me miroir. Celui-ci d&#233;signe toujours la m&#232;re comme &#233;tant la plus belle pendant la petite enfance de l'h&#233;ro&#239;ne. Sa vie, plus tard, ne lui appartient pas vraiment, car elle est poursuivie sans cesse par cette reine mal&#233;fique qui refuse de c&#233;der son miroir au moment o&#249; sa fille devient pub&#232;re et femme &#224; son tour, et qui la guette afin de la tuer. Dans la signification profonde du conte, c'est la m&#232;re qui est l'antagoniste principal de l'h&#233;ro&#239;ne, m&#234;me si on lui donne souvent la forme d'une mar&#226;tre pers&#233;cutrice.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Blanche-Neige, le miroir et le soleil&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans l'histoire de Blanche-Neige, est mise en r&#233;cit la difficult&#233; pour une jeune femme de se s&#233;parer de sa m&#232;re. Je ne rentrerain'entrerai pas pour le moment dans le d&#233;bat sur la m&#232;re pr&#233;-&#339;dipienne, repr&#233;sent&#233;e comme morte &#224; la naissance de l'h&#233;ro&#239;ne, que l'on trouve chez les fr&#232;res Grimm et ailleurs. Toujours est-il que la &#8220;bonne m&#232;re&#8221; est absente de l'intrigue, tout au moins au moment de la pubert&#233; de Blanche-Neige. Dans les versions grecques du conte, l'h&#233;ro&#239;ne est souvent une orpheline qui vit avec ses deux s&#339;urs, jalouses de sa grande beaut&#233;. Leur m&#232;re &#233;tant au ciel depuis longtemps, la rivalit&#233; se joue entre s&#339;urs, entre jeunes filles de la m&#234;me g&#233;n&#233;ration. Dans les pays ensoleill&#233;s, Blanche-Neige est repr&#233;sent&#233;e comme la fille pr&#233;f&#233;r&#233;e du Soleil, autorit&#233; supr&#234;me qui l'approuve et la consacre dans son r&#244;le de femme d&#233;sirable. Le Soleil pr&#233;f&#232;re l'h&#233;ro&#239;ne &#224; ses deux s&#339;urs a&#238;n&#233;es. C'est le Soleil qui remplace le miroir magique de la m&#232;re, en Gr&#232;ce, en Afrique et ailleurs. Il repr&#233;sente donc dans les versions m&#233;ridionales du conte une pr&#233;sence paternelle, qui jette sur ces affaires de jeunes filles un regard fort, mais souvent inefficace. Car c'est la haine des s&#339;urs qui l'emporte et qui am&#232;ne la mort de l'h&#233;ro&#239;ne. L'intrigue se noue ainsi de fa&#231;on comparable autour de la rivalit&#233; f&#233;minine tant chez les s&#339;urs que dans le couple m&#232;re-fille.
Remarquons que l'&#233;clat du soleil r&#233;unit et concentre les trois couleurs de base, blanc, rouge et noir, en une seule, la couleur de lumi&#232;re. Dans les versions grecques, l'h&#233;ro&#239;ne brille comme le soleil, elle d&#233;gage le m&#234;me rayonnement ; en transmettant &#224; l'h&#233;ro&#239;ne l'&#233;clat de la beaut&#233; qui lui est propre, le soleil en revendique la paternit&#233;. Cependant, dans le contexte de ce r&#233;cit, c'est la rivalit&#233; f&#233;minine qui, sous la forme d'impasses et d'avanc&#233;es narcissiques tant&#244;t du c&#244;t&#233; de l'h&#233;ro&#239;ne et tant&#244;t du c&#244;t&#233; des s&#339;urs, s'av&#232;re &#234;tre plus forte que la lumi&#232;re du jour. Mais quels sont les mat&#233;riaux de ce lien ind&#233;fectible &#224; la m&#232;re dans le conte de Blanche-Neige ?
Tout d'abord, c'est la beaut&#233; f&#233;minine partag&#233;e par les deux femmes. Le conteur dessine d'embl&#233;e les traits color&#233;s de la jeune fille avant m&#234;me sa naissance, selon le v&#339;u maternel (&#171; Puiss&#233;-je avoir une enfant, blanche comme neige, rouge comme sang et noire de cheveux comme le bois d'&#233;b&#232;ne &#187;). C'est dire que la perception visuelle joue un r&#244;le fondamental dans l'histoire de Blanche-Neige. On per&#231;oit les deux visages f&#233;minins dans le miroir magique, on assiste &#224; une alternance incessante des reflets de la fille et de la m&#232;re conduisant &#224; la haine. Le conte d&#233;peint le visage de l'h&#233;ro&#239;ne dans ses couleurs mythiques, blanc, rouge et noir, visage &#224; la fois familier et &#233;tranger pour la m&#232;re. Pendant un seul instant, les deux reflets se transposent, avant que l'un exige l'effacement de l'autre. Pourtant, il y eut un temps de paix durant la petite enfance de Blanche-Neige, lorsque le miroir r&#233;pondait toujours en faveur de la beaut&#233; de la reine. Mais notons que dans plusieurs variantes du conte il n'existe pas de miroir magique qui vienne consacrer la plus belle des deux femmes. Le conteur nous dit simplement que lorsque la fille grandit, la m&#232;re devient devient jalouse de sa beaut&#233; et veut veut la tuer.
La relation m&#232;re-fille fait d&#232;s lors penser au fantasme f&#233;minin de reproduction &#224; l'identique qui est en &#339;uvre dans ce r&#233;cit. Car il est vrai que Blanche-Neige semble &#234;tre comme le cl&#244;ne id&#233;al de sa m&#232;re, du moins chez les Grimm et dans les versions qui suivent la m&#234;me trame narrative. Dans les versions poss&#233;dant un miroir, on a l'impression que la m&#232;re, au d&#233;but du r&#233;cit, souhaite reproduire son id&#233;al du moi narcissique en la personne de sa fille. Mais, pour refl&#233;ter l'autre, le regard, qui approuve et qui renvoie &#224; l'obscurit&#233;, doit passer, ne serait-ce qu'un court instant, par l'&#233;clat de la lumi&#232;re du jour, par le p&#232;re soleil, qui distingue d&#233;signe toujours de sa lueur le plus jeune de ses enfants. Il peut aussi appara&#238;tre dans le miroir comme un regard observateur et implacable en r&#233;pondant aux questions des s&#339;urs jalouses :
&#171; Les trois s&#339;urs, Pomme, Grenade et Lune d'Or, se lavaient tous les matins et puis elles se regardaient dans le miroir. Elles voyaient le Soleil dans le miroir et lui demandaient : Dis-nous, Soleil, quelle est la plus belle des trois ? Et lui r&#233;pondait : Vous &#234;tes belles toutes les trois, mais Lune d'Or est de loin la plus belle. &#187;
Les trois s&#339;urs doivent normalement attendre que le soleil ait travers&#233; le ciel, d'un bout &#224; l'autre, avant de pouvoir lui adresser leurs questions. Elles lui parlent seulementne peuvent lui parler que quand lorsqu'il s'e rapproche de la terre, rouge &#224; l'aube et &#224; son coucherrouge &#224; son lever et &#224; son coucher, brillant d'un blanc &#233;clatant au milieu du ciel, t&#233;n&#233;breux quand il se cache de l'autre c&#244;t&#233; de son royaume. Notons, par ailleurs, que dans trois versions grecques il y a une condensation des motifs du miroir et du soleil. Le soleil est refl&#233;t&#233; dans le miroir et c'est son reflet qui r&#233;pond aux questions des trois s&#339;urs. Contrairement donc aux autres r&#233;cits de fabrication du f&#233;minin, tels que &#171; Cendrillon &#187;, &#171; Peau d'&#226;ne &#187; ou &#171; La Fille aux mains coup&#233;es &#187;, l'h&#233;ro&#239;ne est d&#233;sir&#233;e belle, bien avant sa naissance. Elle vient au monde &#224; la suite d'un v&#339;u maternel, si pr&#233;somptueux qu'il peut provoquer un sentiment d'inqui&#233;tude. &#171; Il y avait autrefois un roi et une reine qui n'avaient pas d'enfant. Un jour, la reine &#233;tait assise aupr&#232;s de sa fen&#234;tre et regardait tomber la neige qui tombait. Un oiseau vint alors se poser contre la vitre ; de son bec il se mit &#224; la cogner si fort qu'il la brisa ; son sang coulait sur la neige. Mon Dieu, dit alors la reine, puiss&#233;-je avoir une fille tr&#232;s belle, aussi blanche que la neige, aussi rouge que le sang et aussi noire que le bois de la fen&#234;tre ! Peu apr&#232;s, elle eut une petite fille qui &#233;tait aussi aussi blanche que la neige, aussi rouge que le sang et aussi noire que le bois de la fen&#234;tre, et pour cette raison on l'appela Chionati (blanche-neige). Mais d&#232;s que l'enfant fut n&#233;e, la reine mourut. &#187;
Son v&#339;u fut pleinement exauc&#233; : l'enfant grandissait et embellissait. Quand elle eut douze ans, elle &#233;tait aussi belle que la lumi&#232;re du jour et plus belle que la seconde &#233;pouse de son p&#232;re le roi, femme fi&#232;re et hautaine, qui ne pouvait souffrir que quelqu'un la surpass&#226;t en beaut&#233;.
&#171; Ainsi la jeune fille fut chass&#233;e du palais. Sa mar&#226;tre ordonna &#224; l'un de ses gardes de la tuer. Mais, elle &#233;tait si jolie, que le chasseur en eut piti&#233; et &#233;gorgea &#224; sla place un jeune li&#232;vre. Il prit son c&#339;ur et le rapporta &#224; la reine comme en guise de preuve. La m&#233;chante femme le mangea et crut avoir mang&#233; le c&#339;ur de Chionati. &#187;
Chionati est une jeune fille pers&#233;cut&#233;e par sa m&#232;re (sa mar&#226;tre) ou par ses s&#339;urs. Pour leur &#233;chapper, elle traverse la nuit sauvage, tombe dans un ravin ou se laisse glisser par le trou d'un arbre et se retrouve dans un autre monde. Elle y rencontre des fr&#232;res inconnus, des &#234;tres mythiques de l'au-del&#224; et s'installe avec eux dans dans une vie paisible. Cet &#233;pisode du passage de l'h&#233;ro&#239;ne par la petite maison dans la for&#234;t, habit&#233;e par des fr&#232;res symboliques, rapproche le r&#233;cit de Blanche-Neige du th&#232;me des Fr&#232;res-&#8211;Oiseaux et du conte de la &#171; Petite fille qui cherche ses fr&#232;res &#187;, dont une partie se d&#233;roule &#233;galement dans un autre monde. Sa vie paisible est interrompue par l'arriv&#233;e de sa m&#232;re dans sa cachette foresti&#232;re. La m&#232;re avait appris (par son miroir magique d'o&#249; elle voyait le monde) que Chionati &#233;tait toujours en vie. Ainsi, elle attaque l'h&#233;ro&#239;ne &#224; trois reprises en lui offrant des cadeaux empoisonn&#233;s qui entra&#238;inent sa mort. Ce sont de belles parures f&#233;minines : telles qu'une ceinture multicolore, un joli peigne ou des bijoux et, enfin, une pomme rouge, ce fruit devenu c&#233;l&#232;bre par la version des Grimm, que l'h&#233;ro&#239;ne ing&#232;re innocemment avant de tomber dans un sommeil l&#233;thargique. La troisi&#232;me fois, ses fr&#232;res ne peuvent plus rien pour elle : la ch&#232;re enfant est morte et le demeure jusqu'&#224; l'arriv&#233;e du prince qui la r&#233;veille afin de l'&#233;pouser. L'&#233;veil amoureux lui fera rejoindre par la suite le cort&#232;ge des &#233;pouses substitu&#233;es, comme on va le voir.
Blanche, rouge et noire Chionati vient donc au monde &#224; la suite d'un v&#339;u maternel qui la dote d'un attribut mythique immuable. Elle est marqu&#233;e par ces trois couleurs fondamentales, qui dans les temps anciens &#233;taient les seules &#224; repr&#233;senter les bases chromatiques du monde. La m&#232;re exprime son d&#233;sir d'enfant en pronon&#231;ant cette formule magique, r&#233;currente dans les traditions orales, qui va se r&#233;v&#233;ler morbide. Et la fille garde toujours ses trois couleurs. Elle ne les perd m&#234;me pas dans la mort :
&#171; Puis ils voulurent l'enterrer, mais elle avait toujours ses belles joues rouges. Ils dirent : Nous ne pouvons mettre cela dans la terre noire et ils firent un cercueil de verre transparent. Elle demeura longtemps, longtemps dans le cercueil, et elle ne se d&#233;composait pas. Elle avait l'air de dormir car elle restait toujours blanche comme neige, rouge comme sang et noire de cheveux comme le bois d'&#233;b&#232;ne. &#187;
Ainsi la triade mythique des couleurs est n&#233;anmoins charg&#233;e d'une dimension morbide, d'un h&#233;ritage inqui&#233;tant. Cette impression est confirm&#233;e par plusieurs contes pr&#233;sent&#233;s par Cosquin dans sa monographie sur le th&#232;me du &#171; Sang sur la Neige &#187;. Il les retrouve en Alg&#233;rie et en Asie centrale, ce qui prouve selon lui l'origine indienne de ce motif, qui aurait &#233;t&#233; transmis par l'interm&#233;diaire des Mongols, des Persans et des Tib&#233;tains. Ils mettent souvent en sc&#232;ne un jeune homme, qui songe &#224; une femme au teint merveilleusement blanc et incarnat, en regardant une pi&#232;ce de gibier abattu, colorant la neige :
&#171; Soudain son c&#339;ur fut domin&#233; par l'esprit du mal [&#8230;]. Quand il vit le sang du li&#232;vre sur la neige, il s'&#233;cria : Ah ! s'il y avait une femme au visage aussi blanc que cette neige et aux joues aussi rouges que ce sang ! [&#8230;] On lui r&#233;pondit : L'&#233;clat de la beaut&#233; de la femme de ton fr&#232;re [&#8230;] l'emporte sur cela de beaucoup. &#187;
Dans le Pentam&#233;ron de Basile on retrouve le m&#234;me motif, mais, cette fois-ci, le corbeau tu&#233; tombe &#8220;sur une belle dalle de marbre&#8221;. Un second groupe de variantes recouvre les contes o&#249; ce n'est plus le sang d'un animal sauvage qui teinte la neige, c'est le sang &#171; d'une b&#234;te de porcherie &#187;, d'un animal domestique. Voici par exemple l'introduction du conte irlandais, &#171; Les douze oies sauvages &#187; :
&#171; Un roi et une reine ont douze fils et pas une seule fille. Un jour d'hiver, le sol &#233;tant couvert de neige, la reine est &#224; la fen&#234;tre et voit un veau qui vient d'&#234;tre tu&#233; par le boucher, et un corbeau qui se tient tout aupr&#232;s. &#171; Oh ! dit-elle, si seulement j'avais une fille &#224; la peau aussi blanche que cette neige, aux joues aussi rouges que ce sang, et aux cheveux aussi noirs que ce corbeau ! Je donnerais pour l'avoir tous mes douze fils ! &#187; Aussit&#244;t une vieille femme lui appar&#251;t et lui dit : &quot;C'est un souhait criminel que vous avez fait, et, pour vous punir, il vous sera accord&#233;. Vous aurez une fille comme vous la d&#233;sirez ; mais, le jour m&#234;me de sa naissance, vous perdrez tous vos autres enfants. &#187;
Le troisi&#232;me groupe, selon Cosquin, inclut la naissance de Blanche-Neige ; ici, ce qui teinte la neige de rouge, ce n'est plus le sang d'un animal, c'est du sang humain : &#171; le propre sang de celui ou celle dont la combinaison des couleurs attirera l'attention &#187;.
La formule magique employ&#233;e se r&#233;v&#232;le toute puissante dans le cas du sang animal, comme dans le cas du sang humain, vers&#233; sur la neige ; car, nous dit le conteur, celui qui ose prononcer un tel v&#339;u peut provoquer sa perte ou la perte des siens. Un conteur grec apporte une interpr&#233;tation de la fascination provoqu&#233;e par ce v&#339;u morbide dans sa version de &#171; La Fille du Diable &#187; (ATU 313), o&#249; il met en garde le h&#233;ros contre le danger qui le guette. Il s'agit d'un jeune homme qui d&#233;sire &#233;pouser une femme, blanche comme neige et rouge comme sang, &#224; qui sa m&#232;re dit : &#171; Mais o&#249; veux-tu trouver une femme pareille, mon fils, il n'y a gu&#232;re que les fant&#244;mes de l'autre monde qui ont cette apparence ! [&#8230;] Va donc dans le royaume des morts chercher la fille de Lamia ; elle est telle que tu la veux. &#187;
Le noir n'est pas toujours pr&#233;sent dans ces citations ; il occupe n&#233;anmoins la place d'un troisi&#232;me terme latent qui apporte une dimension t&#233;n&#233;&#232;breuse aux deux autres couleurs. Un seul v&#339;u morbide, et ce monde merveilleux du conte -&#8211; o&#249; les objets parlent, les poup&#233;es s'animent et les morts ressuscitent sans provoquer la moindre inqui&#233;tude parmi l'assistance -&#8211; risque de basculer dans l'&#233;pouvante. Pourtant, ce n'est pas la premi&#232;re fois qu'un conte relate la descente d'un personnage mythique aux enfers : &#171; Jean de l'Ours &#187;, &#171; Eros et Psych&#233; &#187;, &#171; La Fille du Diable &#187; et maintenant &#171; Blanche-Neige &#187; ? Mais, &#224; la diff&#233;rence des autres protagonistes du conte merveilleux, Blanche-Neige est pers&#233;cut&#233;e par une m&#232;re qui &#339;uvre pour sa mort. L'h&#233;ro&#239;ne fuit de tous c&#244;t&#233;s pour &#233;chapper &#224; la pers&#233;cution maternelle et elle se retrouve ainsi dans la nuit sauvage, avant de basculer dans l'autre monde : c'est surtout cette s&#233;quence qui fait peur. Il est certain que Blanche-Neige ne part pas volontiers &#224; la recherche de son destin. Elle ex&#233;cute le v&#339;u maternel morbide dont elle est issue.
Prenons &#224; pr&#233;sent quelques exemples de versions grecques qui mettent en &#233;vidence le passage de Chionati dans un monde parall&#232;le, apr&#232;s l'&#233;chec de la premi&#232;re tentative de meurtre :
&#171; La mar&#226;tre la jeta dans un puits ; elle tomba, tomba&#8230; Quand elle ouvrit les yeux, elle comprit qu'elle se trouvait au royaume des quarante dracs&#8230; &#187;
&#171; Elle avait tellement peur de la nuit noire, que les arbres la prirent en piti&#233;. Ils lui offrirent leurs couleurs comme cadeaux : elle en sortit blanche comme le jasmin, les joues rouges comme la rose, les cheveux fonc&#233;s, comme le cypr&#232;s et les sourcils noirs, comme le corbeau. &#187;
Dans ce passage particulier, il est indiqu&#233; que les trois couleurs, blanc, rouge et noir, qui fondent la beaut&#233; mythique de l'h&#233;ro&#239;ne sont des marques acquises pendant la travers&#233;e de la nuit obscure, lors de son passage initiatique dans l'au-del&#224;. En essayant de cerner les &#233;l&#233;ments qui dans notre conte suscitent le sentiment de frayeur, provoqu&#233; par la r&#233;alisation parfaite du d&#233;sir maternel, l'on se rend compte que la triade mythique (blanc, rouge et noir) englobe les couleurs du d&#233;sir (d'une fille en l'occurrence), de vie et de mort, repr&#233;sent&#233;es par l'alternance du jour et de la nuit.
J'emprunte un exemple &#224; la mythologie grecque, o&#249; ces trois m&#234;mes couleurs s'articulent &#233;galement autour du d&#233;sir amoureux, de la mort et de la vie : uUn personnage mythique t&#233;n&#233;breux se rendit autrefois aux Enfers pour ramener son &#233;pouse &#224; la vie ; revenu sur terre sans elle, il v&#233;cut en c&#233;libataire exil&#233; dans un paysage glac&#233; jusqu'&#224; la fin de ses jours. Orph&#233;e incarne d&#233;sormais la descente aux Enfers en tant qu'&#233;preuve de la perte et de la s&#233;paration ; son nom est li&#233; &#224; l'obscurit&#233;. Ce lien est rep&#233;&#232;rable dans les dictionnaires de grec ancien : Orph&#233;e, orphn&#233; (la nuit, l'obscurit&#233;) et orphelin ont la m&#234;me racine, qui est probablement &#233;reb-os, &#233;r&#233;ph-o (les t&#233;n&#232;bres). De m&#234;me que le nom de la couleur orphninos, qui indique le brun fonc&#233; ; or, cette couleur na&#238;t quand on combine le blanc, le rouge et le noir, et ensuite, &#171; si au m&#233;lange susdit et davantage calcin&#233;, on m&#234;le du noir &#187;, si l'on suit Platon dans Tim&#233;e (68c). Se pose alors la question de savoir dans quelle mesure l'amour d'une femme r&#234;v&#233;e plac&#233;e dans un &#171; autre monde &#187; est un motif comparable &#224; l'amour d'un enfant &#224; na&#238;tre, plac&#233; (gr&#226;ce &#224; l'attribut des trois couleurs) dans un au-del&#224; imaginaire. ? Pour y r&#233;pondre, on ne peut pas utiliser le sch&#233;ma mythique d'Orph&#233;e. Le th&#232;me de la descente aux enfers peut certainement s'envisager &#224; partir d'autres parcours mythiques : ainsi, la d&#233;marche d'Ulysse qui consulta l'&#226;me de Tir&#233;sias afin de pouvoir retourner &#224; Ithaque. Dans le dixi&#232;me chant de l'Odyss&#233;e, on apprend que le h&#233;ros, pouss&#233; par quelques compagnons qui restent encore en vie, demande &#224; Circ&#233; de lui indiquer le chemin du retour vers son pays. La d&#233;esse lui dit d'emprunter une autre voie, s'il veut revenir &#224; Ithaque. Il faut qu'il se rende au royaume d'Had&#232;s afin d'interroger l'&#226;me de Tir&#233;sias, et pour cela qu'il traverse la mer en bateau, qu'il tourne le dos &#224; la lumi&#232;re du jour et qu'il p&#233;n&#232;tre dans l'ombre. L&#224;-bas, plusieurs &#226;mes de morts viendront lui parler. Lui Il doit alors faire des libations et sacrifier un agneau noir aux dieux des enfers ; il doit &#233;gorger l'animal, en tournant sa t&#234;te vers les t&#233;n&#232;bres alors que lui, en m&#234;me temps, doit se tourner vers le jour ; le sang doit couler abondamment dans le trou qu'il aura creus&#233;. Les &#226;mes des morts viendront boire ce sang pour pouvoir parler. Il doit attendre que Tir&#233;sias ait bu, et c'est seulement alors qu'il pourra l'interroger. Ainsi, se rendre aux enfers, communiquer avec l'&#226;me d'un anc&#234;tre sur le chemin du retour, cela suppose une fois de plus le d&#233;ploiement de ces trois couleurs. Se pose alors la question : dans l'alternance jour-nuit, nuit-jour, faut-il en passer par la nuit pour rejoindre le jour ? Si oui, quel est l'enfant de la nuit invoqu&#233; par la m&#232;re de Blanche-Neige, ou, en d'autres termes, quelle est l'&#226;me de l'anc&#234;tre figur&#233;e par le visage inqui&#233;tant de cet enfant souhait&#233; ? Peut-on sugg&#233;rer encore que le v&#339;u de la reine dans ce conte &#233;voque une figure archa&#239;que de m&#232;re disparue, ou une figure de ce qu'on a appel&#233; &#171; l'enfant-anc&#234;tre &#187; ? L'h&#233;ro&#239;ne de notre conte porte ces trois couleurs primitives avant sa naissance et apr&#232;s sa mort. Couleurs qui appellent le sujet &#224; faire un voyage initiatique. Ainsi, dans le langage du conte, la m&#232;re de Blanche-Neige souhaite une fille portant des couleurs qui la feront passer par les t&#233;n&#232;bres. Or, quelques ann&#233;es plus tard, &#224; la pubert&#233;, on retrouve la jeune fille pers&#233;cut&#233;e sans rel&#226;che par sa propre m&#232;re. La raison en est qu'elle est la plus belle &#224; pr&#233;sent. Les fr&#232;res Grimm (et plusieurs conteurs populaires) ont remplac&#233; la m&#232;re par une m&#233;chante mar&#226;tre afin d'att&#233;nuer, autant que faire se peut, la cruaut&#233; de la pers&#233;cution maternelle. Ainsi l'image de la m&#232;re, fantasm&#233;e comme m&#233;chante sorci&#232;re, poursuit la fille lors des diff&#233;rents &#233;pisodes de sa fuite ; elle r&#233;ussit &#224; l'attaquer et &#224; la blesser mortellement, m&#234;me quand celle-ci se r&#233;fugie dans l'autre monde o&#249; on la croirait invuln&#233;rable. &#192;A plusieurs reprises, Blanche-Neige est sauv&#233;e in extremis par ses fr&#232;res et amis de la petite maison dans la clairi&#232;re, soit les sept nains, les douze mois, les &#171; t&#234;tes de chien &#187; ou les dracs, des &#234;tres de l'au-del&#224; selon l'imaginaire de chaque tradition, jusqu'&#224; ce qu'un jour elle meuret pour de bon en ing&#233;rant la pomme empoisonn&#233;e offerte par sa m&#232;re. Avant de continuer, t&#226;chons tentons de retrouver le th&#232;me de l'alliance des trois couleurs dans d'autres contes populaires. Il peut en effet introduire des contes tr&#232;s diff&#233;rents, tels que &#171; Les Trois oranges &#187; ou &#171; La Fille du Diable &#187;, comme on l'a vu plus haut. En g&#233;n&#233;ral, il s'agit de r&#233;cits o&#249; le parcours initiatique du protagoniste recouvre une rencontre amoureuse en terre &#233;trang&#232;re. Une version corse de &#171; Persinette &#187; porte le titre &#171; La Belle entre lait et sang &#187;. Cette h&#233;ro&#239;ne est enferm&#233;e dans une tour par une f&#233;e, jalouse de sa beaut&#233;, qui se fait hisser au moyen des longues tresses de la jeune fille. Genevi&#232;ve Massignon a &#233;galement publi&#233; une belle version de ce conte o&#249; le surnom de l'h&#233;ro&#239;ne est li&#233; au lait, m&#233;lang&#233; &#224; du sang (m&#233;lang&#233;e de sang et de lait ). L'expression employ&#233;e se r&#233;f&#232;re au teint &#233;blouissant de l'h&#233;ro&#239;ne. On retrouve la m&#234;me image dans une version grecque de Chionati, qui fait &#233;tat d'une jeune fille &#171; blanche comme lait et rouge comme sang &#187;, motif saisissant qui relie au corps f&#233;minin l'&#233;motion provoqu&#233;e par le contraste du blanc et du rouge. Image po&#233;tique d&#233;limitant le parcours de maturation de la fille, de la naissance &#224; la pubert&#233; ou du lait maternel jusqu'au sang des menstrues. L'h&#233;ro&#239;ne doit frayer son chemin, du corps maternel auquel elle est attach&#233;e, &#224; un corps de femme qu'elle va obtenir pour elle- m&#234;me.
Le combat traumatolytique&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Revenons donc au lien fille-m&#232;re. &#192; l'&#233;coute du conte dans ses diff&#233;rentes versions, la r&#233;p&#233;tition des attaques maternelles pourrait &#234;tre compar&#233;e &#224; un d&#233;lire de pers&#233;cution de la part de la jeune fille. Ces attaques surviennent toujours aux moments forts du destin f&#233;minin. La m&#232;re frappe lors de chacune des transformations vitales, telles que la pubert&#233; ou l'initiation amoureuse. C'est lors des crises de croissance que vit la jeune fille que les pers&#233;cutions interviennent, alors m&#234;me que le sc&#233;nario du conte peut &#234;tre modifi&#233;. Car, dans les variantes m&#233;ridionales et surtout orientales, le conte ne se termine pas par le mariage avec le prince. De plus, Chionati devient m&#232;re et au moment de son accouchement, elle se fait tuer par sa &#171; mar&#226;tre &#187;, qui prend sa place ensuite dans le lit du prince. Notons que dans les versions mettant en sc&#232;ne les trois s&#339;urs, c'est l'une d'entre elles qui prend le r&#244;le de la mar&#226;tre. Dans les versions &#233;voqu&#233;es pr&#233;c&#233;demment, on constate que, lors de l'attaque maternelle contre la nouvelle accouch&#233;e, un deuxi&#232;me conte vient se greffer &#224; l'histoire premi&#232;re de Chionati. Ce r&#233;cit se nomme &#171; La fianc&#233;e (l'&#233;pouse) substitu&#233;e &#187;. La sorci&#232;re appara&#238;t subitement de nulle part, frappe et tue sa fille juste au moment o&#249; celle-ci devient m&#232;re &#224; son tour. Elle lui enl&#232;ve son enfant et son mari. Il s'agit d'un rebondissement de la rivalit&#233; f&#233;minine, qui surgit r&#233;guli&#232;rement, &#224; l'heure o&#249; s'annonce la s&#233;paration psychique des deux femmes. L'attaque meurti&#232;re de la m&#232;re intervient sur &#224; ce point comme pour emp&#234;cher la s&#233;paration et pour l'&#233;carter. L'histoire de &#171; L'&#201;pouse substitu&#233;e &#187; peut s'ajouter lors de l'&#233;pisode de l'accouchement de Blanche-Neige, mais aussi de Cendrillon, de la Fille aux mains coup&#233;es et de l'ensemble des autres h&#233;ro&#239;nes bannies, moins connues. Toutes sont pers&#233;cut&#233;es par la m&#232;re ou par un substitut maternel lors du passage &#224; la maternit&#233;, point d'achoppement de la s&#233;paration entre m&#232;re et fille ou entre s&#339;urs. De ce fait, la disparition de l'h&#233;ro&#239;ne lors de son accouchement ne repr&#233;sente pas la mort du seul sujet mais aussi la mise &#224; mort de l'esp&#232;ce au f&#233;minin. Car c'est la m&#232;re, fantasm&#233;e dans sa toute puissante archa&#239;que, qui surgit pour r&#233;cup&#233;rer la seule place appartenant de plein droit &#224; la fille, d&#233;sormais femme et m&#232;re &#224; son tour. Les coups r&#233;p&#233;t&#233;s am&#232;nent une s&#233;rie de m&#233;tamorphoses pour la jeune femme qui traverse, dirait-on, des cycles de vies ant&#233;rieurs &#224; l'humain : ainsi se transforme-t-elle en oiseau, puis en poisson et enfin en arbre, pour retrouver &#8211; par l'interm&#233;diaire de ces naissances symboliques effectu&#233;es en dehors et loin du ventre maternel &#8211; son aspect physique premier. Pour sa part, la m&#232;re r&#233;alise ses m&#233;faits par toutes sortes de moyens ou aides magiques : le chasseur &#224; qui elle enjoint de lui ramener le c&#339;ur de sa fille, ainsi que la pomme et les parures empoisonn&#233;es, dans &#171; Blanche-Neige &#187; ; une &#233;pingle enfonc&#233;e dans le cr&#226;ne de l'h&#233;ro&#239;ne, qui va la changer en oiseau, dans &#171; La Fianc&#233;e substitu&#233;e &#187;. A &#192; chaque transformation vitale, d&#232;s lors qu'une s&#233;paration des deux femmes s'annonce, la m&#232;re revient en force pour attaquer sa fille, coupable d'avoir d&#233;sir&#233; s'en &#233;loigner. Elle parvient toujours &#224; tuer l'h&#233;ro&#239;ne qui toujours, &#224; son tour, parvient &#224; revivre. Voil&#224; bri&#232;vement la mise en sc&#232;ne des rapports des deux protagonistes f&#233;minins dans ce conte. Rapports qui se transmettent &#233;galement &#224; la g&#233;n&#233;ration suivante des trois s&#339;urs.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'attachement &#224; l'esp&#232;ce maternelle est consid&#233;rable pour la jeune fille, qui est toutefois oblig&#233;e de s'en d&#233;faire pour vivre sa propre vie. Ainsi le couple m&#232;re-fille doit se scinder en deux femmes diff&#233;rentes, alors qu'il &#233;tait rest&#233; uni pendant longtemps et qu'il avait connu une symbiose narcissique sans questionnement de part et d'autre. Par la m&#233;taphore du miroir qui d&#233;signe la plus belle, le conteur indique la rupture oblig&#233;e de ce couple archa&#239;que et l'impossibilit&#233; pour les deux femmes de partager le m&#234;me miroir plus longtemps.
La difficult&#233; de s&#233;paration entre fille et m&#232;re est &#233;clair&#233;e sous un jour nouveau dans un texte de Freud, o&#249; il d&#233;crit le cas de d&#233;lire pers&#233;cutif d'une de ses patientes &#224; la suite d'une rencontre amoureuse. Il fait &#233;tat d'une jeune femme, d'une gr&#226;ce et d'une beaut&#233; peu communes, qui vivait tranquillement avec sa vieille m&#232;re, tandis que le p&#232;re &#233;tait mort depuis longtemps. Elle avait rencontr&#233; un jeune homme, employ&#233; dans le m&#234;me bureau qu'elle, et avait consenti de &#224; lui rendre visite dans sa gar&#231;onni&#232;re. &#171; &#201;tendue &#224; demi-d&#233;v&#234;tue sur le divan aux c&#244;t&#233;s de son amoureux, elle entend un bruit, comme un tintement, un frappement, dont elle ne conna&#238;t pas la cause, mais qu'elle interpr&#232;te plus tard, apr&#232;s avoir rencontr&#233; dans l'escalier deux hommes dont l'un porte quelque chose comme une cassette recouverte. Elle acquiert la conviction qu'&#224; la demande de son amoureux elle a &#233;t&#233; &#233;pi&#233;e et photographi&#233;e pendant leur r&#233;union intime. &#187; En transformant imm&#233;diatement l'aim&#233; en pers&#233;cuteur, la jeune patiente de Freud para&#238;issait se d&#233;fendre d'aimer un homme. Cet homme &#8211; pensait-elle &#8211; avait abus&#233; de sa confiance pour faire prendre des photos de leurs &#233;bats par des spectateurs invisibles et il avait ensuite tout racont&#233; &#224; leur sup&#233;rieure hi&#233;rarchique, une vieille dame maternelle aux cheveux blancs qui ressemblait, toujours selon la jeune femme, &#224; sa propre m&#232;re.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Or, selon l'interpr&#233;tation que fait Freud du d&#233;lire parano&#239;aque, &#171; le pers&#233;cuteur est n&#233;cessairement du m&#234;me sexe que le pers&#233;cut&#233; &#187;. Il rep&#232;re dans ce texte les liens homosexuels inconscients entre m&#232;re et fille en d&#233;signant le pers&#233;cuteur comme &#233;tant au fond l'aim&#233; ou celui qui avait &#233;t&#233; aim&#233; autrefois. Et pour sa jeune patiente, ce personnage &#233;tait est sa m&#232;re, qui lui avait offert un puissant appui sentimental jusqu'&#224; l'&#226;ge de trente ans. La relation de la jeune femme avec sa m&#232;re dans ce contexte n'est pas d&#233;finie comme la relation pr&#233;sente avec la m&#232;re, mais plut&#244;t avec l'image maternelle originaire (urzeitlich). De m&#234;me, ce lien ind&#233;fectible homosexuel &#224; la m&#232;re est mis en sc&#232;ne dans le conte de Blanche-Neige depuis la s&#233;quence initiale : le p&#232;re est absent et la m&#232;re symbiotique reproduit en clonage son id&#233;al narcissique. Cependant, dans la cha&#238;ne de transmission, quelque chose se brise et la pers&#233;cution appara&#238;t d&#232;s lors que la fille est pub&#232;re et qu'il est question de s&#233;paration ou de r&#233;alisation d'un sujet f&#233;minin &#224; part enti&#232;re. Dans l'histoire de Chionati, les attaques maternelles triomphent r&#233;guli&#232;rement, dans un &#233;ventail de traumatismes, avant que le tout premier espoir de vie n'apparaisse pour l'h&#233;ro&#239;ne &#224; la fin du conte. L'a incessante r&#233;p&#233;tition de l'exp&#233;rience traumatique aboutit finalement &#224; la reconstruction d'une image compl&#232;te du personnage f&#233;minin &#224; la mani&#232;re d'une mosa&#239;que. De tous les contes o&#249; l'h&#233;ro&#239;ne est tyrannis&#233;e par sa mar&#226;tre, c'est surtout dans Blanche-Neige qu'est mise en sc&#232;ne cette pers&#233;ecution qui n'en finit pas, ce combat sans rel&#226;che o&#249; la m&#232;re vient la tuer par deux, trois, voire plusieurs fois, d&#232;s que la s&#233;paration annonc&#233;e est proche de se r&#233;aliser. On retrouve dans ces attaques maternelles &#224; l'intensit&#233; croissante ce processus que Ferenczi appelle &#171; l'enlisement cathartique &#187; dans la fonction traumatolytique du r&#234;ve. La mise en r&#233;cit de la r&#233;p&#233;tition des coups mortels produirait enfin une r&#233;solution du traumatisme de la s&#233;paration. Il s'agit d'un processus cathartique sur le plan imaginaire, au m&#234;me titre que les rites de passage subis par l'h&#233;ro&#239;ne.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi ce combat traumatique aboutit &#224; la s&#233;paration de la fille et de la m&#232;re. Les images fortes du conte font peur : la mise &#224; mort de Blanche-Neige fait notamment tr&#232;s peur aux enfants. Mais, en m&#234;me temps, ce r&#233;cit permet de se rass&#233;r&#233;ner avec la r&#233;solution de son intrigue. Soulignons que son d&#233;nouement ne s'accomplit pas lors du mariage avec le prince charmant, mais lors de la reprise de sa forme humaine par l'h&#233;ro&#239;ne. Car l'h&#233;ro&#239;ne se transforme, comme on l'a dit, en oiseau, puis en poisson et enfin en arbre, avant de redevenir femme. Apr&#232;s avoir travers&#233; diff&#233;rents &#233;tats de l'&#234;tre, telles que la r&#233;gression thalassale en devenant poisson, ou l'&#233;tat v&#233;g&#233;tal en devenant arbre coup&#233; en b&#251;ches, Blanche-Neige surgit enfin &#224; partir d'un bout de bois, toujours bien vivante. Son retour &#224; la vie nous lib&#232;re des passions mortelles, car l'h&#233;ro&#239;ne du conte conna&#238;t une vraie catharsis tragique, lorsqu'elle se r&#233;eveille &#224; la vie, enfin r&#233;unifi&#233;e.
Remarquons pourtant une inversion qui se produit dans le conte par rapport au r&#234;ve traumatolytique, d&#233;fini par Ferenczi. Dans le r&#234;ve, la tendance &#224; la r&#233;p&#233;tition du traumatisme est d&#233;croissante alors que dans le conte, la commotion psychique de l'h&#233;ro&#239;ne est de plus en plus profonde apr&#232;s chaque attaque maternelle et elle aboutit &#224; l'an&#233;antissement du sujet. Car, dans le conte, il faut mourir afin de rena&#238;tre par une voie symbolique. Dans le r&#233;cit de Blanche-Neige prolong&#233; par &#171; La Fianc&#233;e substitu&#233;e &#187;, qui me sert d'exemple, le combat traumatique est de plus en plus fort &#224; chaque nouvelle attaque de la m&#232;re. On plonge aAu fur et &#224; mesure que de l'avanc&#233;e le du r&#233;cit, on plonge avance dans un enlisement qui ne s'av&#232;re lib&#233;rateur seulement qu'&#224; la s&#233;quence finale. On arrive ainsi &#224; l'&#233;pisode du conte o&#249; l'h&#233;ro&#239;ne est admise tenue comme pour morte et mise en au cercueil par ses fr&#232;res, incapables de la ressusciter &#224; nouveau. La jeune fille se trouve en effet dans un &#233;tat comateux, qui va s'interrompre, au moment de son r&#233;veil amoureux, avec le baiser du prince. Mais l'amour du prince qui &#233;veille Blanche-Neige &#8211; prolong&#233; par la naissance des enfants &#8211; n'est qu'une parenth&#232;se dans le contexte de la pers&#233;ecution maternelle constante. Dans les versions orales du r&#233;cit, le conteur ne s'attarde jamais sur la s&#233;quence du mariage, il en dit juste qu'il y eut une f&#234;te, en phrase-formule de fin-de-conte, et puis tout de suite il encha&#238;ne sur la grossesse et l'accouchement de l'h&#233;ro&#239;ne, qui font revenir d'office sur sc&#232;ne la m&#232;re pers&#233;cutrice. On a vu que le dernier traumatisme, provoqu&#233; par la substitution de la m&#232;re &#224; l'&#233;pouse aupr&#232;s du prince, aboutit &#224; la mort de la jeune femme et &#224; sa s&#233;eparation de l'esp&#232;ce humaine. Cette mort est repr&#233;sent&#233;e comme un basculement dans une &#233;tape ant&#233;rieure de la cr&#233;eation. On assiste au passage de l'h&#233;ro&#239;ne dans le monde des oiseaux, des poissons et des arbres. Pour finir, l'h&#233;ro&#239;ne se transforme en un arbre, qui pousse devant les fen&#234;tres de sa maison. Elle est cach&#233;e dans un bout de bois, d'o&#249; elle va surgir en retrouvant sa forme humaine.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La force de ce conte associ&#233; &#224; ses prolongements est d'aboutir au passage phylog&#233;n&#233;tique qui rend &#224; nouveau possible la renaissance du sujet de nouveau possible. Rappelons que le bout de bois est emport&#233; par une petite vieille qui ne procr&#233;e plus, et l'h&#233;ro&#239;ne va r&#233;appara&#238;tre en fille adopt&#233;ee de du couple l'arbre et de la vieille femme sans enfant. Sa nouvelle naissance est mise en sc&#232;ne en dehors du sein maternel. L'h&#233;ro&#239;ne va rena&#238;tre par un biais autre que le corps de la m&#232;re pour vivre sans elle, d&#233;sormais r&#233;unifi&#233;e par le passage par les cycles de vies ant&#233;rieures. En m&#234;me temps, Blanche-Neige associe en elle-m&#234;me l'ensemble des couleurs symbolisant les diff&#233;rents passages qu'elle traverse tout au long de ses parcours. Vivre c'est &#234;tre r&#233;unifi&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;ANGELOPOULOS, Anna, BROUSKOU, Aigli, 1996, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Catalogue raisonn&#233; du conte grec, Types et versions AT 700-749,&lt;/i&gt; Ath&#232;nes FNRS / Maisonneuve et Larose&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;BETTELHEIM, Bruno, 1975, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Psychanalyse des Contes de F&#233;es&lt;/i&gt;, Paris, Livre de Poche, 1975.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;CALAME-GRIAULE, Genevi&#232;ve, 2002, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Contes tendres, contes cruels du Sahel nig&#233;rien&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;CHANTRAINE, Pierre, 1975, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Dictionnaire Etymologique de la langue Grecque,&lt;/i&gt; Paris.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;COSQUIN, Emmanuel, 1922, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Les Contes indiens et l'Occident,&lt;/i&gt; Paris, Champion Honor&#233;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;FERENCZI, Sandor, 1982, R&#233;flexions sur le traumatisme, (1932), &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Psychanalyse IV, Oeuvres Compl&#232;tes&lt;/i&gt;, 1927-1933, Paris, Payot.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;FREUD, Sigmund, 1973, Communication d'un cas de parano&#239;a en contradiction avec la th&#233;orie psychanalytique, (1940), &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;N&#233;vrose, Psychose et Perversion&lt;/i&gt;, Paris, PUF.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;GIANNINI-BELOTTI, Elena, 1977, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Du c&#244;t&#233; des petites filles,&lt;/i&gt; Paris, Ed. des Femmes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;GRIMM, 1974, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Kinder und Hausm&#228;rchen gesammelt durch die Br&#252;der Grimm,&lt;/i&gt; Erster Teil, Frankfurt am Main, 1974&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;MASSIGNON, Genevi&#232;ve, 1984, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Contes corses,&lt;/i&gt; Paris, Picard&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;ORSINI-MARZOPI, M.F., 1978, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;R&#233;cits et contes populaires de la Corse&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;SHOJAEI-KAWAN, Christine, 2005-2006, &quot;Snow-White &#187;, 237-252, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Estudos de Literatura Oral&lt;/i&gt;, n&#176; 11-12, Universidade do Algarve&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;UTHER, Hans J&#246;rg, 2004, &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;The Types of International Folktales - A Classification and Bibliography Based on the System of Antti Aarne and Stith Thompson&lt;/i&gt;, Helsinki, FFC, 284-286.
&lt;br /&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>ROBERT WALSER et BLANCHE-NEIGE</title>
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		<dc:creator>Sylvette Gendre-Dusuzeau</dc:creator>

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		<description>Cette r&#233;flexion &#224; partir de la pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre en vers, Blanche-Neige de Robert Walser, a pris forme au cours du s&#233;minaire &#171; Conter la psychanalyse &#187; dans lequel furent explor&#233;s, en lien avec notre clinique, divers aspects psychiques des liens de m&#232;re &#224; fille et de fille &#224; m&#232;re, dans le contexte d'un p&#232;re absent, d'une mani&#232;re ou d'une autre, ainsi que la question du narcissisme, ses impasses et ses avanc&#233;es du c&#244;t&#233; m&#232;re et du c&#244;t&#233; fille, dans l'&#233;closion adolescente du f&#233;minin vers le d&#233;sir de l'autre. Ce (...)

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;Cette r&#233;flexion &#224; partir de la pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre en vers, Blanche-Neige de Robert Walser, a pris forme au cours du s&#233;minaire &#171; Conter la psychanalyse &#187; dans lequel furent explor&#233;s, en lien avec notre clinique, divers aspects psychiques des liens de m&#232;re &#224; fille et de fille &#224; m&#232;re, dans le contexte d'un p&#232;re absent, d'une mani&#232;re ou d'une autre, ainsi que la question du narcissisme, ses impasses et ses avanc&#233;es du c&#244;t&#233; m&#232;re et du c&#244;t&#233; fille, dans l'&#233;closion adolescente du f&#233;minin vers le d&#233;sir de l'autre. Ce fut la rencontre avec des fantasmatiques archa&#239;ques sous-jacentes aux mouvements de s&#233;paration, visant &#224; une s&#233;paration &#171; suffisamment bonne &#187;. L'analyse de l'int&#233;r&#234;t port&#233; &#224; Blanche-Neige par un homme, tel qu'en t&#233;moigne cet &#233;crit de Robert Walser, ne pouvait qu'enrichir notre &#233;coute de ces probl&#233;matiques. Une dr&#244;le de &#171; dramolette &#187; Dans sa pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre qu'il nomme &#171; dramolette &#187;, Robert Walser met en po&#232;me les &#233;v&#233;nements pass&#233;s de l'histoire de Blanche-Neige qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; l'arriv&#233;e du prince. Il fait commencer son conte &#224; la fin, apr&#232;s l'&#233;preuve de la l&#233;thargie de latence dans le cercueil de verre dont vient de la faire sortir le prince tout amoureux. Or Blanche-Neige ne peut passer &#224; l'&#233;tape du bonheur attendu : &#171; ils furent heureux etc&#8230; &#187; car son pass&#233; p&#232;se trop lourd et rend indisponible son d&#233;sir pour le prince. La perspective de Robert Walser est subjective, voire m&#234;me subjectivante dans sa r&#233;&#233;criture de Blanche-Neige, tr&#232;s beau texte po&#233;tique qui joue avec les confins du d&#233;lire, de la folie et des retournements fantasmatiques.
Ce texte est construit en spirale et fait repasser Blanche-Neige par des moments oblig&#233;s de son histoire avec sa m&#232;re, en cherchant des ouvertures &#224; la r&#233;p&#233;tition traumatique de la tentative de meurtre dans la for&#234;t que Robert Walser remet en sc&#232;ne. J'ai donc lu ce texte une premi&#232;re fois en esp&#233;rant trouver une r&#233;ponse fantasmatique masculine &#224; cette histoire de Blanche-Neige. En fait, j'ai &#233;t&#233; happ&#233;e par le texte que j'ai entendu d'abord comme le r&#233;cit d'une jeune fille venant consulter apr&#232;s un &#233;v&#233;nement traumatique : la double tentative de meurtre de sa m&#232;re par empoisonnement d'abord (la pomme) puis par la dague de son amant (le chasseur) ensuite.
&#192; l'&#233;coute de Blanche-Neige
Je vais essayer de restituer ici, dans leur d&#233;roulement, les enjeux psychiques du texte qui font appara&#238;tre les mobiles qui sous-tendent la crise dans laquelle Blanche-Neige adolescente se trouve prise. &#171; Dis, tu es malade ? &#187; commence la reine.
Blanche-Neige : &#171; Quelle question quand vous n'avez que v&#339;ux de mort pour la trop belle qui blesse &#224; tout instant vos yeux. &#192; quoi servent ces doux regards ? La bont&#233; qui sort toute aimante de vos yeux n'est que faux-semblant. Votre douceur de ton est feinte. La haine habite votre c&#339;ur.
Vous avez mand&#233; le chasseur pour moi, pour qu'il l&#232;ve sa dague sur ce visage ha&#239; de vous.
[&#8230;] Malade, moi ? Non, je suis morte. La pomme empoisonn&#233;e fait mal.
[&#8230;] Malade, alors, moi, raillez-vous ? &#187;
Ces premi&#232;res paroles de Blanche-Neige r&#233;sonnent comme celles d'une premi&#232;re s&#233;ance o&#249; l'essentiel du mal &#234;tre psychique est souvent &#233;nonc&#233; : ici, Blanche-Neige a mal &#224; sa m&#232;re dont elle sent la haine qui se dissimule derri&#232;re une douceur feinte du regard et qui a voulu la faire tuer. &#171; Pourquoi ne m'aimes-tu pas ? Pourquoi vouloir me tuer ? &#187; D&#232;s ce d&#233;but, Blanche-Neige &#233;voque le traumatisme et sa douleur. La reine, dans le d&#233;ni de la situation de mal-&#234;tre de Blanche-Neige, l'envoie faire un tour dans le jardin, lui conseille de ne pas penser, mais plut&#244;t de sauter et courir apr&#232;s les papillons, d'&#234;tre enfant et ainsi de retrouver son visage rose cach&#233;, plut&#244;t que cette couleur linceul blafarde. La reine la renvoie &#224; sa condition d'enfant d'avant les mauvaises pens&#233;es : &#171; &#192; coup s&#251;r l'air frais du jardin te fera du bien. Je t'en prie, ne livre pas &#224; ces pens&#233;es ta ch&#232;re et faible t&#234;te. Sois calme. Que ton esprit cesse d'errer. Prends du mouvement, saute et cours. &#187;
La reine lui conseille d'&#233;carter toute id&#233;e de p&#233;ch&#233; en ajoutant qu'elle-m&#234;me a peut-&#234;tre p&#233;ch&#233; contre elle, Blanche-Neige, jadis. Mais jadis, c'est loin, dans les temps recul&#233;s, personne n'y songe plus. Le rem&#232;de &#233;nonc&#233; est un amour auquel penser et qui fait oublier le chagrin : le prince, par exemple. Ainsi la pens&#233;e de Blanche-Neige est d&#233;tourn&#233;e, le traumatisme est ni&#233; - pas vu, pas pris - le d&#233;saveu s'installe, la folie guette...
On voit bien que, d&#232;s le d&#233;but, tout ce qui s'est produit avant l'&#233;pisode du cercueil en verre, est rel&#233;gu&#233; tel quel, dans un pass&#233; lointain, tout pr&#234;t &#224; ressurgir. La reine fait allusion aux &#233;v&#233;nements pass&#233;s sur un mode exp&#233;ditif et d&#233;finitif. Pas de discussion ni de protestation. Elle se d&#233;douane all&#233;grement de sa jalousie pour la beaut&#233; de Blanche-Neige, comme si cela allait de soi. Blanche-Neige est combative avec sa m&#232;re qu'elle traite de cajoleuse et &#224; qui elle reproche de rompre le cou au pass&#233;, comme elle a voulu lui rompre le cou &#224; elle. Blanche-Neige proteste : &#171; Oh vous donnez des ailes au p&#233;ch&#233; mais il vole mal.
[&#8230;] Et le voici tout pr&#232;s, devant moi, devant vous et vous voudriez, cajoleuse, vous en jouer, il est si tangible que jamais je ne l'oublierai, pas plus que vous qui le comm&#238;tes. &#187;
Le p&#233;ch&#233; du double meurtre, assorti du p&#233;ch&#233; sexuel de sa m&#232;re avec son amant, le chasseur, est clairement &#233;nonc&#233; par Blanche-Neige. La reine avoue d'embl&#233;e avoir p&#233;ch&#233;. Alors, tout serait d&#233;j&#224; dit ? Justement pas. C'est l&#224; que tout commence au contraire, car c'est la force du texte de Robert Walser de nous emmener dans les d&#233;tours inconscients pour faire s'incarner les impasses psychiques qui sous-tendent les dires de la reine et qui bloquent le devenir femme de Blanche-Neige. Robert Walser les retraverse de diff&#233;rentes mani&#232;res jusqu'&#224; ce qu'elles prennent corps dans le psychisme et fassent advenir l'&#233;motion correspondante, sur le mod&#232;le du r&#234;ve traumatique de Ferenczi qui cherche ses ouvertures dans la r&#233;p&#233;tition. Le chasseur est questionn&#233;. Certes, il a jur&#233; la mort de Blanche-Neige &#224; la reine, mais o&#249; serait le probl&#232;me puisqu'il n'en fit rien. D'ailleurs, la preuve est dans le vrai conte de Blanche-Neige qui, dans cet &#233;crit de Robert Walser, est invoqu&#233; par les personnages comme r&#233;f&#233;rence imparable lors des moments cl&#233; o&#249; Blanche-Neige est en proie au doute : Blanche-Neige : &#171; Chasseur, juras-tu pas ma mort ? &#187;
Le chasseur : &#171; Si, Princesse, une mort affreuse, pourtant je n'en fis rien : le conte l'a, haut et vrai, bien fait savoir. [&#8230;] Ne parlez pas de mon serment de vous tuer, piti&#233; me le fit rompre et je ne vous fis nul mal. &#187; Alors donc, tout serait r&#233;gl&#233;. &#171; Pourquoi pleurer, dit la reine ? C'est par jeu qu'il tira sa dague&#8230; &#187; et elle demande &#224; Blanche-Neige de l'embrasser et d'&#234;tre sage. Blanche-Neige est hors d'elle, elle ne peut baiser cette bouche qui a enflamm&#233; le chasseur, son amant, &#224; tuer. La reine nie encore : &#171; Jamais mes baisers n'envoy&#232;rent ce chasseur vers toi. Une peur aveugle t'a rendue m&#233;fiante. &#187;
Puis la reine se r&#233;pand en d&#233;clarations abusives : elle aime l'enfant de sa chair, sa beaut&#233; ne la rend pas jalouse, ce n'est pas vrai qu'elle est folle d'envie : &#171; Te voir si belle m'est joie pure &#187;, dit-elle. Mais Blanche-Neige ne peut croire avec confiance l&#224; o&#249; il n'y a pas confiance. Elle fait la distinction entre le &#171; parler doux &#187; de sa m&#232;re et &#171; l'agir doux &#187; qui lui manque : &#171; Parler doux, vous y parvenez, mais non agir avec douceur. &#187;
C'est l&#224; un &#233;cart consid&#233;rable et un point d'achoppement du discours, cette antinomie &#233;nonc&#233;e entre le &#171; dire &#187; et le &#171; faire &#187;, entre le mot et l'expression en acte de son affect, double-contrainte batesonienne : je dis que je t'aime mais en douce je te fais tuer. Seul l'&#339;il de la reine parle vrai, dit Blanche-Neige : &#171; L'&#339;il qui foudroie, tr&#232;s sarcastique qui, peu maternel, fr&#233;mit et me menace, rit sombrement du ton mielleux de votre langue qu'il m&#233;prise : il parle vrai, lui. &#187;
Seul le prince ose soutenir Blanche-Neige contre la reine qu'il traite de monstre. Il propose &#224; Blanche-Neige de l'emmener au ch&#226;teau et lui offre son &#233;paule. Mais Blanche-Neige n'a aucune ardeur. Elle est plut&#244;t sombre, un peu m&#233;lancolique, mutique, revendiquant le calme de l'amour, le silence&#8230; Ne rien dire&#8230;
C'est &#224; ce moment-l&#224; que le prince, regardant par la fen&#234;tre, aper&#231;oit la reine et son amant en pleine action dans le jardin, comme &#171; un couple de tigres s'accouplant &#187;. &#192; la fois fascin&#233; et r&#233;volt&#233; que la reine se laisse traiter ainsi, le prince en fait la description &#224; Blanche-Neige qui ne veut pas regarder car cela lui donne la naus&#233;e. Cette brute de chasseur manque de respect &#224; la douce reine. Le prince : &#171; Je suis hors de moi. Cette femme !
[&#8230;] Il g&#226;che tout, le gars, la brute ! Ah, quelle douce, douce femme. Que ne puis-je perdre le sens &#224; voir &#231;a. Me voici &#224; bout. &#187;
Et encore : &#171; Malheur &#224; nous, que j'aie vu &#231;a ! &#187;, dit le prince. &#171; Malheur &#224; moi, qui entends &#231;a ! &#187;, dit Blanche-Neige.
L'initiation sexuelle par cette sc&#232;ne primitive est excitante et d&#233;vastatrice. Blanche-Neige souhaite mourir et s'offre &#224; la terre comme neige au soleil. Quant au prince, il regrette de l'avoir sortie du cercueil car l'amour est parti. Blanche-Neige devient image pieuse et blanche, hors d&#233;sir. Le prince court secourir la reine. Il se d&#233;clare oublieux de Blanche-Neige et les sens troubl&#233;s par ce qu'il a vu. Blanche-Neige lui demande alors de &#171; saluer Maman &#187; pour elle, nous faisant ainsi quitter le registre du conte &#224; valeur universelle pour entrer dans une histoire singuli&#232;re d'enfant. &#201;bahissement du prince par le fait que Blanche-Neige le charge d'un message inattendu : il doit en effet dire &#224; la reine que Blanche-Neige lui pardonne !
Blanche-Neige a une id&#233;e pr&#233;cise en t&#234;te : le baisemain de feu que le prince troubl&#233; s'en va faire &#224; la reine devrait r&#233;ussir &#224; arracher &#224; sa m&#232;re la reine le pardon qu'elle attend, le pardon de sa faute &#224; elle, Blanche-Neige. Elle abdique tr&#232;s volontiers son amour pour le prince, et se d&#233;pr&#233;cie, disant que sa m&#232;re est une plus belle fleur pour le prince et parle d'elle-m&#234;me comme &#171; la fleur qui ne peut se montrer &#233;panouie qu'&#224; la solitude &#187;. Elle constate, dans ce mouvement d&#233;pr&#233;ciatif, qu'elle reconna&#238;t bien que le prince est d&#233;loyal, mais que cependant elle ne pleure pas. De plus, elle se dit &#224; elle-m&#234;me qu'elle n'exulterait pas si elle avait la preuve qu'il l'aimait ardemment. La libido est gel&#233;e. Il appara&#238;t tr&#232;s bien que la relation de d&#233;sir de Blanche-Neige au prince est emp&#234;ch&#233;e pour l'instant par l'incertitude du lien maternel. Commence alors, dans le texte, tout un jeu tr&#232;s int&#233;ressant de places psychiques autour du pardon. Blanche-Neige dit au prince : &#171; Amour je lui dois, amour par toi la saluera. Je lui pardonne, dis-le lui. &#187;
Identification &#224; l'agresseur ? Voil&#224; gomm&#233;e la tentative de meurtre de la m&#232;re, qui nie le traumatisme en clivant mais surtout qui emp&#234;che de perdre l'amour maternel. Mais Blanche-Neige, soudain avis&#233;e, se ravise : &#171; Mais non, pardonner, en ce cas, n'est pas ce qui sied &#224; l'enfant. &#187; C'est en effet une position magnanime, de surplomb. Lucide, elle change alors de strat&#233;gie : &#171; Implore &#224; genoux mon pardon &#187; demande-t-elle au prince. &#171; L'amour d'ailleurs t'aura d&#233;j&#224; agenouill&#233; &#187;, ajoute-t-elle. Elle imagine donc que c'est ce courant d'amour du prince pour sa m&#232;re qui est cens&#233; v&#233;hiculer l'amour de sa m&#232;re pour elle sous forme de pardon. C'est sous la forme invers&#233;e d'une faute qu'elle n'a pas commise que Blanche-Neige attend un signe d'amour de sa m&#232;re. Sa m&#232;re a voulu la tuer. Coupable d'&#234;tre trop belle, Blanche-Neige ? Coupable de pousser sa m&#232;re &#224; la haine, &#224; l'incapacit&#233; d'amour ? En tout cas cette position de soumission au pardon, aux allures masochistes, s'ouvre l&#224; sur une passion vivante et excitante qui conduit &#224; ce grand moment : l'arriv&#233;e de la reine, &#171; en personne, la m&#232;re, et seule &#187;, dit Blanche-Neige, la m&#232;re rien que pour elle.
Aussit&#244;t Blanche-Neige se jette &#224; ses pieds, &#224; genoux, et la reine ne comprend pas cette &#233;motion et cette poitrine qui palpite. Blanche-Neige supplie sa m&#232;re d'oublier et de pardonner : &#171; Acquittez-moi de la d&#233;fiance qui vous blesse. Je ne veux qu'aimer, vous aimer &#187;, lui dit-elle...
Dans ce contexte, la main meurtri&#232;re de la m&#232;re est le lieu d'un basculement subtil qui diff&#233;rencie la pens&#233;e de l'acte porteur de la sensation qui lui correspond. Blanche-Neige veut couvrir de baisers cette main dont elle d&#233;sire la pression, soit les caresses. Or cette main ne la touche pas. Voir une menace meurtri&#232;re en cette main est p&#233;ch&#233; caus&#233; par la pens&#233;e, alors que &#171; sentir (ressentir) se figure une chose plus noblement que la pens&#233;e. &#187; Pour Blanche-Neige, la pens&#233;e est comme un verdict, elle d&#233;crit froidement, dit comment sont les faits. Elle est mauvais juge, alors que le &#171; tout ignorant sentiment &#187;, l'affect, est un &#171; doux juge &#187;. &#171; Doux &#187; ou &#171; douce &#187; reviennent une trentaine de fois et &#171; douceur &#187; une dizaine, dans ce texte en qu&#234;te de caresses qui lavent le p&#233;ch&#233;.
Cette partie du texte est comme une torsade qui entrelace ces antagonistes : la pens&#233;e qui d&#233;crit les faits et le sentir qui en est l'affect, le sentiment, la sensation qui ne trompe pas. Sentir pour de vrai que sa m&#232;re ressent quelque chose, pour elle Blanche-Neige, et qu'elle ne se contente pas de rab&#226;cher trois fois les m&#234;mes faits descriptifs sur la tentative de meurtre, allant jusqu'&#224; accuser Blanche-Neige de mentir, de se forger un conte, en se croyant &#234;tre la p&#233;cheresse qui implore le pardon. La meilleure preuve de ces faits en est une fois de plus le conte-t&#233;moin de Grimm qui garantit que &#171; Moi, la reine mauvaise, je t'ai envoy&#233; le chasseur et donn&#233; la pomme &#224; manger. &#187; La reine confirme une &#233;ni&#232;me fois qu'elle a donn&#233; l'ordre de tuer Blanche-Neige et qu'elle n'a pas marchand&#233; ses c&#226;lins et baisers au chasseur, le tueur &#224; qui elle envoya Blanche-Neige comme gibier. La reine se sent raill&#233;e par ce pardon que Blanche-Neige demande, ce qui nie tout son acte meurtrier, ainsi que par sa fille p&#233;cheresse &#224; ses genoux. Cette schize tragique, cette confusion des langues entre le dire et sa mise en acte qui en exprime l'affect, trouve ses points d'accroche dans la main que Blanche-Neige voit douce et bonne, et dans le baiser maternel attendu de la bouche qui suscite les affolements &#233;rotis&#233;s. &#171; D'un baiser du Prince ne dites plus mot, Maman. &#187; Dans sa description froide des faits, la reine venait de rappeler le cercueil et le baiser du prince. Or Blanche-Neige revendique le fait que ses l&#232;vres &#224; elle n'ont &#233;t&#233; profan&#233;es par aucun homme, le prince n'&#233;tant qu'un &#171; petit gar&#231;on [qui] n'a pas de poil au menton. &#187; Blanche-Neige ne peut recevoir le baiser de la bouche de sa m&#232;re qui enflamma l'amant &#224; tuer par ses baisers. Baiser inaccessible de sa m&#232;re, Blanche-Neige ne peut jouir d'aucun baiser. C'est l'impasse. Comment se s&#233;parer de ce qui est brusquement venu &#224; manquer ?
Un amour-passion : la haine
Mais la m&#232;re de Blanche-Neige se veut meurtri&#232;re de mani&#232;re d&#233;lib&#233;r&#233;e. C'est l&#224; un fait incontournable et difficile &#224; contourner, pour lequel Blanche-Neige va devoir inventer une autre solution que sa position masochiste de p&#233;cheresse pour tenter d'acc&#233;der &#224; l'amour qui doit bien &#234;tre quelque part dans sa m&#232;re, mais peut-&#234;tre invisible car trop pr&#233;sent : &#171; L'amour, c'est vrai n'a pas de bornes, s'il ne sait pas parler, c'est qu'il est tout immerg&#233; dans votre &#234;tre. &#187;
Blanche-Neige va alors risquer le tout psychique et prendre autrement la voie du d&#233;ni pour acc&#233;der &#224; sa m&#232;re : &#171; Non, vous n'&#234;tes pas p&#233;cheresse. O&#249; en auriez-vous pris le go&#251;t ? Et moi pas plus que vous. Jamais nous ne f&#251;mes tach&#233;es de honte. Purs nos regards sur le ciel pur, doux nos actes, tels qu'ici m&#234;me. Un jour nous nous f&#238;mes du mal. Mais voil&#224; si longtemps d&#233;j&#224; ; on ne sait plus. Pour moi ouvrez, je vous en prie, ces l&#232;vres ch&#232;res ; contez-moi une chose gaie. &#187;
Blanche-Neige ne dit-elle pas : &#171; Vous et moi, nous sommes formidables, nous sommes faites pour aller ensemble, laissez vos l&#232;vres me dire les mots d'amour enfouis en vous &#187; ? Lorsque la reine r&#233;it&#232;re les faits meurtriers, Blanche-Neige joue sa derni&#232;re cartouche en s'adressant &#224; la reine dans son langage : &#171; Ha&#239;ssez-moi, je n'aimerai que plus enfantinement, pour le seul amour de la ferveur, et sans nulle raison sinon que l'amour est doux, d&#233;licieux &#224; qui tout simplement le porte. &#187; Blanche-Neige touche la reine en son point exquis en lui signifiant qu'elle accepte sa haine en &#233;change de son amour &#224; elle, Blanche-Neige, la &#171; haine &#187;, le seul mot que prononce la reine, dont l'affect se confirme en acte, f&#251;t-il meurtrier, le seul mot vrai.
L'enfant-th&#233;rapeute r&#233;ussit enfin &#224; susciter chez sa m&#232;re un cri du c&#339;ur : La reine : &#171; Je me hais moi bien plus que toi. Je t'ai ha&#239;e jadis, j'enviais ta beaut&#233;, j'en voulais au monde entier qui te louait hautement, t'offrait ses hommages, et n'avait, pour moi, la Reine, que regards torves. Oh, voil&#224; qui irrita mon sang, voil&#224; qui le fit tigre. &#187;
Ce serait donc cette envie d&#233;vorante de la toute nouvelle beaut&#233; de Blanche-Neige qui p&#233;trifia la reine, lui enleva toutes sensations, et fit qu'elle ne vit plus par ses yeux, n'&#233;couta plus par ses oreilles. &#171; Une haine sans fond vint &#224; ou&#239;r, voir, manger, r&#234;ver, dormir pour moi. &#187; La reine fut sid&#233;r&#233;e par son envie et sa jalousie de la beaut&#233; de Blanche-Neige. La tendresse pour Blanche-Neige disparut d'un coup avec la fin de l'enfance et le surgissement de la beaut&#233; accompagn&#233;e des hommages qu'elle inspire. Cette perte soudaine de la tendresse maternelle fit cassure traumatique pour Blanche-Neige. La crise paroxystique pass&#233;e, baign&#233;e de ces sensations et sentiments retrouv&#233;s, la reine redevient sens&#233;e et redonna le prince &#224; Blanche-Neige : &#171; Dis-lui qu'il est ton tr&#233;sor [&#8230;] je l'aime bien. &#187;
Serait-ce la r&#233;solution heureuse attendue ? Non, pas encore, le traumatisme a la peau dure, il lui faut sa r&#233;p&#233;tition pour s'user. Et donc, la reine, apr&#232;s cette accalmie, &#233;prouve perfidement l'amour du prince en faisant venir le chasseur pour rejouer encore la sc&#232;ne du meurtre avec Blanche-Neige. La reconstitution du crime est plus vraie que nature avec le chasseur mena&#231;ant Blanche-Neige menac&#233;e. C'est le prince qui arr&#234;te la dague lev&#233;e &#224; temps ! Que serait-il arriv&#233;, car la reine n'a pas boug&#233; pour interrompre le geste. Lorsque Blanche-Neige r&#233;agit en supposant de mani&#232;re provocatrice que le chasseur n'aurait pas tu&#233; car il avait au fond de lui la &#171; douceur &#187; que la reine n'a pas, la rage meurtri&#232;re de la reine et son d&#233;lire pers&#233;cutif se d&#233;clenchent &#224; nouveau : Blanche-Neige : &#171; Es-tu la mort, &#244;, homme dur ? Je n'en crois rien ; tes yeux sont bons, la douceur loge en tes sourcils. [&#8230;] Je le vois, la piti&#233; te fait baisser ton arme. Oh merci ! Si la reine sentait de m&#234;me ! &#187;
La reine : &#171; T'oublies-tu, que tu parles vrai ? H&#233; bien chasseur, sors de ce r&#244;le peu fait pour l'homme que tu es. [&#8230;] Tue-la, et rapporte ici son c&#339;ur perfide. &#187;
L'&#233;vocation de la &#171; douceur &#187; fait exploser la reine qui crache son poison : Blanche-Neige devient &#171; la maligne garce dont, tout l'apr&#232;s midi durant, les insinuations [lui] ont fait peur &#187; et elle exhorte le chasseur &#224; la tuer. Puis elle se calme apr&#232;s la remise en sc&#232;ne du meurtre qu'elle appelle &#171; un jeu &#187;, sans se laisser &#233;mouvoir par le prince qui ose la traiter de serpent. Elle nomme Blanche-Neige &#171; enfant de mon c&#339;ur &#187;, avec la permission du prince qu'elle vient, avec perversit&#233;, de mettre &#224; l'&#233;preuve.
C'est alors Blanche-Neige qui replonge dans la d&#233;pression m&#233;lancolique. Elle se sent poursuivie par la haine maternelle qui est du &#171; noir qui colle &#224; [son] c&#339;ur et qui &#233;touffe dans [son] &#226;me tout son de joie. &#187; Regret de son cercueil. Le sentiment qui l'afflige est qu'elle g&#234;ne la reine, qu'elle l'&#233;puise.
Blanche-Neige &#233;prouve &#224; nouveau le retrait brutal de l'amour de sa m&#232;re. Un jour, elle a senti que les yeux maternels ne la voyaient plus avec tendresse mais avec hostilit&#233;. Qu'avait-elle fait ? De quoi &#233;tait-elle coupable ? En devenant belle, ce qui lui &#233;chappait, elle avait perdu son image refl&#233;t&#233;e avec tendresse par les yeux de sa m&#232;re. La rupture narcissique se situerait &#224; ce moment-l&#224;. Elle se situerait l&#224; aussi pour sa m&#232;re, dans le choc provoqu&#233; par le changement d'image de sa fille &#224; la beaut&#233; enclose et qui soudain devint &#233;trang&#232;re, et rivale dans sa splendeur. C'est son propre &#233;clatement narcissique que la reine chercherait &#224; rassembler dans ce miroir qui ne garantit plus la supr&#233;matie de sa beaut&#233;, dans ce seul miroir pour deux qui renvoie soudain deux images distinctes, deux beaut&#233;s diff&#233;rentes et tra&#238;treusement comparables. &#171; Si j'&#233;tais chez mes nains, tranquille, l&#224;-bas je ne g&#234;nerais plus &#187;, dit Blanche-Neige. La reine, douce &#224; nouveau, proteste : mais non, mais non, et lui fait raconter les nains. Et l'enfance id&#233;alis&#233;e de Blanche-Neige surgit : &#171; Ils m'&#233;taient bons comme des fr&#232;res. &#187; Pas de douleur. C'&#233;tait le &#171; royaume des r&#234;ves remplis de couleurs. [&#8230;] Aux doux propos, les l&#232;vres ne manquaient pas de faire &#233;cho. &#187; Elle retrouvait l&#224;-bas la douceur perdue de sa m&#232;re. C'est la reine maintenant qui fait la th&#233;rapeute : &#171; Il n'y avait donc point de haine chez tes nains ? Mais l'amour, peut-&#234;tre l'ignoraient-ils aussi. La haine, tu le sais, se nourrit d'amour, et l'amour, comme tu sais, aime d'amour la froide, l'&#226;pre haine. &#187;
Question difficile car ces sentiments oppos&#233;s que sont la haine et l'amour restent s&#233;par&#233;s pour Blanche-Neige. Le paradis chez elle &#233;tait li&#233; au fait que les choses &#233;taient univoques. Elle &#233;tait chez les nains dans une all&#233;gresse sans trouble. La haine ne g&#226;tait pas l'amour alors que dans le monde de sa m&#232;re, elle est perdue car elle sent l'amour par la haine.
Blanche-Neige revient alors &#224; la sc&#232;ne du meurtre manqu&#233; dans la for&#234;t, point de rep&#232;re d'un sentiment vrai chez sa m&#232;re : &#171; Baisant, cajolant le chasseur, vous l'excitiez, et c'est au meurtre qu'il y a peu vous le piquiez. [&#8230;] et puis vous nommez &#231;a un jeu [&#8230;] un jeu inou&#239;, o&#249; je suis sans d&#233;fense &#187;, et Blanche-Neige de regretter encore son cercueil, lieu o&#249; toute vie psychique est immobilis&#233;e, dans l'inertie. Blanche-Neige revient aux causes de la catastrophe ; ses maux sont venus de sa m&#232;re : elle roulait &#171; de grands yeux &#187;. L'on peut imaginer que les yeux de sa m&#232;re, choqu&#233;s par la nouvelle image de sa fille qui la rend folle, sont apparus comme des monstres &#224; Blanche-Neige. Sa m&#232;re est devenue monstrueuse et terrifiante &#224; voir. Cause de la laideur de sa m&#232;re la beaut&#233; de Blanche-Neige ? L'effet de sa propre beaut&#233; sur sa m&#232;re l'a terrifi&#233;e. Tous les rep&#232;res sensoriels se sont brouill&#233;s. Retournements
Le monde de Blanche-Neige a bascul&#233;, et comme elle le dit elle-m&#234;me : &#171; Non, la m&#232;re n'est pas la m&#232;re. Le monde n'est point le doux monde. L'amour est muet soup&#231;on, haine. &#187; Et l&#224;, la reine se remet &#224; d&#233;lirer. Une col&#232;re terrible sur le mode de : &#171; On te loue, innocente, on me dit mauvaise, car d'amour j'ai nourri le meurtre, l'enflammant de baisers fielleux &#187;, et foin de la honte, elle appelle le chasseur pour louer ses qualit&#233;s. Blanche-Neige se rend compte qu'elle a touch&#233; la plaie empoisonn&#233;e de sa m&#232;re en &#233;voquant le fait que sa m&#232;re a nourri le meurtre de ses baisers. La reine ne le supporte pas et appelle le chasseur pour qu'il dise &#224; sa fille qu'elle l'aime ET qu'elle la hait. Voil&#224; du nouveau un peu difficile pour Blanche-Neige que cette concomitance de sentiments aussi oppos&#233;s. La reine demande au chasseur de sortir son poignard et se ravise, lui demandant &#224; la place de consoler Blanche-Neige, et de ramener le calme d'avant.
C'est au tour du chasseur de jouer bizarrement les th&#233;rapeutes. Sa question &#224; Blanche-Neige est : &#171; Tu crois que je voulais te tuer ? &#187; Dans son besoin d'univocit&#233;, Blanche-Neige, affol&#233;e, prend une d&#233;cision : elle dira &#171; oui &#187; &#224; tout ce que le chasseur lui dit, car le non l'&#233;puise, et le &#171; Dire oui fait tant de bien, est si infiniment doux. &#187; C'est alors que le chasseur l'entra&#238;ne dans les d&#233;fil&#233;s qui parcourent tout le chemin du mensonge au d&#233;ni.
Il est faux que la reine l'ait pouss&#233; &#224; tuer, le conte lui-m&#234;me (le t&#233;moin-v&#233;rit&#233;) ment. C'est mensonge que la reine en vip&#232;re ha&#239;sse Blanche-Neige. La reine est belle, que Blanche-Neige le dise. &#192; cet instant, Blanche-Neige saisit tout soudain l'occasion de louer sa m&#232;re id&#233;ale et se lance dans une tirade sur sa beaut&#233; merveilleuse qui a la douceur des beaux r&#234;ves ; comment peut-elle donc envier Blanche-Neige gel&#233;e et froide ? Comment sa m&#232;re si belle peut-elle ha&#239;r l'image-s&#339;ur suppliante &#224; ses pieds ? Le chasseur n'a jamais eu le c&#339;ur de la tuer en vrai. Et puis la pomme et le poison, c'est un mensonge empoisonn&#233;. C'est dans ce contexte de folie et de mensonge que Blanche-Neige questionne le silence de la reine qui a assist&#233; &#224; ce dialogue : &#171; D'o&#249; vient que la Reine se tait ? &#187;.
Le chasseur : &#171; Elle songe au chagrin perdu, &#224; l'erreur qui vous jeta dans le feu de la mauvaise querelle, et pleure le malentendu. &#187;
Et il enjoint Blanche-Neige d'aller l'embrasser. Elle s'ex&#233;cute, en disant ceci &#224; la reine : &#171; Pardon, je veux, par mes baisers, priver de vie cette p&#226;leur. Qu'ils boivent toute la fun&#232;bre couleur qui d&#233;figure vos attraits. &#187; &#201;trangement, le chasseur vient de r&#233;ussir l&#224; r&#233;conciliation impossible, Blanche-Neige redonnant &#224; sa m&#232;re de cette beaut&#233; qu'elle lui a, sans le vouloir ni le savoir, d&#233;rob&#233;e. Comment s'est op&#233;r&#233;e cette retrouvaille ? Par cette travers&#233;e affolante et perverse au pays du mensonge et de la v&#233;rit&#233; qui a paru brouiller tous les rep&#232;res et qui, pour finir, semble avoir aid&#233; &#224; les retrouver. En effet, la crise est r&#233;solue, le roi arrive avec sa cour. La requ&#234;te de Blanche-Neige est la suivante : &#171; P&#232;re tr&#232;s bon, imprimez, sur la querelle jamais &#233;teinte entre deux c&#339;urs trop br&#251;lants, votre noble sceau. &#187; Le roi se trouve donc investi du pouvoir d'inscrire symboliquement ces r&#233;ajustements psychiques que la reine &#233;nonce comme une victoire de l'amour, la haine s'&#233;tant perdue devant tant d'amour. Elle explique au roi que : &#171; La querelle qui fut n'est plus. L'amour sut vaincre, ici ; la haine devant tant d'amour s'est perdue. J'ai ha&#239;, mais c'&#233;tait pur jeu, impulsion, qu'on prit au s&#233;rieux, vague menace d'un caprice. &#187;
Comme tout &#224; l'air simple maintenant ! La reine sortie de son d&#233;lire pers&#233;cutif exprime le motif psychique de ses extravagances : son &#171; envie bless&#233;e &#187;, dont Blanche-Neige fut t&#233;moin : &#171; L'envie bless&#233;e crut un instant devoir ha&#239;r. Ah, voil&#224; qui m'a fait mal, &#224; moi plus qu'aux autres. Blanche-Neige m'en est t&#233;moin. &#187;
Blanche-Neige r&#233;pond imm&#233;diatement que le p&#233;ch&#233; a fui, qu'elle peut maintenant accepter de susciter l'amour du prince et exprime pour la premi&#232;re fois, enfin, qu'elle a acc&#232;s &#224; la contradiction, &#224; des pens&#233;es contradictoires, qui donc int&#232;grent la haine et l'amour : &#171; Bien trop sauvage est mon d&#233;sir, trop imp&#233;tueuse m'emplit la joie haute, contradictoire &#187;, ce &#224; quoi la reine, s'empresse de faire &#233;cho : &#171; Quel doux parler, gracieuse enfant ! &#187;
Je me suis laiss&#233;e ballotter par tous les mouvements au parfum pervers de cette dramolette qui fr&#244;le le tragique, mouvements pris dans les rages et orages des c&#339;urs br&#251;lants agriff&#233;s qui relient ici m&#232;re et fille. Les sensations communiqu&#233;es sont fortes si l'on se laisse tour &#224; tour faire et d&#233;faire par l'amour, la haine, la v&#233;rit&#233;, le mensonge, l'affolement des sens et de la raison, la violence du pulsionnel, sombrer dans le gouffre d&#233;pressif narcissique aux confins de la mort, &#234;tre d&#233;s&#233;quilibr&#233; par l'insupportable du d&#233;ni, &#234;tre perdu dans l'aveu et le d&#233;saveu, &#233;prouver l'amour d&#233;sesp&#233;r&#233; qui pousse &#224; l'avilissement, &#224; la d&#233;pr&#233;ciation &#233;rotis&#233;e de soi qui pousse &#224; s'avilir encore et encore, position aux allures masochistes destructrices qui cherche en vain un soubassement psychique &#224; ce retrait de l'amour maternel qui s'annonce comme une chute sans fond que guette la d&#233;pression m&#233;lancolique. En commen&#231;ant son po&#232;me avec une Blanche-Neige sortie de son cercueil de verre gr&#226;ce au d&#233;sir amoureux du prince, Robert Walser nous ouvre la bo&#238;te de Pandore de ce lien m&#232;re-fille particulier dont il nous montre les rouages psychiques qu'il nous pla&#238;t tellement de croire disparus, par la magie de la merveilleuse l&#233;thargie, dans le conte traditionnel.
Le point d'arr&#234;t du conte r&#233;&#233;crit par Robert Walser est &#233;tonnant en ce qu'il r&#233;ussit &#224; r&#233;tablir la relation m&#232;re-fille par le moyen de l'int&#233;gration psychique de la contradiction pour Blanche-Neige : amour et haine peuvent co-exister, sans provoquer l'inertie psychique, sans que ce soit la mort. Cette m&#233;taphore du contradictoire ouvre le psychisme qui redistribue ses cartes autrement et redonne acc&#232;s au d&#233;sir. C'est de cette alt&#233;rit&#233; nouvelle que Blanche-Neige s'adresse &#224; sa m&#232;re pour lui dire un &#171; pardon &#187; juste et lui enlever, par ce baiser redevenu enfin possible, la &#171; fun&#232;bre couleur qui d&#233;figure [ses] attraits &#187;, jolie formule qui redonne &#224; la reine ce qu'elle n'aurait pas d&#251; perdre : sa beaut&#233; &#224; elle, dans son &#226;ge, et non pas celle fra&#238;chement &#233;close de Blanche-Neige qui ne lui appartient pas. On pourrait dire que Blanche-Neige, comme beaucoup &#171; d'enfants th&#233;rapeutes &#187; qui ont besoin de soigner d'abord leur parent pour pouvoir avancer, a r&#233;ussi, au prix de la souffrance traumatique que ne manque pas de causer chez un enfant le retrait de l'investissement libidinal de sa m&#232;re, &#224; ranimer le sentiment d'amour gel&#233; &#224; son endroit, &#224; la renarcissiser. Elle y est parvenue en int&#233;riorisant la contradiction qui passe dans le po&#232;me par une travers&#233;e du mensonge, ce qui fait recommuniquer les deux parties cliv&#233;es du traumatisme. En d'autres termes, par rapport &#224; la m&#232;re-mar&#226;tre-m&#233;chante-sorci&#232;re empoisonneuse du film qui nous a tous terrifi&#233;s vers nos quatre ans, l'on pourrait dire que dans son conte en po&#232;me, Robert Walser conduit Blanche-Neige &#224; int&#233;grer la m&#232;re de l'attachement et celle du pulsionnel, m&#232;re sorci&#232;re kleinienne difficile &#224; dompter dans notre monde interne. Les mots &#171; doux &#187;, &#171; douceur &#187;, points nodaux du texte, r&#233;v&#232;lent leur fonction de &#171; signifiant &#187; : ce serait autour de la perte de cette m&#232;re douce id&#233;alis&#233;e de l'enfance que s'articule la dramolette de Robert Walser, la m&#232;re douce chant&#233;e par maints po&#232;tes dont Tolsto&#239; qui exprime dans Anna Karenine que &#171; l'&#233;pouse c'est pour le bon conseil, la belle-m&#232;re c'est pour le bon accueil, mais rien ne vaut une douce maman. &#187; L'&#233;tranger Et le prince ? Tout serait bien pour finir et Blanche-Neige devenue elle-m&#234;me &#233;pouserait le prince et &#171; ils v&#233;curent heureux et&#8230; &#187; Ce n'est pas si simple l&#224; encore car Robert Walser qui cr&#233;e le personnage du prince lui fait suivre un autre trajet int&#233;rieur. D&#233;&#231;u par Blanche-Neige qui, une fois qu'il l'a sortie du cercueil de verre se r&#233;v&#232;le froide et sans amour pour lui, il invective la reine empoisonneuse : &#171; monstre &#187; qui le lui rend bien : &#171; &#233;tranger bigarr&#233; de tache &#187;. Pas de place pour &#171; l'&#233;tranger &#187;, pas de place pour l'alliance. Voulant &#233;pouser la belle princesse, il se retrouve en &#233;tranger, stigmatis&#233; par une m&#232;re/belle-m&#232;re dominatrice, qu'il n'avait pas imagin&#233;e. Il d&#233;code, en enfant, la sc&#232;ne d'accouplement sauvage de la reine et du chasseur comme une agression dont l'excitation le conduit &#224; d&#233;clarer son amour &#224; la reine qui le refuse, au nom de sa juv&#233;nilit&#233; et de son inconstance envers Blanche-Neige. Son amour pour Blanche-Neige mis &#224; l'&#233;preuve par la reine avec la sc&#232;ne de la dague, dont il arr&#234;te le bras in extremis, lui vaut d'&#234;tre trait&#233; de &#171; prince-levraut &#187; en retour. Sa confiance s'&#233;gare devant le malin plaisir qu'elle affiche &#224; se jouer de tous. Lorsqu'il d&#233;nonce les d&#233;sirs coupables du chasseur au roi, dans l'espoir d'arr&#234;ter la folie perverse et de r&#233;tablir la v&#233;rit&#233;, il n'en ressort rien d'efficace. De plus, Blanche-Neige demande au prince d'oublier le p&#233;ch&#233; au nom de l'adoration qu'il a lui-m&#234;me &#233;prouv&#233;e pour la reine, mais il n'en est pas encore &#224; pouvoir reconna&#238;tre le myst&#232;re de son propre d&#233;sir. Le roi, arriv&#233; &#224; point nomm&#233; pour inscrire symboliquement, &#224; ce qu'il en para&#238;t, les places de chacun, enjoint le prince &#224; ne pas rester &#233;tranger &#224; la joie de tous. Le prince se d&#233;clare &#171; non f&#226;ch&#233; mais non r&#233;concili&#233; &#187; et c'est bloqu&#233; au milieu du paradoxe qu'&#171; il prend l&#226;chement la fuite &#187;, aux dires de la reine. Blanche-Neige qui craque maintenant pour lui, demande au chasseur de le ramener. Mais comment imaginer qu'il revienne ? Contrairement aux mouvements psychiques qui vont conduire Blanche-Neige &#224; int&#233;grer la coexistence de sentiments oppos&#233;s pour sortir de la crise singuli&#232;re o&#249; elle se trouve avec sa m&#232;re, le prince de Robert Walser, dans la m&#233;connaissance de l'ambivalence de son d&#233;sir, reste bloqu&#233; entre les deux contraires : &#171; non f&#226;ch&#233; mais non r&#233;concili&#233; &#187; qui, dans l'inertie de la pens&#233;e, ne lui laisse d'autre alternative que la fuite.
Fantasmes La sc&#232;ne du meurtre dans la for&#234;t que Robert Walser fait rejouer au palais devant le prince, et qui &#233;voqu&#233;e r&#233;p&#233;titivement sert de toile de fond &#224; la dramolette, n'a sans doute pas pour seule vocation de montrer au prince les &#233;pisodes qu'il a manqu&#233;s de l'histoire pass&#233;e de sa fianc&#233;e. Lieu d'une grande jouissance, elle se nourrit de l'excitation sensuelle et sexuelle de la reine et du chasseur, autour de l'enfant Blanche-Neige. Cette grande sc&#232;ne &#233;rotis&#233;e, que se pla&#238;t &#224; faire rejouer Robert Walser, &#233;voque l'immolation d'un enfant, tel Isaac sous le poignard paternel, de deux enfants : ceux de M&#233;d&#233;e pouss&#233;e au meurtre par son amour trahi. Elle &#233;voque aussi Un enfant est battu et les fantasmes sadiques incestueux retourn&#233;s en masochisme autour d'une culpabilit&#233; refoul&#233;e : je suis battu, donc je suis aim&#233; par le p&#232;re. &#192; ce propos, je me suis aper&#231;ue que Robert Walser &#233;voque pr&#233;cis&#233;ment une telle sc&#232;ne dans une page de son roman Les enfants Tanner (p. 124) : &#171; Un certain Bill [&#8230;] arrivait toujours en retard &#224; l'&#233;cole parce que ses parents habitaient loin [&#8230;]. Le retardataire devait chaque fois expier son retard en tendant la main pour y recevoir un coup sec donn&#233; par une canne de bambou. La douleur pareille &#224; celle d'une morsure faisait jaillir les larmes dans les yeux du petit gar&#231;on. Quelle excitation provoquait en nous l'attente de cette punition ! &#187; C'est cette posture d'amour masochiste qui se montrait d&#233;j&#224; dans les singularit&#233;s du lien m&#232;re-fille entre Blanche-Neige et la reine &#233;voqu&#233;s plus haut, dans le but de ressentir l'amour de la m&#232;re et qui entra&#238;ne une d&#233;pr&#233;ciation de soi. Demander d'abord le pardon de la reine aurait &#233;t&#233; une mani&#232;re d&#233;fensive de demander &#224; &#234;tre pardonn&#233;e pour une faute non commise en conscience mais pour quelque chose d'indicible qui a bless&#233; puisque l'amour maternel s'est retir&#233;. L'&#233;closion de la beaut&#233; de Blanche-Neige, &#171; sable en l'&#339;il de la reine &#187;, dit avec &#233;loquence le po&#232;me, fait d'une rivalit&#233; somme toute n&#233;cessaire &#224; un psychisme en construction une faute grave qui blesse le narcissisme d'un parent, l'immobilisant dans l'envie et la jalousie. Ici, la d&#233;pr&#233;ciation de soi serait li&#233;e &#224; une culpabilit&#233; confuse de d&#233;passer, transgresser, avoir acc&#232;s &#224; des choses qui bloquent chez l'un des parents. Pour garder cet &#171; en plus &#187;, il n'y a rien de tel que de faire profil bas, tr&#232;s bas, aussi bas qu'on le voudrait haut si on pouvait l'oser, ce par quoi avait commenc&#233; Blanche-Neige : pardonner &#224; la reine. Ne s'agit-il pas de choses analogues lorsqu'un parent, un fr&#232;re, une s&#339;ur se trouvent en grave souffrance psychique ou physique et que les identifications sont entach&#233;es de ces emp&#234;chements ? En me plongeant plus avant dans l'&#339;uvre de Robert Walser, j'ai retrouv&#233; tr&#232;s pr&#233;sent ce th&#232;me de la d&#233;pr&#233;ciation. Simon, dans Les enfants Tanner, dit &#224; Clara, la femme qu'il aime (p. 89) : &#171; Je suis n&#233; pour &#234;tre un cadeau, j'ai toujours appartenu &#224; quelqu'un. J'&#233;tais malheureux quand il m'arrivait d'errer toute une journ&#233;e sans avoir trouv&#233; quelqu'un &#224; qui m'offrir. Maintenant c'est &#224; toi que j'appartiens tout en sachant que tu fais peu de cas de moi. Tu es oblig&#233;e de faire peu de cas de moi, les cadeaux sont g&#233;n&#233;ralement m&#233;pris&#233;s. &#187; Mais ce Simon dit aussi : &#171; Je t'appartiendrai longtemps encore apr&#232;s que tu ne seras plus rien du tout, pas m&#234;me un grain de poussi&#232;re ; car le cadeau dure toujours plus longtemps que celui qui le re&#231;oit, c'est afin que le cadeau puisse porter le deuil de son possesseur. &#187; Dans un autre chapitre, le narrateur d&#233;crit sa m&#232;re comme suit (p. 128) : &#171; Quand par exemple nous &#233;tions tous &#224; table, mangeant en silence comme nous en avions tous l'habitude, elle prenait brusquement une fourchette ou un couteau qu'elle lan&#231;ait &#224; travers la salle de sorte que nous rentrions tous la t&#234;te pour l'&#233;viter. Si on voulait alors la calmer, elle s'irritait et bien plus encore si on lui faisait des reproches. Notre p&#232;re avait fort &#224; faire avec la malade. Quant &#224; nous, les enfants, nous nous souvenions avec tristesse du temps o&#249; c'&#233;tait une femme dont l'abord &#233;tait de tendresse et de respect pour les autres, si bien que lorsqu'on l'entendait vous appeler de sa voix claire, on se sentait heureux de courir aupr&#232;s d'elle. [&#8230;] Ces temps envol&#233;s me paraissaient d&#232;s ce moment faire partie d'un conte merveilleux. &#187; Je pourrais m'arr&#234;ter-l&#224;, sur cette dramolette qui a suscit&#233; de toute &#233;vidence ma r&#233;ponse transf&#233;rentielle, en r&#233;ponse &#224; celle du po&#232;te qui l'a pouss&#233; &#224; d&#233;plier f&#233;rocement et savamment ce point de but&#233;e psychique du conte de Blanche-Neige. Schizes et effondrements J'&#233;tais partie de la supposition que, &#233;crit par un homme, ce po&#232;me sur Blanche-Neige apporterait sans doute un point de vue fantasmatique particulier sur le conte. En fait, ce n'est pas seulement un point de vue de gar&#231;on que Robert Walser exprime avec le fantasme de &#171; l'enfant battu &#187; adress&#233; au p&#232;re, ou avec la soumission &#233;rotis&#233;e &#224; une m&#232;re toute puissante, ou avec l'initiation d'un jeune homme &#224; la sexualit&#233;. Ceci reste somme toute, assez rep&#233;rable et ordinaire. Par contre, il est plus original de voir l'&#233;criture du po&#232;me se mobiliser avec acharnement, par le biais de la dialectique du pardon, autour des effets destructeurs caus&#233;s par le retournement subit, en rejet, de l'amour intense de la m&#232;re. Il n'est qu'&#224; se souvenir combien, dans le vrai conte, la reine voulait cette belle petite fille : blanche comme neige, aux cheveux d'&#233;b&#232;ne et &#224; la bouche rouge sang. Les effets inconscients de ce brusque retrait affectif chez un enfant ont &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;s par Searles avec ses patients schizophr&#232;nes, lorsqu'il s'est aper&#231;u que lorsque &#171; l'attitude aimante de la m&#232;re est remplac&#233;e par le retrait affectif, l'enfant se trouve alors rempli d'amour sans avoir l'objet sur quoi s'&#233;pancher &#187;. N'est-ce pas l&#224; une autre mani&#232;re de d&#233;finir l'enfant-cadeau en mal de receveur ? Cependant, sans aller jusqu'&#224; la schizophr&#233;nie, on peut reconna&#238;tre plus habituellement, dans ce sentiment de d&#233;pr&#233;ciation qui n'est pas du masochisme &#224; proprement parler, l'expression d'un manque de confiance en soi, d'une difficult&#233; &#224; se sentir aim&#233; et &#224; &#233;prouver que l'on compte pour d'autres. Ce sentiment d&#233;pr&#233;ciatif &#233;voquerait un emp&#234;chement maternel ou paternel &#224; investir ou &#224; soutenir narcissiquement son enfant, pour des raisons inconscientes singuli&#232;res parmi lesquelles le deuil, la d&#233;pression, la m&#233;lancolie, une faille narcissique, transmise &#233;ventuellement par les ascendants. Mais une &#339;uvre litt&#233;raire n'est-elle pas faite de l'&#233;toffe dont les mots - nos mots- sont faits, c'est-&#224;-dire de strates psychiques infinies auxquelles l'&#233;crivain a acc&#232;s dans sa cr&#233;ation et qui donne &#224; l'&#339;uvre son c&#244;t&#233; universel o&#249; le lecteur aime &#224; se mirer et &#224; se projeter &#224; l'envi ? Freud ne fut-il pas le premier &#224; s'&#233;merveiller de ce que la litt&#233;rature recel&#226;t autant de tr&#233;sors psychanalytiques ? Comme beaucoup d'&#233;crivains, Robert Walser a le g&#233;nie de faire surgir sous sa plume des personnages in&#233;dits aux mouvements psychiques surprenants. Mais si l'on est curieux de la vie de Robert Walser, l'on d&#233;couvre qu'il se trouva pris dans des drames psychiques bien particuliers : le septi&#232;me de huit enfants, il subit la grave faillite &#233;conomique de son p&#232;re, la d&#233;pression s&#233;v&#232;re de sa m&#232;re, le suicide de l'un de ses fr&#232;res. &#192; cinquante et un ans, il fut hospitalis&#233; &#224; l'asile une premi&#232;re fois pendant trois ans dans son pays, en Suisse, puis transf&#233;r&#233; &#224; un autre asile psychiatrique contre son gr&#233;, pour cause de schizophr&#233;nie, jusqu'&#224; sa mort, vingt-trois ans plus tard. Il mourra &#224; soixante dix-huit ans lors d'une promenade solitaire dans la neige... D&#232;s lors, cet &#233;crit prend une force suppl&#233;mentaire si l'on y entend en &#233;cho les drames int&#233;rieurs de Robert Walser. Sans tomber dans la psychobiographie qui n'est pas notre propos, n'est-il pas, pour le moins, tr&#232;s &#233;mouvant de penser que cette connaissance subtile des effets destructeurs que cause le d&#233;sinvestissement d'amour dans lequel il nous entra&#238;ne le temps d'un po&#232;me, font partie, au-del&#224; de son talent d'&#233;crivain salu&#233; &#224; l'&#233;poque par Kafka, Musil et Benjamin, d'une subtile sensibilit&#233; aux schizes et ruptures psychiques douloureuses qui le travers&#232;rent et finirent par l'habiter ? L'on ne peut qu'&#234;tre admiratif et profond&#233;ment touch&#233; par la complexit&#233; raffin&#233;e avec laquelle il &#233;labore, dans sa cr&#233;ation po&#233;tique, les modalit&#233;s fictionnelles qui tentent la re-communication vitale de deux psychismes qui se sont tragiquement perdus de vue dans un miroir&#8230; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt; &lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Bibliographie&lt;/strong&gt; &lt;/strong&gt; :
&lt;br /&gt; Robert Walser, Blanche-Neige, ed. Jos&#233; Corti, 1987, &#233;dition bilingue, traduction par Hans Hartje et Claude Mouchard.
&lt;br /&gt; Robert Walser, Les enfants Tanner, ed Gallimard, collect. Folio, 1985, traduit par Jean Launay.
&lt;br /&gt; Robert Walser, F&#233;lix, ed. Mini Zo&#233;, 1989, traduit par Wilfred Schiltknecht.
&lt;br /&gt; Robert Walser, Vie de po&#232;te, ed. Zo&#233;, 2006, par Marion Graf.
&lt;br /&gt; Robert Walser, L'institut Benjamenta, ed Gallimard, coll. L'Imaginaire, 1993, traduit de l'Allemand par Marthe Robert.
&lt;br /&gt; Robert Walser, Retour dans la neige, proses br&#232;ves, ed Zo&#233;, 1999, traduit par Golnaz Houdichar.
&lt;br /&gt; Sigmund Freud, &#171; Un enfant est battu &#187;, in N&#233;vrose, Psychose et Perversion, PUF, 1985, traduit sous la direction de Jean Laplanche.
&lt;br /&gt; Harold Searles, &#171; Les sentiments positifs dans la relation entre le schizophr&#232;ne et sa m&#232;re &#187;, in L'effort pour rendre l'autre fou, Gallimard, 1977, traduit par Brigitte Bost.&lt;/div&gt;
		
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		<title>Entre la grand'Messe et le Slam. </title>
		<link>http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/Michelle-BOURAUX-HARTEMANN-Entre.html</link>
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		<dc:date>2010-03-12T21:34:01Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Michelle Bouraux Hartemann</dc:creator>

<category domain="http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/-Textes-.html">Textes</category>


		<description>Devant l'&#233;nonc&#233;, je dois dire que j'ai eu des perplexit&#233;s. Et je me suis tir&#233;e d'affaires en reprenant un peu d'histoire parce que fallait-il s'occuper de l'objet du d&#233;sir, du d&#233;sir d'objet, du d&#233;sirant du d&#233;sir ou du d&#233;sir mais de qui&#8230; ? &lt;br /&gt;J'ai adopt&#233; une m&#233;thode et me suis sentie beaucoup mieux avec une m&#233;taphore : celle du fruit et j'ai us&#233; des associations d'id&#233;es comme les surr&#233;alistes en ont profit&#233; : Et ! &#192; moi ! la d&#233;esse de la f&#233;condit&#233; ! (Allez la voir &#224; Eph&#232;se&#8230; les Grecs chez les Turcs &#8230;). &lt;br /&gt;La (...)


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&lt;span style=&quot;color: lightgrey; font-weight: bold; text-decoration: underline;&quot;&gt;1&lt;/span&gt; &lt;a href=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/index.php?page=backend&amp;id_rubrique=7&amp;artpage=2-11&quot; title=&quot;Page 2 : *****&quot;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/index.php?page=backend&amp;id_rubrique=7&amp;artpage=3-11&quot; title=&quot;Page 3 : Faisons un peu d&amp;#39;histoire. A la suite de Masson, qui a (...)&quot;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/index.php?page=backend&amp;id_rubrique=7&amp;artpage=4-11&quot; title=&quot;Page 4 : *****&quot;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/index.php?page=backend&amp;id_rubrique=7&amp;artpage=5-11&quot; title=&quot;Page 5 : Car, dans ce fameux conflit entre psychoth&#233;rapeutes et (...)&quot;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/index.php?page=backend&amp;id_rubrique=7&amp;artpage=6-11&quot; title=&quot;Page 6 : *****&quot;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/index.php?page=backend&amp;id_rubrique=7&amp;artpage=7-11&quot; title=&quot;Page 7 : *****&quot;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/index.php?page=backend&amp;id_rubrique=7&amp;artpage=8-11&quot; title=&quot;Page 8 : L&amp;#39;&#233;v&#233;nement, c&amp;#39;est une op&#233;ration sur le nez d&amp;#39;une femme, (...)&quot;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/index.php?page=backend&amp;id_rubrique=7&amp;artpage=9-11&quot; title=&quot;Page 9 : Anzieu quand il refait une biographie de Freud vingt (...)&quot;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/index.php?page=backend&amp;id_rubrique=7&amp;artpage=10-11&quot; title=&quot;Page 10 : Dans cette f&#233;d&#233;ration, qui n&amp;#39;en est toujours pas une (...)&quot;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/index.php?page=backend&amp;id_rubrique=7&amp;artpage=11-11&quot; title=&quot;Page 11 : Et je lui dit tr&#232;s fort, en articulant : &#171; &#231;a c&amp;#39;est une (...)&quot;&gt;11&lt;/a&gt;
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&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Devant l'&#233;nonc&#233;, je dois dire que j'ai eu des perplexit&#233;s. Et je me suis tir&#233;e d'affaires en reprenant un peu d'histoire parce que fallait-il s'occuper de l'objet du d&#233;sir, du d&#233;sir d'objet, du d&#233;sirant du d&#233;sir ou du d&#233;sir mais de qui&#8230; ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'ai adopt&#233; une m&#233;thode et me suis sentie beaucoup mieux avec une m&#233;taphore : celle du fruit et j'ai us&#233; des associations d'id&#233;es comme les surr&#233;alistes en ont profit&#233; : Et ! &#192; moi ! la d&#233;esse de la f&#233;condit&#233; ! (Allez la voir &#224; Eph&#232;se&#8230; les Grecs chez les Turcs &#8230;).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La psychanalyse comme un fruit, cela m'a ramen&#233;e &#224; &#171; l'arbre de vie &#187;, &#224; la question de la transmission, soulev&#233;e &#224; notre anniversaire de vingt-cinq ans de vie &#224; la F.A.P. Un fruit qui peut, h&#233;las, &#234;tre press&#233; en son jus sans la chair, la peau, les p&#233;pins (soient les semences) voil&#224; un discours sur le D&#201;SIR &#233;pur&#233;, mais de quoi ? &#8230; Et bien je me suis retrouv&#233;e entre Freud et Fliess.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Fliess, le grand absent, peut-&#234;tre l'expuls&#233; des origines de la psychanalyse : comme mauvaise graine. Tous les deux docteurs, tous les deux juif pers&#233;cut&#233; sur la question des promotions, des titres, avec un m&#234;me objet &#224; leur d&#233;sir : gu&#233;rir les malades. Certes. Mais, de plus, pour eux, un point commun, tenace dans cette &#233;criture&#8230; mais au fait, pourquoi n'en a-t-on qu'une d'&#233;criture ? Freud dit une fois qu'il a perdu... les lettres de Fliess&#8230; Une autre fois on pense m&#234;me qu'il les a br&#251;l&#233;es (bien s&#251;r ! remettre dans le contexte : la pers&#233;cution, Hitler, la fuite gr&#226;ce &#224; Marie Bonaparte, l'Angleterre&#8230; les papiers&#8230; o&#249; sont pass&#233;s les papiers ?).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Donc, soigner le malade, c'est une question fort int&#233;ressante entre deux docteurs. Cependant, entre eux deux, en tant qu'hommes, la d&#233;couverte qui est souhait&#233;e, c'est de ma&#238;triser la procr&#233;ation. Un seul d&#233;sir en partage. Deux jumeaux physiquement, dans une photo que tout le monde conna&#238;t. Et cette adresse de Sigmund Freud &#224; Wilhelm Fliess : &#171; Je planterai ma colonne sur ton socle &#187;. Nos liens sont rarement aussi d&#233;clar&#233;s&#8230;&#8230;&#8230;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;/p&gt;&lt;div id='decoupe_bas' class='pagination decoupe_bas'&gt;
&lt;img class=&quot;no_image_filtrer&quot; src=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/plugins/couteau_suisse/img/decoupe/precedent_off.gif&quot; width=&quot;6&quot; height=&quot;9&quot; title=&quot;Premi&#232;re page&quot; alt=&quot;Premi&#232;re page&quot; /&gt;&lt;img class=&quot;no_image_filtrer&quot; src=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/plugins/couteau_suisse/img/decoupe/precedent_off.gif&quot; width=&quot;6&quot; height=&quot;9&quot; title=&quot;Premi&#232;re page&quot; alt=&quot;Premi&#232;re page&quot; /&gt;
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&lt;span style=&quot;color: lightgrey; font-weight: bold; text-decoration: underline;&quot;&gt;1&lt;/span&gt; &lt;a href=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/index.php?page=backend&amp;id_rubrique=7&amp;artpage=2-11&quot; title=&quot;Page 2 : *****&quot;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/index.php?page=backend&amp;id_rubrique=7&amp;artpage=3-11&quot; title=&quot;Page 3 : Faisons un peu d&amp;#39;histoire. A la suite de Masson, qui a (...)&quot;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/index.php?page=backend&amp;id_rubrique=7&amp;artpage=4-11&quot; title=&quot;Page 4 : *****&quot;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/index.php?page=backend&amp;id_rubrique=7&amp;artpage=5-11&quot; title=&quot;Page 5 : Car, dans ce fameux conflit entre psychoth&#233;rapeutes et (...)&quot;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/index.php?page=backend&amp;id_rubrique=7&amp;artpage=6-11&quot; title=&quot;Page 6 : *****&quot;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/index.php?page=backend&amp;id_rubrique=7&amp;artpage=7-11&quot; title=&quot;Page 7 : *****&quot;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/index.php?page=backend&amp;id_rubrique=7&amp;artpage=8-11&quot; title=&quot;Page 8 : L&amp;#39;&#233;v&#233;nement, c&amp;#39;est une op&#233;ration sur le nez d&amp;#39;une femme, (...)&quot;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/index.php?page=backend&amp;id_rubrique=7&amp;artpage=9-11&quot; title=&quot;Page 9 : Anzieu quand il refait une biographie de Freud vingt (...)&quot;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/index.php?page=backend&amp;id_rubrique=7&amp;artpage=10-11&quot; title=&quot;Page 10 : Dans cette f&#233;d&#233;ration, qui n&amp;#39;en est toujours pas une (...)&quot;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/index.php?page=backend&amp;id_rubrique=7&amp;artpage=11-11&quot; title=&quot;Page 11 : Et je lui dit tr&#232;s fort, en articulant : &#171; &#231;a c&amp;#39;est une (...)&quot;&gt;11&lt;/a&gt;
&lt;a href=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/index.php?page=backend&amp;id_rubrique=7&amp;artpage=2-11&quot;&gt;&lt;img class=&quot;no_image_filtrer&quot; src=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/plugins/couteau_suisse/img/decoupe/suivant.gif&quot; width=&quot;6&quot; height=&quot;9&quot; title=&quot;Page suivante&quot; alt=&quot;Page suivante&quot; /&gt;&lt;/a&gt;
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	</item>



	<item>
		<title>Autour du &#171; packing &#187;</title>
		<link>http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/Gerard-Joncoux-Autour-du-packing.html</link>
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		<dc:date>2009-06-21T21:32:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>G&#233;rard Joncoux</dc:creator>

<category domain="http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/-Textes-.html">Textes</category>


		<description>Certaines associations de parents d'enfants autistes ont entrepris de faire interdire la pratique du packing. En quoi cette d&#233;marche peut concerner les praticiens form&#233;s aux psychoth&#233;rapies psychanalytiques ? Comment cet affrontement qui dure depuis d&#233;j&#224; un bon moment est-il en train de d&#233;g&#233;n&#233;rer ? Quels en sont les enjeux ? C'est ce dont nous voudrions rendre compte &#224; partir des informations qui sont &#224; notre disposition. &lt;br /&gt;Le packing est un soin utilis&#233; souvent en dernier recours quand de nombreuses (...)


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;Certaines associations de parents d'enfants autistes ont entrepris de faire interdire la pratique du &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;packing&lt;/i&gt;. En quoi cette d&#233;marche peut concerner les praticiens form&#233;s aux psychoth&#233;rapies psychanalytiques ? Comment cet affrontement qui dure depuis d&#233;j&#224; un bon moment est-il en train de d&#233;g&#233;n&#233;rer ? Quels en sont les enjeux ? C'est ce dont nous voudrions rendre compte &#224; partir des informations qui sont &#224; notre disposition.&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;packing&lt;/i&gt; est un soin utilis&#233; souvent en dernier recours quand de nombreuses tentatives th&#233;rapeutiques ont &#233;chou&#233; et que la vie du patient se trouve parfois en danger. Face &#224; ce risque, une &#233;quipe peut se mobiliser et s'organiser pour r&#233;pondre &#224; une situation souvent urgente. N&#233;anmoins, il est pr&#233;f&#233;rable de prescrire ce soin dans des conditions normales et d'avoir la pr&#233;occupation de la dur&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ajoutons que ce soin peut quelquefois &#234;tre une alternative &#224; la prescription de neuroleptiques. La constitution d'une &#233;quipe de pack n'est &#233;videmment possible qu'avec l'accord du chef de service et l'acceptation de l'ensemble du personnel qu'il est d'ailleurs utile de tenir au courant de l'&#233;volution du soin au cours des r&#233;unions institutionnelles.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous nous sommes form&#233;s au cours de r&#233;unions avec un superviseur de mani&#232;re &#224; soumettre ce qui se passait au jugement et &#224; la critique. Pour plusieurs d'entre nous, il est apparu important de vivre soi-m&#234;me l'exp&#233;rience du pack ; ce fut mon cas dans le cadre d'une formation au long cours intitul&#233;e &#171; Groupe th&#233;rapeutique &#224; implication corporelle &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous avons donc toujours pratiqu&#233; le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;packing&lt;/i&gt; en concertation avec les autres membres de l'&#233;quipe intervenant aupr&#232;s des patients selon des modalit&#233;s s'accordant avec leur fonction et leur place dans l'institution. Le consentement du patient ayant la parole ou pas &#224; sa disposition a toujours &#233;t&#233; prise en compte pour la bonne raison qu'il est impossible d'avancer sans cela : l'&#233;quipe se rassemble autour du patient et avec le patient. En outre, chaque patient a toujours pu b&#233;n&#233;ficier de ce qui se pratiquait dans plusieurs lieux, l'articulation entre ces diff&#233;rents lieux de soins dessinant un parcours th&#233;rapeutique adapt&#233; &#224; la probl&#233;matique sp&#233;cifique de chaque patient.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il en a &#233;t&#233; de m&#234;me dans les services de p&#233;dopsychiatrie ; il n'est pas inutile de le rappeler aujourd'hui concernant l'autisme.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quels moyens mettre en &#339;uvre pour prendre soin des enfants souffrant de troubles divers et parfois s&#233;v&#232;res regroup&#233;s sous ce terme d'autisme ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Aujourd'hui a lieu ce qu'on ne peut plus appeler une controverse mais un affrontement s&#233;v&#232;re entre, d'une part, professionnels de la sant&#233; form&#233;s &#224; la psychoth&#233;rapie analytique recourant entre autres soins au packing et, d'autre part, parents, adversaires de cette utilisation pour les enfants hospitalis&#233;s dans les services de p&#233;dopsychiatrie et diagnostiqu&#233;s comme &#171; autistes &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En effet un cap a &#233;t&#233; franchi par quelques associations dont celle d&#233;nomm&#233;e &#171; L&#233;a pour Sami &#187; : p&#233;tition puis manifestation devant le minist&#232;re de la Sant&#233;, demande de moratoire contre le packing, accusation de maltraitance ; les m&#233;decins &#233;tant accus&#233;s de prendre les enfants pour des &#171; cobayes &#187; &#224; qui on appliquerait &#171; des m&#233;thodes scandaleuses &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Cette campagne a re&#231;u un &#233;cho aupr&#232;s des pouvoirs publics comme en t&#233;moigne un discours r&#233;cent de Val&#233;rie L&#233;tard, secr&#233;taire d'Etat &#224; la Solidarit&#233; aupr&#232;s du ministre du Travail, des Relations Sociales, de la Famille.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Lors d'une visite &#224; l'IME Notre Ecole, &#233;tablissement fortement orient&#233; vers les m&#233;thodes &#233;ducatives (TEACCH), Madame L&#233;tard d&#233;clare &#224; un moment de son expos&#233; qu'il est recherch&#233;e &#171; l'exp&#233;rimentation de nouvelles formes de prise en charge et qu'il est enfin indispensable de d&#233;finir des crit&#232;res de bonne pratique pour lutter contre les d&#233;rives et pratiques dangereuses (&#8230;) Le recours &#224; cette technique &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;[le packing&lt;/i&gt;] devrait rester strictement li&#233; &#224; un protocole. Tout recours en dehors de ce cadre, notamment en cas d'absence d'accord formel des parents, peut donner lieu &#224; un signalement en vue d'une enqu&#234;te, et m&#234;me &#224; un signalement judiciaire &#187; ; il est alors mentionn&#233; que cette m&#233;thode fait actuellement l'objet d'une &#233;valuation de ses effets th&#233;rapeutiques selon des crit&#232;res &#233;thiques et scientifiques.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pourquoi cette fixation sur le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;packing&lt;/i&gt; que certains parents assimilent &#224; de la maltraitance alors que dans d'autres lieux d'autres parents inform&#233;s de ce soin y trouvent des b&#233;n&#233;fices et le demandent pour leurs enfants ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il semble bien d'abord que la calomnie utilis&#233;e envers ceux qui, comme Pierre Delion et bien d'autres parlent de fa&#231;on nuanc&#233;e du bien-fond&#233; de cette m&#233;thode, soit le fait d'associations qui ne jurent que par l'utilisation de m&#233;thodes &#233;ducatives.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais alors, comment &#231;a se passe aujourd'hui dans le traitement de l'autisme ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En synth&#233;tisant, disons qu'il repose sur l'articulation adapt&#233;e &#224; chaque enfant de trois pratiques : &#233;ducative, p&#233;dagogique et th&#233;rapeutique.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est dans cette perspective int&#233;grative que les &#233;quipes de p&#233;dopsychiatrie se forment actuellement et que la recherche se m&#232;ne en faisant collaborer des neuroscientifiques aux r&#233;flexions cliniques, psychopathologiques et th&#233;rapeutiques.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans ce contexte, la position des praticiens form&#233;s &#224; la clinique des soins relevant des m&#233;diations corporelles con&#231;ues comme formes de psychoth&#233;rapies psychanalytiques est non seulement de d&#233;noncer l'intol&#233;rance de personnes qui ne veulent pas entendre d'autres arguments que ceux qu'ils se sont forg&#233;s mais aussi de d&#233;fendre l'existence de la relation psychique d&#232;s lors qu'il y a de l'humain.
En effet certaines associations semblent m&#233;conna&#238;tre ou d&#233;nier l'existence de troubles graves d'autisme expliquant le recours &#224; d'autres soins que ceux qu'ils pr&#233;conisent.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'intol&#233;rance se manifeste quand des parents, sous pr&#233;texte que certaines m&#233;thodes ont port&#233; leurs fruits, en font la propagande exclusive et s'arrogent le droit d'emp&#234;cher d'autres parents de b&#233;n&#233;ficier d'autres m&#233;thodes. De plus ils n'h&#233;sitent pas, semble t-il, &#224; manipuler les m&#233;dias pour faire pression &#224; travers eux sur les pouvoirs publics.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Concernant les soins psychiques, Caroline Eliacheff (&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Le Monde&lt;/i&gt; du 28 mai 2009) pose la question : &#171; L'autisme serait-elle la seule maladie &#224; ne pas englober le psychisme au pr&#233;texte qu'elle serait g&#233;n&#233;tique ou neurobiologique ? &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En effet, &#224; travers le d&#233;nonciation du packing comme m&#233;thode barbare, il s'agit d'&#233;liminer tout apport venant de la psychanalyse et de d&#233;nigrer les h&#244;pitaux de jour comme lieux de soins.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Voici, pour conclure, ce qu'&#233;crit Pierre Delion dans un texte r&#233;cent : &#171; (&#8230;) Je crois pour ma part que cet aveuglement manifest&#233; par les calomniateurs tient (...) au fait qu'ils ont &#233;t&#233; bless&#233;s par des praticiens s'inspirant de la psychanalyse oubliant que si des psychanalystes ont commis des erreurs en ce qui concerne la prise en charge (&#8230;), la psychanalyse a eu un r&#244;le pr&#233;valent dans la construction d'un savoir psychopathologique aux effets consid&#233;rables sur les processus civilisateurs contemporains. &#187; (Proposition pour une d&#233;fense des soins psychiques. Lettre ouverte aux parents d'enfants d'adolescents et d'adultes autistes, &#224; leurs professionnels &#233;ducateurs p&#233;dagogues et soignants, avril 2009).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;G&#233;rard Joncoux&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;G&#233;rard Joncoux, psychanalyste, a pratiqu&#233; le &lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;packing&lt;/i&gt; dans un service de psychiatrie adulte pendant une quinzaine d'ann&#233;es.&lt;/div&gt;
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	</item>



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		<title>Le vif de la psychanalyse ou la psychanalyse &#224; vif </title>
		<link>http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/Le-vif-de-la-psychanalyse-ou-la,209.html</link>
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		<dc:date>2009-03-14T09:32:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Catherine Debeugny</dc:creator>

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		<description>Je commencerai par rappeler quelques points qui ont amorc&#233; une discussion lors de notre derni&#232;re r&#233;union : quelle place l'approche des neurosciences laissent-elles &#224; la subjectivit&#233;, &#224; l'Autre ? La r&#233;activit&#233; des neurones miroirs est-elle assimilable &#224; l'empreinte de l'Autre ? Nous avons tent&#233; de montrer combien l'inconscient, dans l'approche cognitive et neuropsychologique, diff&#233;rait de l'inconscient freudien ; comment la notion de refoulement, prise dans un sens d&#233;ficitaire, manque &#224; saisir la question (...)

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je commencerai par rappeler quelques points qui ont amorc&#233; une discussion lors de notre derni&#232;re r&#233;union : quelle place l'approche des neurosciences laissent-elles &#224; la subjectivit&#233;, &#224; l'Autre ? La r&#233;activit&#233; des neurones miroirs est-elle assimilable &#224; l'empreinte de l'Autre ? Nous avons tent&#233; de montrer combien l'inconscient, dans l'approche cognitive et neuropsychologique, diff&#233;rait de l'inconscient freudien ; comment la notion de refoulement, prise dans un sens d&#233;ficitaire, manque &#224; saisir la question du sens et de l'histoire pour un sujet. Et, plus globalement, le sexuel demeurant &#233;tonnement exclu de ces approches neuroscientifiques, celles-ci nous semblaient dessiner en perspective, tant l'espoir na&#239;f d'une totale transparence (r&#233;paration de la troisi&#232;me funeste blessure narcissique, apr&#232;s celles qu'inflig&#232;rent Copernic et Darwin) que le projet calamiteux d'un homme standardis&#233;, m&#233;canis&#233; &#8211; et donc r&#233;parable &#224; moindre co&#251;t. L'assimilation de la psychanalyse par les neurosciences serait-elle soluble dans l'&#201;conomie ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Y a-t-il une neuro psychanalyse ? La soci&#233;t&#233; internationale de neuro-psychanalyse a &#233;t&#233; fond&#233;e &#224; Londres, en 2000, dans le but de promouvoir un travail interdisciplinaire. Selon ses fondateurs, la psychanalyse et les neurosciences poursuivraient une m&#234;me t&#226;che initi&#233;e par Freud d&#232;s l'Interpr&#233;tation des r&#234;ves : &#171; parvenir &#224; rendre la complexit&#233; du fonctionnement mental intelligible en en diss&#233;quant les fonctions et en assignant ses diff&#233;rents aspects &#224; des parties diff&#233;rentes de l'appareil psychique &#187;. Pour autant, les approches sont radicalement diff&#233;rentes et la moindre tentative d'homologation d'un champ par l'autre semble relever de l'illusion : comment basculer du r&#233;seau neuronal au subjectif ? Si la compr&#233;hension de plus en plus fine des implications g&#233;n&#233;tiques et &#233;pi-g&#233;n&#233;tiques furent pr&#233;pond&#233;rantes dans la compr&#233;hension de la formation des organes, cerveau y compris, c'est d&#233;sormais le concept de plasticit&#233; qui fait figure de nouveau paradigme, affranchissant ainsi le mod&#232;le g&#233;n&#233;tique du d&#233;terminisme qui l'affectait. La notion de plasticit&#233; autorise &#224; penser la singularit&#233; : le cerveau ne produit pas la pens&#233;e comme le foie s&#233;cr&#232;te la bile parce que cet organe, contrairement au foie, ne cesse de se transformer au plus profond de sa structure : toutes exp&#233;riences y laisse une trace ; reste &#224; savoir si cette trace synaptique est du m&#234;me ordre que la trace m&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;n&lt;/sup&gt;&#233;sique, celle du temps o&#249; Freud n'avait pas renonc&#233; (y compris jusqu'&#224; &#171; L'Abr&#233;g&#233;&#8230; &#187;) &#224; une approche neurophysiologique. D'ailleurs on peut s'interroger sur ce pr&#233;tendu renoncement que L. Naccache interpr&#232;te en terme d'abandon. Pour nous il s'agirait plut&#244;t d'un choix m&#233;thodologique quant &#224; ce qui l'int&#233;ressait.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Qu'il s'agisse du r&#233;ductionnisme organiciste de type &#171; homme neuronal &#187; chez Changeux et Naccache, de la neuropsychologie pour Pribram et Gill, de la neurobiologie avec Kandel, ou encore des th&#233;ories du d&#233;veloppement c&#233;r&#233;bral d'Edelmann et de Rosenfield, - et m&#234;me si toutes ces recherches ne proc&#232;dent &#233;videmment pas des m&#234;mes m&#233;thodes que la psychanalyse, - ces travaux d&#233;crivent des r&#233;alit&#233;s qui nous interpellent puisqu'il s'agirait, &#224; en croire ces scientifiques, des objets qui jusque-l&#224; semblaient r&#233;serv&#233;s &#224; la psychanalyse. La psychanalyse est inscrite dans le champ des sciences humaines aujourd'hui, pourtant Freud l'a toujours voulue science de la Nature &#8211; une Nature goeth&#233;enne, en constante m&#233;tamorphose, mall&#233;able et plastique : une mati&#232;re ouverte au devenir. Avec la notion de plasticit&#233; les neurosciences s'inscrivent-elles dans cette perspective ? Le bloc magique est une merveilleuse figuration de l'appareil psychique, mais s'agit-il pour autant d'anatomie du cerveau ? D'ailleurs, ce n'est pas tant le fonctionnement ou l'inscription de la trace qui int&#233;ressent Freud mais plut&#244;t la pulsation,&#171; l'inexcitation p&#233;riodique du syst&#232;me perceptif &#8230; au fondement de la repr&#233;sentation du temps &#187;, &#201;ros inscrit les traces tandis que la pulsion de mort les efface, (en terme neurobiologique : apoptose, mort des cellules). Serions-nous fond&#233;s &#224; fantasmer m&#233;tapsychologiquement et ouvrir une piste de recherche : jusqu'&#224; quel point la pulsion de mort est-elle &#224; l'&#339;uvre dans le d&#233;clenchement de certaines maladies auto-immunes ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mais de la neurobiologie &#224; la psychanalyse, la diff&#233;rence des discours implique des diff&#233;rences de m&#233;thodes et de buts.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;1	- Deux discours :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;du ma&#238;tre : du psychanalyste : S1 S2 a $ ___ &#8594; ___ ___ &#8594; ___ $ a S2 S1&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-1513f.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; $, c'est le sujet dans son rapport avec l'objet &#171; a &#187;, barr&#233; parce que l'organisation du fantasme inconscient le divise.
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-1513f.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; S1 repr&#233;sente le sujet $, en connexion avec la cha&#238;ne signifiante (S2) &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-1513f.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; S2 est, par abr&#233;viation, le syst&#232;me d&#233;j&#224; organis&#233; et constitu&#233; en un discours capitalisable : le Savoir. Voyons d'abord le discours du ma&#238;tre (assimilable &#224; celui de la Science). Il se soutient ind&#233;pendamment de la subjectivit&#233; de celui qui l'&#233;nonce &#8211; c'est m&#234;me l&#224; l'objectivit&#233; requise par les sciences. $ est donc sous la barre, le sujet n'&#233;tant pas dans le discours manifeste qui se d&#233;roule au niveau de la cha&#238;ne signifiante S1 &#61662; S2. Pour produit de ce discours, nous avons la maladie, en place d'objet &#171; a &#187;, subsum&#233;e&#61485; par les signifiants du discours.
Dans le discours de l'analyste, nous posons &#171; a &#187; &#61662; $ en premier, l'objet dans son rapport au sujet. &#171; a &#187; est l'objet perdu et interdit, le sujet est contraint de faire le d&#233;tour de la recherche de tous les objets prenant valeur d'objets substitutifs ; bobine du Fort-Da, ou tout autres objets ou signifiants qui peuvent occuper la place d'objet a . Ce qui fait son prix au regard du sujet, c'est son articulation possible au fantasme. Plac&#233; sous la barre, nous avons S2 : le savoir sur l'objet - savoir qui ne peut relever du discours scientifique si nous voulons le conna&#238;tre comme objet du fantasme. Enfin, en place de produit de ce discours, se trouve S1, c'est &#224; dire le(s) signifiant(s) en rapport avec le sujet, sous la barre parce qu'il(s) repr&#233;sente(nt) le sujet divis&#233;.
Dans les deux cas, il y a deux protagonistes qui se rencontrent sur une demande, celle-ci pourtant n'aura pas le m&#234;me statut selon l'ordre de discours dans lequel on se situe. Pour le m&#233;dical, il s'agit de r&#233;pondre &#224; la demande afin qu'elle disparaisse tandis que pour le psychanalyste, elle est ce qui permet la cure.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;2	&#8211; Peut-on rassembler deux champs h&#233;t&#233;rog&#232;nes ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Tout indique que nous nous trouvons en pr&#233;sence de deux champs h&#233;t&#233;rog&#232;nes or l'existence d'une Neuropsychanalyse nous conduit &#224; nous demander si nous pouvons valablement fondre, en une seule et m&#234;me discipline la neurobiologie et la psychanalyse. Pour &#233;tablir et maintenir une possibilit&#233; de dialogue, nous ne pouvons confondre ces deux champs &#8211; et l'on ne doit pas le faire. Imaginons un colloque de linguistique franco-anglais : en franglais il deviendrait impossible : le maintient de l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; est donc essentiel.
S'il y a une h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; absolue des deux syst&#232;mes, nous avons un rapport d'exclusion : soit tout SNC, soit tout &#936;, deux disciplines distinctes, sans possibilit&#233; de dialogue. Si leur mode de rassemblement est de l'ordre de la superposition et de la r&#233;union, ces syst&#232;mes ne sont plus valides : un fantasme est sans rapport avec un r&#233;seau neuronal ; &#171; les sortil&#232;ges du r&#234;ve &#187; n'ont que faire de l'excitation des neurones pendant le sommeil.
Par contre l'intersection est possible sur un seul point, la plasticit&#233; : tout exp&#233;rience laisse une trace, mat&#233;rielle et m&#233;morielle. En effet, la transcription d'une exp&#233;rience ou d'une perception implique qu'une certaine plasticit&#233; affecte le syst&#232;me qui re&#231;oit cette trace. En toute rigueur, seule l'articulation plasticit&#233;/trace pourrait &#234;tre dite neuro psychanalytique car hormis ce constat, tout de leurs d&#233;terminations rel&#232;ve de m&#233;thodes diff&#233;rentes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;3 - La notion de plasticit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Plasticit&#233; neuronale&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;G&#233;notype et facteurs environnementaux (&#233;pigen&#232;se) : ces deux ordres de d&#233;termination se trouvent nou&#233;s, du fait de la plasticit&#233;, d'une mani&#232;re singuli&#232;re et impr&#233;visible. La trace ob&#233;it aux r&#232;gles de la biologie g&#233;n&#233;rale tout en transformant de fa&#231;on durable la mati&#232;re vivante qui la supporte. Cette plasticit&#233; physiologique rel&#232;ve de m&#233;canismes cellulaires et mol&#233;culaires au niveau des synapses. Le jeu combin&#233; des diff&#233;rences de potentiels et des neurotransmetteurs qui permettent le transport de messagers primaires (gaba ou glutamates - excitation ou inhibition), ainsi que la r&#233;p&#233;tition de ce transport d'informations dans le syst&#232;me, cr&#233;ent des facilitations ou inhibitions pour certains r&#233;seaux de canaux synaptiques. D'autres processus plus complexes, dans lesquels interviennent les &#171; messagers secondaires &#187; qui induisent une plus ou moins grande excitabilit&#233; de groupes neuronaux, correspondent aux modalit&#233;s d'apprentissage. Ces modifications s'expriment de mani&#232;re durable : le constat d'une multiplication des &#233;pines dendritiques ainsi que de la modification anatomique des neurones atteste de la plasticit&#233; morphologique de l'enc&#233;phale.
La m&#233;moire &#224; long terme ferait intervenir l'expression des g&#232;nes qui commandent la production de petites mol&#233;cules, les facteurs de transcription (ADN-ARN qui commande la synth&#232;se de prot&#233;ines). Il semblerait qu'existe &#233;galement un processus de neurog&#233;n&#232;se, &#224; partir de cellules souches.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Comment passer des traces &#224; la repr&#233;sentation ? En terme neurobiologique, il y a un r&#233;seau de synapses facilit&#233;es qui s'activent , un codage synaptique, qui constitue la repr&#233;sentation d'un objet, d'un &#233;v&#233;nement ou d'une exp&#233;rience. Les traces de la perception forment une (re)pr&#233;sentation en s'associant &#224; de nouvelles traces, en &#171; filant &#187; dans les r&#233;seaux d&#233;j&#224; existants : de ce fait, les repr&#233;sentations se trouvent s&#233;par&#233;es des premi&#232;res traces de l'exp&#233;rience de perception ; ce qui &#233;tait &#224; la base de la constitution de l'exp&#233;rience (codage) est devenu inaccessible. Une &#233;vocation, une r&#233;activation rend la trace momentan&#233;ment labile, susceptible de nouvelles associations et ce m&#233;canisme, que l'on appelle &#171; reconsolidation &#187;, aboutit au fait que le premier circuit est perdu puisque la repr&#233;sentation n'est plus reli&#233;e (physiquement ?) &#224; la perception initiale. L'exp&#233;rience se perd dans les associations qu'elle engendre, &#224; travers les m&#233;canismes m&#234;mes de son inscription ; elle est perdue en tant que telle, m&#234;me si elle a produit des traces durables. Ceci fait dire &#224; certains neurobiologistes que l'on n'utilise jamais le m&#234;me cerveau, puisque la mati&#232;re c&#233;r&#233;brale se modifie constamment et ne cesse de former de nouveaux r&#233;seaux. Ainsi, affranchi de la vision d&#233;terministe d'un c&#226;blage neuronal, le travail de la trace se d&#233;finit plut&#244;t comme coupure, ce qui rend caduque la version m&#233;canique et positiviste d'un encha&#238;nement de causes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Plasticit&#233; de l'appareil psychique :&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Sch&#233;ma de la lettre 52 : Wz : signe de perception Wahrnehmungszeichen Wz (trace W) I II III Exp&#233;rience Percept. Percept. S Incs Pr&#233;cs Consc. + + ------- + + ----------- + + ------ + + ----------- + + + + + + + +
Il y a la perception de l'exp&#233;rience, puis le signe de la perception, puis la retranscriptions dans les syst&#232;mes Ics, Pc et Cs. Pour Lacan l'exp&#233;rience/perception est un signifi&#233; tandis que le signe de la perception est un signifiant.
1 &#8211; Chez Freud : exp&#233;rience&#61662;perception&#61662;Signe de la perception (trace &#61529;) et sa retranscription dans les syst&#232;mes Ics, Pc et Cs, 2 &#8211; Pour Lacan : l'ensemble exp&#233;rience&#61662;perception est le signifi&#233; tandis que le signe de perception (Wz ou trace &#61529;), sont le(s) signifiant(s) qui en d&#233;coulent : suite de traces m&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;n&lt;/sup&gt;&#233;siques, de phon&#232;mes ou lettres, glissements de la cha&#238;ne signifiante sur le signifi&#233; &#8211; et recombinaison de signifiants nouveaux &#8211; la cr&#233;ation de Poordjeli par exemple. 3 &#8211; Pour la Neurobiologie : Exp&#233;rience&#61662;perception&#61662;trace synaptique &#61662;mod&#232;le de patron de facilitations qui correspondent &#224; une/des repr&#233;sentations, qui n'ont plus de rapport avec ce qui a &#233;t&#233; per&#231;u de la r&#233;alit&#233; externe (reconsolidation).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Wz &#8211; trace synaptique, ou signifiant &#8211; appara&#238;t donc, non pas comme l'indice d'une correspondance des deux champs, mais le point d'intersection de la neurobiologie et de la psychanalyse.
L'exp&#233;rience mat&#233;rielle, son impact physique (anatomique) et le langage se trouvent articul&#233;s au niveau du signe. La plasticit&#233; autorise la pens&#233;e d'une singularit&#233; tant biologique que psychique. L'interaction g&#233;nome-environnement est transform&#233;e par la constitution de r&#233;seaux synaptiques qui, sans lien d&#233;sormais avec la r&#233;alit&#233; per&#231;ue, se forment au gr&#233; du temps, du langage et de l'histoire singuli&#232;re. Ce nouveau r&#233;seau, dont le point de d&#233;part aura &#233;t&#233; le signe de perception , se cr&#233;e dans la singularit&#233; du cas en s'associant &#224; d'autres r&#233;seaux d&#233;j&#224; constitu&#233;s.
L'exp&#233;rience per&#231;ue est r&#233;inscrite, transform&#233;e et d&#233;form&#233;e, par connexions et associations, au gr&#233; des homophonies, de la polys&#233;mie. Elle peut devenir une perception endopsychique et constituer un &#233;l&#233;ment de la r&#233;alit&#233; interne inconsciente pour lequel elle op&#232;rera comme nouveau signifi&#233; qui &#233;ventuellement participera &#224; l'organisation d'un fantasme - (V ou W pour &#171; l'homme aux loups &#187;).
Il y a un nouage de l'exp&#233;rience et du langage : la trace, (signe de la perception ou signifiant), est un mixte du vivant et du langage : le repr&#233;sentant-repr&#233;sentation (vorstellungsrepr&#228;sentanz) d'une motion pulsionnelle : somatopsychique)&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le langage (mot ou trace) a un r&#244;le de traitement d'exc&#232;s du vivant en permettant une d&#233;charge de l'excitation, (&#233;laboration de fantasme). Traitement d'un exc&#232;s du vivant, le cri, premier signe d'un v&#233;cu interne, est un appel &#224; l'autre ; la r&#233;ponse qui lui sera donn&#233;e constituera le don premier du langage, le premi&#232;res associations de traces nouant v&#233;cus somatiques/acoustiques/verbaux (et tant d'autres : gustatif, chaleur, sein&#8230;..). Premi&#232;res interpr&#233;tations et violences n&#233;cessaires. Je fais ici allusion au travail de Piera Aulagnier : le pictogramme serait-il de l'ordre du signe de perception : un &#233;l&#233;ment qui, ne se trouvant pas connect&#233; au langage, serait de ce fait non refoulable, c'est &#224; dire non effa&#231;able par la coupure/refoulement que constituent le maillage des mots &#8211; toujours au pr&#233;sent, sa r&#233;activation produirait ce revenant qu'est l'hallucination ou le d&#233;lire , par une sorte d'exc&#232;s de libido qui ne serait pas parvenu &#224; &#171; s'&#233;couler &#187; dans le r&#233;seau langagier. (Cf &#171; Formulations sur les deux principes du cours des &#233;v&#233;nements psychiques &#187;, sur la fonction hom&#233;ostatique du fantasme).&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il semble que les neurobiologistes s'accorderaient &#224; penser que l'usage de la parole est essentiel au d&#233;veloppement du cerveau et &#224; la survie des neurones. Mais gardons-nous d'assimiler ou de d&#233;montrer les disciplines l'une par l'autre : tout le monde a toujours su qu'il fallait un cerveau pour penser et il n'y a, en soi, rien d'extraordinaire &#224; ce qu'il fonctionne.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;4 &#8211; La singularit&#233; rend-t-elle compte du sujet de la psychanalyse ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La plasticit&#233; est un paradigme pour penser la singularit&#233;, tant en neurobiologie qu'en psychanalyse. Comme pour la psychanalyse, il s'agit pour la biologie de d&#233;terminer des universaux &#8211; les r&#232;gles g&#233;n&#233;rales du fonctionnement de la cellule nerveuse - qui aboutissent &#224; de l'unique . Cependant cette singularit&#233; n'&#233;puise pas le sujet de la psychanalyse puisque, en l'occurrence, son statut est celui de sujet divis&#233; (du fait de son rapport &#224; l'objet a), il s'agit d'une question de v&#233;rit&#233; et non de r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-1513f.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Quelle est la place accord&#233;e &#224; la psychanalyse par les neurosciences ? Il est des neurobiologistes qui ne sont pas scientistes : Kandel consid&#232;re que &#171; la psychanalyse reste la vision du fonctionnement mental la plus coh&#233;rente et la plus satisfaisante sur le plan intellectuel &#187;. Selon lui, la th&#233;orie freudienne aurait, pour les neurosciences, une place similaire &#224; celle qu'occupe la th&#233;orie de Darwin pour les biologistes et les g&#233;n&#233;ticiens : un cadre g&#233;n&#233;ral pour ranger les donn&#233;es scientifiques de fa&#231;on coh&#233;rente. Pour autant il n'y a pas d'homologation d'une discipline par l'autre, ne serait-ce que du fait de la confusion faite, en neuroscience, entre les processus inconscients et pr&#233;conscients. Par exemple, lorsque les neurobiologistes parlent d'Inconscient pour d&#233;crire le jeu des signaux neuronaux qui renseignent l'organisme sur un &#233;tat somatique donn&#233; , et m&#234;me si des psychanalystes peuvent traduire cela par m&#233;canisme pr&#233;conscient, ces scientifiques pourraient-ils voir, dans ce point d'articulation somato-psychique, la mise en jeu d'un &#171; repr&#233;sentant-repr&#233;sentation &#187; de la pulsion (Trieb) ? Ne serait-ce pas confondre besoin et d&#233;sir ? Boire lorsque l'organisme est renseign&#233; sur le fait qu'il est d&#233;shydrat&#233;, cela rel&#232;ve-t-il de la pulsion ou de l'instinct ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Il est d'autres scientifiques pour lesquels la Psych&#233; s'appelle ocytocine-vasopressine-enk&#233;phaline : En faisant jouer ces neurom&#233;diateurs, en fonction desquels se d&#233;clinent l'angoisse de s&#233;paration chez la m&#232;re, l'attachement et quelques autres traits, Jaak Panksepp a pu isoler quatre syst&#232;mes &#233;motionnels biologiques impliqu&#233;s dans ce qu'il nomme l'amour &#8211; r&#233;duit par lui au co&#239;t, la reproduction et l'&#233;levage. La testost&#233;rone et la vasopressine sont li&#233;es &#224; la pulsion sexuelle proprement dite, l'ocytocine &#224; l'accouchement, au nourrissage, aux soins parentaux. Pour les nuances, il fait appel aux endorphines induisant le plaisir du contact sexuel, l'axe hypothalamo-hypophysaire et le cortisol correspondant &#224; l'angoisse de s&#233;paration et enfin la dopamine, &#224; la recherche de r&#233;compense. Quant &#224; l'agressivit&#233;, elle serait transmissible h&#233;r&#233;ditairement par un g&#232;ne codant la prot&#233;ine de transport de la s&#233;rotonine - chez les macaques. Il faut dire que toutes ces recherches semblent transformer le laboratoire en un parc zoologique, avec primates, rats, ou moutons. &#192; l'&#233;coute du rire du rat , Jaak Panksepp peut d&#233;clarer : &#171; Nous avons marginalis&#233; l'esprit, la Neuropsychanalyse devrait ramener l'esprit dans le cerveau &#187;. Attendons que les rats lui disent ce qu'ils pensent des chatouilles pour savoir s'il se trompe et, pour rester dans son bestiaire, ajouterai-je que le mot psychanalyse lui va comme des gu&#234;tres &#224; un lapin.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Mark Solms, lui, a tent&#233; une synth&#232;se entre les donn&#233;es neuroscientifiques et la psychanalyse, puisqu'il parle de trois classes de pulsions (sic) distribu&#233;es selon les m&#234;mes neurotransmetteurs. L'ocytocine d&#233;termine le comportement sexuel et lien m&#232;re-nourisson ; Solms y adjoint l'envie ( !!!) de rester ensemble, ce qui constituerait la base biologique du lien. Les enk&#233;phalines interviennent en cas d'angoisse de s&#233;paration, de panique, de tristesse et de perte. Quant au syst&#232;me relevant de la vasopressine, il est plus sp&#233;cifiquement masculin (re !!!!), puisqu'il exprime la propension &#224; bondir sur la proie, il &#171; pousse l'homme &#224; la conqu&#234;te &#187;. Le f&#233;minin ne serait pas cens&#233; conqu&#233;rir ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Face &#224; ces scientifiques qui, progressivement, &#233;difient un savoir sur la mati&#232;re c&#233;r&#233;brale et son fonctionnement, nous ne pouvons qu'&#234;tre surpris par leur volont&#233; farouche d'en finir avec le dualisme &#226;me/corps en ramenant tout &#224; la biologie. Comment l'esprit surgit-il de la masse c&#233;r&#233;brale ? L'inconscient est-il toujours &#224; l'&#339;uvre, y compris dans l'esprit des scientifiques ? Deux exemples nous permettrons de nous interroger sur cet aspect particulier de la d&#233;marche des neuroscientifiques &#224; l'&#233;gard de la vie psychique ; nous pouvons y rep&#233;rer quelques contradictions :
Dans l'&#233;tude clinique du c&#233;l&#232;bre c&#233;r&#233;brol&#233;s&#233;, Phin&#233;as Gage, Damasio observe que &#171; Le corps de Gage est bien vivant mais c'est une nouvelle &#226;me qui l'habitera &#187; alors que son but, avec &#171; L'erreur de Descartes &#187;, est d'en finir avec le clivage corps/esprit. Un autre patient, Eliott, &#224; la suite d'une l&#233;sion, est priv&#233; de la facult&#233; de s'&#233;mouvoir. Alors que ce patient obtient de bons scores aux tests d'intelligence, il ne peut avoir un comportement &#224; la hauteur de ses facult&#233;s cognitives, faute d'&#233;motions. Et Damasio de conclure : les &#233;motions sont enclench&#233;es biologiquement, les mots permettent de les d&#233;signer, donnant ainsi naissance &#224; ce qu'il nomme des sentiments. Sentiment sera donc r&#233;serv&#233; &#224; ce qui est mental et priv&#233;, &#233;motion sera du domaine du biologique et du publiquement observable. N'est-ce pas r&#233;introduire une dualit&#233; ? Quant &#224; nous, nous pourrions admettre que tout ceci est pertinent en terme neurobiologique, mais n'engage que cette discipline, &#233;motion et affekt n'&#233;tant pas du m&#234;me ordre
Edelman, dans sa th&#233;orie de la s&#233;lection de groupes neuronaux (TSGN) fait appel aux mots, &#224; l'analogie et &#224; la m&#233;taphore pour &#233;voquer des rivalit&#233;s de neurones, des groupes, des populations &#8230; : analogies et m&#233;taphores sont-elles congruentes &#224; la biologie ?
Ces deux exemples montrent peut-&#234;tre la difficult&#233; de penser l'esprit avec l'esprit.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Depuis le d&#233;but du vingti&#232;me si&#232;cle et la logique quantique, nous nous sommes habitu&#233;s &#224; consid&#233;rer que la science interpr&#232;te le monde plus qu'elle ne le d&#233;crit . G&#233;rard Pirlot fait cette remarque : &#171; Notre hypoth&#232;se est que, si le refoul&#233; de la psychanalyse est &#171; Le projet... &#187; de 1895, le refoul&#233; des neurosciences est celui de la psychanalyse et de la sexualit&#233; infantile. D&#232;s lors, le &#171; refoul&#233; du refoul&#233; &#187; qu'est &#171; Le Projet... &#187; fait aujourd'hui retour &#224; l'ext&#233;rieur de la psychanalyse &#8211; &#224; savoir, dans le corpus qui la refoule : les neurosciences. C'est le d&#233;fi auquel sont soumis les psychanalystes &#187;. Mais pour qui est-ce un d&#233;fi ? qui aurait l'id&#233;e de demander aux neurologues pour quelle raison ils n'adoptent pas la psychanalyse, et qui le leur reprocherait ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;5 - Neurologie freudienne ou m&#233;tapsychologie ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Quelle consistance accorder &#224; la neurologie freudienne ? Les termes freudiens &#171; barri&#232;res de contacts &#187;, les &#171; transferts de quantit&#233; &#187; pr&#233;figurent-ils synapses et neurotransmetteurs ? Les diff&#233;rents neurones &#61546; -&#61561; -&#61555;, r&#233;partis en des syst&#232;mes qui annoncent la premi&#232;re topique sont-ils assimilables aux neurones diff&#233;renci&#233;s qu'identifie la neurobiologie ? Rappelons que Freud n'a pas publi&#233; l'Esquisse, laissant aux scientifiques le soin d'avancer dans cette voie et choisissant une autre approche, approche dans laquelle le seul observable est la parole et le discours du sujet : la pratique de la cure.
La d&#233;couverte des neurones miroirs (ces neurones qui s'activent lorsque le singe fait une certaine action, mais aussi lorsqu'il observe quelqu'un faire la m&#234;me action) observ&#233;s tant pour les macaques que pour l'homme r&#233;v&#232;lent que penser faire une action suscite les m&#234;mes activit&#233;s c&#233;r&#233;brales que la r&#233;alisation de ce mouvement ; ces neurones miroirs autorisent-ils les neurosciences cognitives &#224; y voir les pr&#233;curseurs d'une th&#233;orie de l'esprit ? Quant &#224; nous, nous en d&#233;gagerons trois cons&#233;quences qui confirment la coh&#233;rence et la pertinence du lien entre pratique et th&#233;orie freudienne :
&lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-1513f.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; &#171; Dans la cure, l'inhibition de l'acte au profit de la parole favorise l'&#233;mergence de la repr&#233;sentation &#8211; l'acte de parole &#233;tant li&#233; &#224; la r&#233;alit&#233; du fantasme. &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-1513f.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; Si faire un acte ou l'imaginer active les m&#234;mes neurones, alors nous sommes dans l'incapacit&#233; de rep&#233;rer des indices de r&#233;alit&#233; dans l'inconscient. &lt;br /&gt;&lt;img src=&quot;http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/local/cache-vignettes/L8xH11/puce-1513f.gif&quot; width='8' height='11' alt=&quot;-&quot; style='height:11px;width:8px;' class='' /&gt; L'hypoth&#232;se phylog&#233;n&#233;tique du meurtre du p&#232;re de la horde s'efface au profit du fantasme oedipien qui permet &#224; lui seul de r&#233;activer une trace dont la vivacit&#233; affective &#233;quivaut &#224; l'acte de meurtre. &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Construction dans l'analyse &#187; nous renseigne sur le statut d'un savoir sur l'esprit. La question de la r&#233;alit&#233; psychique est en fait la question de ce qui fait v&#233;rit&#233; pour un sujet, au regard de son fantasme, et non pas selon la sp&#233;cificit&#233; de ses neurones ni les modalit&#233;s de leur fonctionnement.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;6 - Immortalit&#233; et vie de l'esprit&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La biologie nous montre que nous serions g&#233;n&#233;tiquement d&#233;termin&#233;s pour ne pas &#234;tre d&#233;termin&#233;s. En permettant des modifications, la vie permet l'erreur - erreurs f&#233;condes, darwiniennes &#8211; qui autorise l'espace du jeu et du je, et aussi celui de l'Art. L'esprit, la psych&#233; seraient conditionn&#233;s par le biologique. Faudrait-il voir dans le d&#233;ni de ce fait, le repli d'un espoir inavou&#233; d'immortalit&#233; ? &#224; situer dans le registre de la castration.
Le mois dernier, nous avons rappel&#233; que, pour la psychanalyse, le sujet ne pouvait &#234;tre cet individu isol&#233; que nous pr&#233;sente les neurosciences, objet autonome, hors contexte, sans culture ni Autre. L'esprit articule le sujet au collectif (diachronie et synchronie). Pour Freud, la vie de l'esprit (geistigkeit) et son progr&#232;s se situent dans l'effacement des traces mat&#233;rielles dont se constitue la m&#233;moire : &#171; les hommes ont toujours su&#8230;(Ics) qu'ils ont tu&#233; le p&#232;re &#187; : meurtre de Mo&#239;se, des mo&#239;se etc&#8230; L'esprit est affaire de Bios, soit ; la vie de l'esprit est affaire de transmission (et d'oubli) bien plus que de conservation ; &#201;ros et pulsion de mort intriqu&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le vif de la psychanalyse ou la psychanalyse &#224; vif </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fran&#231;oise Abel</dc:creator>

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		<description>J'aimerai repartir de la question du r&#234;ve quand il est &#233;voqu&#233; par &#171; j'ai r&#234;v&#233; de &#187;. Aujourd'hui les neurosciences ont retourn&#233; cette &#233;nonciation : &#171; en fonction de telle aire, le r&#234;ve se produit &#187;. Le discours scientifique est &#171; hors sujet &#187; ; se r&#233;p&#232;te ici la mise &#224; distance du corps propre comme je l'ai d&#233;j&#224; soulign&#233; le 17 Avril. Cela s'entend aussi chez des patients qui s'expriment ainsi : &#171; mon ICS m'a fait r&#234;ver &#187;. Nous ne sommes pas dans une perspective de sujet divis&#233; mais plut&#244;t de sujet cliv&#233;, non (...)

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&lt;a href="http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/-Textes-.html" rel="directory"&gt;Textes&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;J'aimerai repartir de la question du r&#234;ve quand il est &#233;voqu&#233; par &#171; j'ai r&#234;v&#233; de &#187;. Aujourd'hui les neurosciences ont retourn&#233; cette &#233;nonciation : &#171; en fonction de telle aire, le r&#234;ve se produit &#187;. Le discours scientifique est &#171; hors sujet &#187; ; se r&#233;p&#232;te ici la mise &#224; distance du corps propre comme je l'ai d&#233;j&#224; soulign&#233; le 17 Avril. Cela s'entend aussi chez des patients qui s'expriment ainsi : &#171; mon ICS m'a fait r&#234;ver &#187;. Nous ne sommes pas dans une perspective de sujet divis&#233; mais plut&#244;t de sujet cliv&#233;, non responsable, d&#233;barrass&#233; de la culpabilit&#233;, apparemment bien s&#251;r.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les neurosciences ne prennent pas en compte la subjectivit&#233; alors que les r&#233;ponses des aires diff&#233;renci&#233;es sont innovantes, r&#233; entrantes, utilisant un lobe pr&#233;frontal souvent identifi&#233; comme tour de contr&#244;le tandis qu'il s'agit plut&#244;t d'une plaque tournante.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Freud n'a pas publi&#233; &#171; L'Esquisse &#187; ne pouvant expliquer le psychisme par la neurophysiologie. L'incertitude de la repr&#233;sentation, a donn&#233; lieu &#224; sa th&#233;orie marqu&#233;e du signe de l'&#233;quivoque.
Le &#171; d&#233;sir de savoir &#187; de la Cs na&#238;t, en refoulant la pulsion sexuelle ; ainsi &#171; conna&#238;tre c'est aussi &#233;viter de conna&#238;tre le refoul&#233; &#187; ; c'est un impens&#233; de l'approche cognitiviste qui &#233;vite le sexuel, comme si la cognition &#233;mergeait de la cognition seule, ignorant l'Ics comme moteur de recherche.
On pourrait y voir une analogie avec l'ego psychologie et son moi autonome.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Se dessine &#224; l'horizon le r&#234;ve de vivants, qui, comme des machines se dupliqueraient, dans un r&#233;ductionnisme o&#249; l'h&#233;r&#233;dit&#233; psychique devient g&#233;n&#233;tique d&#233;niant les processus identificatoires et la dimension du fantasme.
Dans cette perspective machinique, le corps s'efface, en tant que corps d'un sujet, quand, dans un traitement m&#233;dical, les examens suffiraient sans m&#234;me rencontrer le patient malade.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Privil&#233;gier l'inanim&#233; ob&#232;re le sexuel, dans le m&#234;me temps la vie s'&#233;ternise hors la pulsion de mort quand la science m&#233;dicale promet la r&#233;surrection sur terre avec greffes voire remplacement de g&#232;nes et peut-&#234;tre un jour clonage.
Quand elle n'est plus corr&#233;l&#233;e au langage la sexualit&#233; devient l'objet d'une sexologie naturaliste sans prise en compte des rites sociaux inh&#233;rents &#224; des sujets qui naissent de l'exp&#233;rience.
....&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La cr&#233;ation dans les sciences dures repose pourtant sur la subjectivit&#233;. Cette cr&#233;ation est aussi celle d'un sujet divis&#233;, celui qui peut &#233;merger dans la cure malgr&#233; le savoir d'un Ics qui le suture.
Si les g&#232;nes sont le lieu de toutes les r&#233;ponses aux questions, y compris celle de l'angoisse existentielle, du &#171; pourquoi on vit &#187;, ils permettent d'ignorer la question de la socialit&#233; quand l'organique l&#233;gitime l'ordre de la soci&#233;t&#233;. Si les conduites sont fond&#233;es sur les g&#232;nes, les id&#233;aux d'une perspective de changement, l'horizon de la gu&#233;rison disparaissent. Dans la biologisation des comportements antisociaux, comment la soci&#233;t&#233; s'interroge-t-elle sur la fabrication d'&#234;tres antisociaux quand du m&#234;me coup elle euph&#233;mise la souffrance ? (cf. article sur anorexie dans Lib&#233;) La position m&#233;caniciste peut appara&#238;tre en psychoth&#233;rapie quand il s'agirait de remonter &#224; une cause premi&#232;re sans reste, et ne plus s'interroger sur le sens.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je pense &#224; nouveau &#224; Ishiguro, &#224; ces &#234;tres r&#233;duits &#224; des corps paquets d'organes sans historicisation donc de subjectivation. Est-ce que les fragilit&#233;s narcissiques, qui semblent plus fr&#233;quentes actuellement sous forme de crainte de morcellement, ou d'une r&#233;duction de l'espace psychique par exemple, ont &#224; voir avec la diminution des id&#233;aux et du lien, corr&#233;l&#233;e &#224; l'accroissement du pulsionnel ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si tout est d&#233;termin&#233; g&#233;n&#233;tiquement nous sommes tous innocents. Mais il n'y a pas que la g&#233;n&#233;tique, car certaines id&#233;ologies de la psychanalyse dans lesquelles tout est d&#233;termin&#233; (qu'il s'agisse de l'&#338;dipe ou du signifiant) a conduit &#224; la passivit&#233;, &#224; une sorte de mort psychique. Ces positions vont &#224; l'encontre de la plasticit&#233; neuronale, de l'inventivit&#233; sp&#233;cifique de l'humain.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La croyance en la science devenue l'&#233;nonciatrice de faits psychiques, d&#233;finit en partie une id&#233;ologie du bien &#234;tre, o&#249; toute perte et le chagrin ou la douleur qui l'accompagnent sont facilement d&#233;sign&#233;es comme d&#233;pression. Par ailleurs, l'addiction aux m&#233;dicaments &#224; la diff&#233;rence de celle &#224; l'alcool, n'est pas per&#231;ue comme une addiction tandis qu'elle perp&#233;tue l'angoisse et ne permet pas d'envisager quelle puisse &#234;tre surmont&#233;e.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si on pense que la culpabilit&#233; du sujet est ant&#233;rieure &#224; toute faute on saisit qu'elle ne peut que r&#233;sister au discours m&#233;dical (pas seulement chez le patient mais aussi le soignant). Elle est au c&#339;ur d'une subjectivit&#233; promue par la psychanalyse, quand celle-ci maintient sa dimension subversive hors d'une normativit&#233; fond&#233;e sur cette id&#233;ologie du bien &#234;tre, de la qualit&#233; de vie. Cet id&#233;al parfois entendu dans les cures r&#233;v&#232;le en creux, la souffrance psychique et les interrogations qu'elle peut engendrer.
....&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le secret de l'humain est toujours situ&#233; dans un dehors, ce qui explique peut-&#234;tre ces projets de Robot Sapiens, la difficult&#233; r&#233;sidant cependant dans le fait que la psych&#233; n'est pas un organe que l'on peut remplacer.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;G.Pommier remarque qu'en neurophysiologie le m&#233;diateur est pris pour la cause, l'organe de transmission pour la commande. La cause, en fait subjective, n'est plus recherch&#233;e, au profit d'un catalogue de sympt&#244;mes comme dans le DSM4. Avec humour P.H.C. rappelle que les migraines ne sont pas dues &#224; une carence en Aspirine qui pourtant les soulage. Dans la perspective d'un moi autonome, la cause est uniquement interne, la dimension de l'autre a disparu. On voit donc ainsi que les neurosciences et certaines psychoth&#233;rapies ont un fonds commun de vis&#233;e internaliste r&#233;ductrice. Freud a voulu &#233;clairer le normal avec le pathologique, dans sa recherche conceptuelle ce qui n'est pas le projet des neurosciences et tout particuli&#232;rement des neuro- psychanalytes qui traitent les patients c&#233;r&#233;bro- l&#233;s&#233;s de fa&#231;on sp&#233;cifique ; &#224; quand les psychanalystes sp&#233;cialistes de sympt&#244;mes organiques ou psychiques d&#233;finissant un sujet par l'un de ses traits ce qui est la d&#233;finition m&#234;me du racisme ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;En neuro psychanalyse le &#171; je &#187; s'efface, au profit d'une r&#233;duction de l'&#234;tre &#224; un probl&#232;me neurologique qu'il ne s'agit pas de nier mais d'entendre autrement dans le discours singulier d'une cure. Quelle est cette toute puissance qui consiste &#224; vouloir occuper deux places qui ne peuvent &#234;tre confondues (neurologique et psychanalytique) aupr&#232;s d'un patient ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La rupture &#233;pist&#233;mologique de la psychanalyse s'exprime surtout par le caract&#232;re non reproductible ni g&#233;n&#233;ralisable de la cure qui n'autorise pas &#224; la d&#233;finir comme science au sens strict. Mais &#231;a n'est pas parce que &#231;a n'est pas r&#233;p&#233;table que ce n'est pas vrai et des invariants peuvent &#234;tre d&#233;gag&#233;s apr&#232;s coup.
Si certains neurophysiologistes r&#233;tablissent la subjectivit&#233; ils omettent pourtant l'importance des premi&#232;res interactions ignorant que les &#234;tres humains soumis &#224; leurs exp&#233;riences diff&#232;rent des &#171; enfants sauvages &#187;, lesquels, eux ont &#233;t&#233; v&#233;ritablement &#233;lev&#233; sans l' autre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La psychanalyse ne peut chercher &#224; objectiver le sujet pour &#234;tre valid&#233;e car elle est fond&#233;e sur la dimension transf&#233;rentielle et reconna&#238;t la port&#233;e de l'identification projective. Celle-ci au fondement de la vie psychique, donc de celle des analystes, doit &#234;tre suffisamment rep&#233;r&#233;e afin que puisse &#233;merger l'analyse des transferts. Alors que les fonctionnements inconscients varient &#224; l'infini, ce sont certaines relations mises &#224; jour qui constituent un savoir g&#233;n&#233;ral toujours &#224; revisiter. Ce savoir est autre que celui constitu&#233; &#224; partir d'hypoth&#232;ses pr&#233;alables ; il est une d&#233;couverte, quand peu &#224; peu dans le transfert se subjective ce savoir inconscient, ce savoir insu.
Le sujet de la philosophie jusqu'&#224; Freud &#233;tait le sujet de la conscience. Avec lui la conception du sujet se modifie et la causation du sujet est sa propre contradiction qui l'oblige &#224; choisir. Ce qui est refoul&#233; est cause de d&#233;sir. Le double mouvement d'ali&#233;nation et de libert&#233; est inscrit dans la cure qui ne peut &#234;tre une r&#233;&#233;ducation car elle ouvre &#224; une transformation sans viser le retour &#224; un &#233;tat ant&#233;rieur de sant&#233; d'avant la maladie. Cette singularit&#233; n'est pas un id&#233;al elle est un r&#233;sultat dont nous faisons le constat. L'&#233;valuation est possible en dehors d'un processus de g&#233;n&#233;ralisation.
Les notions psychanalytiques ne sont valides que dans le transfert. Hors transfert, invalid&#233;es de fait, elles apportent satisfaction &#224; notre tendance &#224; la g&#233;n&#233;ralisation s'offrant comme perspective d'appui. Le fourvoiement sociologisant est une tentation permanente. Je pense ici &#224; la prise de parole publique par certains psychanalystes sur ce qu'est un sujet qui va bien, en bonne sant&#233; psychique.
....&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans l'empathie intersubjective se dissout l'asym&#233;trie caract&#233;ristique de la cure psychanalytique et c'est au d&#233;triment de la dimension de l'Ics que la priorit&#233; est donn&#233;e &#224; la conscience et au Moi. Prise dans les id&#233;aux du moment se dessine une psychoth&#233;rapie o&#249; l'identit&#233; doit &#234;tre bien d&#233;finie et int&#233;gr&#233;e, o&#249; rien ne d&#233;passe, bref une psychoth&#233;rapie pour bien portants.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A la diff&#233;rence des autres faits, les faits psychiques tels les sympt&#244;mes ne peuvent &#234;tre isol&#233;s bien que ce soit pourtant le cas par les approches du type DSM4.
Dans ce r&#233;seau de croyances et de d&#233;sirs toute loi psychique est sujette &#224; caution et la r&#233;duction objectiviste ne peut en rendre compte.
Les auteurs critiques de Freud tel Grunbaum cit&#233; par PHC visent l''Ics comme un Ics &#224; c&#244;t&#233; de la Cs et non pas comme un Ics d'une conscience. La subjectivit&#233; n'est pas un en plus, ainsi que l'appr&#233;hende Grunbaum. PHC montre que celui-ci voudrait prouver que dans la cure c'est la suggestion qui agit, mais en fait les exp&#233;rimentations n'ayant pu prouver quand elle n'agit pas, il ne peut prouver qu'elle agit. L&#224; encore, il y a confusion entre ce qui se veut une preuve scientifique et ce qu'est un argument rationnel. En ce qui concerne la suggestion Freud avait pourtant compris la le&#231;on de ses patientes hyst&#233;riques.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Une partie des Neurosciences prend en compte le mode relationnel du fonctionnement du cerveau humain &#224; partir des th&#233;ories du d&#233;veloppement, mais en quoi des sujets peuvent ils se saisir de leur activit&#233; c&#233;r&#233;brale r&#233;agissant &#224; celle du cerveau d'une autre personne, pour cr&#233;er du sens ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les TCC ne peuvent penser le sympt&#244;me comme une solution, aussi ce qu'elles proposent ce sont des proc&#233;d&#233;s permettant de s'en prot&#233;ger. Quel sens &#233;merge chez des patients quand les TCC s'appuient sur un mat&#233;riel g&#233;n&#233;ral testable pour en faire mesurer l'efficacit&#233; par des patients eux-m&#234;mes, devenus ainsi en quelque sorte coth&#233;rapeutes ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Les TCC &#233;voluent &#224; partir des r&#233;sultats obtenus par essais erreurs, s &#8216;int&#233;grant ainsi aux formes traditionnelles de l'enseignement m&#233;dical.
Ce savoir qui se veut universel s'oppose &#224; la psychanalyse qui interroge les id&#233;aux et insiste sur ce que l'on ne veut pas savoir. Ses d&#233;couvertes sont d&#233;tourn&#233;es, mod&#233;lis&#233;es sur les sciences cognitives, quand par exemple pour le justifier on s'empresse d'expliquer un lapsus. La notion d'Ics a pourtant cr&#233;&#233; un glissement dans l'id&#233;e de causalit&#233; : nous entendons autrement nos &#171; parce que &#187; et &#171; puisque &#187;, connaissant ce qu'on nomme fort &#224; propos nos rationalisations. A l'inverse, la cure est un processus de d&#233;liaison, de la forme interrogative elle-m&#234;me. ....&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;A la diff&#233;rence d'une intersubjectivit&#233; faite de reconnaissance mutuelle, en analyse c'est un tiers terme qui est vis&#233; dans le transfert non un semblable et c'est le silence qui accro&#238;t la possibilit&#233; d'&#233;laboration.
Il ne s'agit pas de faire fi de la souffrance du sujet rappelle PHC mais la v&#233;rit&#233; recherch&#233;e est au-del&#224;. Et c'est avec humour qu'il ajoute &#171; heureusement que les analystes peuvent retrouver les modes habituels de la relation ne serait-ce qu'en s'imitant entre eux, encore + peut-&#234;tre quand ils se pensent comme l'&#233;nigme muette elle-m&#234;me &#187;.
La &#171; gu&#233;rison par surcro&#238;t &#187; n'est pas refuser l'id&#233;e d'un mieux &#234;tre et dans cette perspective les effets de la cure sont attest&#233;s. Le risque pour la psychanalyse c'est autant d'&#234;tre au service d'une politique conservatrice conformiste qu'&#224; son contraire en devenant &#233;nonciatrice de pr&#233;ceptes de vie. Face au soubassement naturaliste de la neurobiologie, prise entre la causalit&#233; classique des Sciences et les interpr&#233;tations sans action r&#233;elle de la philosophie, la psychanalyse ne peut utiliser les m&#234;mes crit&#232;res que ces disciplines pour d&#233;finir sa validit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Plasticit&#233; et trauma : la psychanalyse &#224; l'&#233;preuve de la neurologie</title>
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		<dc:date>2009-02-15T12:21:26Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mireille Delbraccio</dc:creator>

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		<description>Ateliers de psychanalyse S&#233;minaire &#171; Le vif de la psychanalyse ou la psychanalyse &#224; vif &#187; &lt;br /&gt;Plasticit&#233; et trauma : la psychanalyse &#224; l'&#233;preuve de la neurologie &lt;br /&gt;Je remercie vivement Fran&#231;oise Abel et Catherine Debeugny de m'avoir invit&#233;e &#224; participer &#224; leur s&#233;minaire consacr&#233; &#224; un questionnement sur &#171; psychanalyse et neurosciences &#187;, d'autant plus que les comp&#233;tences qui sont les miennes ne m'y pr&#233;disposaient pas v&#233;ritablement. En effet, c'est essentiellement &#224; partir de ma formation philosophique que je porte (...)


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ateliers de psychanalyse
S&#233;minaire &#171; Le vif de la psychanalyse ou la psychanalyse &#224; vif &#187;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;strong class=&quot;spip&quot;&gt;Plasticit&#233; et trauma : la psychanalyse &#224; l'&#233;preuve de la neurologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je remercie vivement Fran&#231;oise Abel et Catherine Debeugny de m'avoir invit&#233;e &#224; participer &#224; leur s&#233;minaire consacr&#233; &#224; un questionnement sur &#171; psychanalyse et neurosciences &#187;, d'autant plus que les comp&#233;tences qui sont les miennes ne m'y pr&#233;disposaient pas v&#233;ritablement. En effet, c'est essentiellement &#224; partir de ma formation philosophique que je porte un int&#233;r&#234;t particulier &#224; la psychanalyse, mais je ne suis ni analyste, ni clinicienne. Pour affronter, &#224; mon tour, l'actualit&#233; de ce d&#233;bat entre les neurosciences et la psychanalyse, j'ai donc choisi de convoquer un auteur que Catherine Debeugny a mentionn&#233;, mais qui ne se trouvait pas au c&#339;ur de ses analyses : la philosophe Catherine Malabou &#8212; et ce pour deux raisons. La premi&#232;re tient &#224; ce que deux de ses r&#233;cents ouvrages installent leur questionnement au c&#339;ur d'un dialogue avec les neurosciences : Que faire de notre cerveau ? (Bayard, 2004), Les nouveaux bless&#233;s. De Freud &#224; la neurologie, penser les traumatismes contemporains (Bayard, 2007). La seconde raison r&#233;side dans le fait que les travaux de Catherine Malabou n'ont cess&#233; d'interroger depuis une dizaine d'ann&#233;es, tant du point de vue philosophique que du point de vue &#233;pist&#233;mologique, l'id&#233;e de plasticit&#233;. Or Catherine Debeugny a bien mis en &#233;vidence la place centrale que ce concept de plasticit&#233; occupe dans la neurobiologie et aussi, &#224; un autre titre, dans la psychanalyse.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Depuis la publication de sa th&#232;se sur Hegel, L'Avenir de Hegel. Plasticit&#233;, temporalit&#233;, dialectique , jusqu'&#224; son livre de 2005, La plasticit&#233; au soir de l'&#233;criture : dialectique, destruction, d&#233;construction , Catherine Malabou s'est employ&#233;e &#224; esquisser le mouvement d'une &#171; histoire &#187; au cours de laquelle ce concept de plasticit&#233; s'impose comme un &#171; sch&#232;me moteur &#187; en philosophie, voire comme &#171; le style d'une &#233;poque &#187; &#8212; de Hegel &#224; Heidegger, de Heidegger &#224; Derrida. Elle a d'abord montr&#233; comment le concept de plasticit&#233; d&#233;finit en profondeur, dans la philosophie de Hegel, la proposition sp&#233;culative en introduisant l'id&#233;e d'une &#171; plastique sp&#233;culative &#187;. Relativement r&#233;cent puisqu'il a &#233;t&#233; introduit par Goethe au XIX&lt;sup class=&quot;typo_exposants&quot;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, le terme de plasticit&#233; recouvre deux significations oppos&#233;es : peut &#234;tre dit &#171; plastique &#187; ce qui est susceptible de recevoir comme de donner la forme (argile, glaise, etc.), mais aussi de la changer, voire m&#234;me de l'an&#233;antir (le &#171; plasticage &#187; d&#233;signant une explosion). C. Malabou rappelle que Hegel emprunte &#224; l'esth&#233;tique &#8212; et &#224; la sculpture en particulier, qui est pour lui l'art plastique par excellence &#8212; les termes de &#171; plastique &#187; et de &#171; plasticit&#233; &#187; pour d&#233;signer ce que requiert l' &#171; op&#233;ration sp&#233;culative &#187; . Ainsi les diff&#233;rents moments du d&#233;veloppement de l'esprit que la Ph&#233;nom&#233;nologie de l'esprit parcourt sont &#171; autant de mani&#232;res qu'il a de s'incarner dans les formes singuli&#232;res que sont ses manifestations &#187; . ....&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Nous rappellerons bri&#232;vement les deux grands moments qui scandent l'histoire de l'esprit : le premier &#8212; celui de l'Antiquit&#233; grecque &#8212; correspond au processus de formation de la conscience naturelle, dans lequel l'esprit informe la mati&#232;re, produisant l'universel &#224; partir du concret et requiert un premier type de plasticit&#233; : &#171; celui par lequel l'esprit informe, en la d&#233;formant, l'imm&#233;diatet&#233; de la forme naturelle &#187; en produisant des repr&#233;sentations. Le proc&#232;s de culture caract&#233;ristique des Temps modernes requiert, lui, l'&#233;mergence d'un second type de plasticit&#233;, o&#249; les repr&#233;sentations sont d&#233;sormais la mati&#232;re et o&#249; la plasticit&#233; &#171; vise &#224; la d&#233;formation-information, autrement dit &#224; l'interpr&#233;tation, non plus de la nature mais de la forme repr&#233;sentative &#187; , que Hegel nomme &#171; forme abstraite &#187;. La plasticit&#233; sp&#233;culative consiste alors &#224; &#171; fluidifier &#187; les habitudes repr&#233;sentatives de la pens&#233;e. Catherine Malabou montre encore que la notion de plasticit&#233; s'applique &#233;galement chez Hegel au d&#233;veloppement de la subjectivit&#233; : pour Hegel, &#171; le Soi n'est pas un sujet en repos supportant passivement les accidents, mais il est le concept se mouvant soi-m&#234;me et reprenant en soi-m&#234;me les d&#233;terminations &#187; . Est encore dit plastique le rapport que la subjectivit&#233;, &#224; travers le proc&#232;s de temporalisation qui la constitue, entretient avec l'accident, avec ce qui arrive.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Dans ses travaux ult&#233;rieurs, C. Malabou met en &#233;vidence qu'en philosophie comme dans le domaine de l'art , la plasticit&#233; semble constituer un sch&#232;me op&#233;ratoire de plus en plus pr&#233;gnant : &#171; La plasticit&#233; demande d'acc&#233;der au concept &#187;. Cette situation se trouvant corrobor&#233;e par la place centrale que la plasticit&#233;, en d&#233;signant la propri&#233;t&#233; essentielle du cerveau humain, occupe en neurologie, l'on comprend que C. Malabou se soit engag&#233;e ces derni&#232;res ann&#233;es dans une enqu&#234;te portant sur l'usage que les neurosciences font de ce terme. En s'appuyant sur des travaux r&#233;cents dans le champ des neurosciences, dans Que faire de notre cerveau ? &#8212; qu'elle qualifie elle-m&#234;me d' &#171; exercice &#233;pist&#233;mologique &#187; &#8212;, C. Malabou nous fait prendre la mesure que &#171; le cerveau n'est pas tout fait &#187;, et que sa triple plasticit&#233; &#8212; plasticit&#233; de d&#233;veloppement, plasticit&#233; de modulation, plasticit&#233; de r&#233;paration &#8212; fa&#231;onne son &#171; historicit&#233; constitutive &#187; : &#171; Le cerveau est une &#339;uvre et nous ne le savons pas &#187; . Apr&#232;s avoir examin&#233; le champ d'action de la plasticit&#233; neuronale, elle nous confronte au constat que le fonctionnement plastique et r&#233;ticulaire du cerveau est devenu la forme m&#234;me de notre monde, conform&#233;ment &#224; l'id&#233;ologie neuronale qui se repr&#233;sente la soci&#233;t&#233; comme un vaste r&#233;seau connexionniste, d&#233;gag&#233; de la contrainte des sch&#233;mas de gestion centralis&#233;e, marquant ainsi la fin ou la &#171; crise &#187; de la repr&#233;sentation du cerveau comme machine &#224; centraliser les informations. L'argumentation prend alors un tour plus inattendu en tentant d'&#233;tablir une jonction entre le neuronal et le champ sociopolitique. Les discours sur la &#171; flexibilit&#233; &#187;, sur l'adaptation ou la r&#233;activit&#233;, sont alors analys&#233;s comme un &#171; avatar id&#233;ologique de la plasticit&#233; &#187;, relevant de l' &#171; esprit du capitalisme &#187; : &#171; La remise en cause de la centralit&#233;, principal point de passage entre le neuronal et le politique, est aussi le principal point de passage entre les discours neuroscientifiques et les discours du management, entre le fonctionnement du cerveau et le fonctionnement de l'entreprise &#187; . ....&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Un troisi&#232;me volet de l'enqu&#234;te s'attache &#224; la conception du sujet ou du &#171; Soi &#187; qui soutient les discours neuroscientifiques : qu'est-ce donc que le Soi synaptique ou le &#171; proto-Soi &#187; dont parle Damasio ? Dans quelle mesure peut-on penser une identit&#233; personnelle &#224; partir des configurations neuronales ? La r&#233;ponse que propose C. Malabou est d'introduire, dans le registre de la plasticit&#233; c&#233;r&#233;brale, &#171; un quatri&#232;me type de plasticit&#233; jamais envisag&#233; comme tel par les neuroscientifiques &#8212; qui rend possible et qualifie la formation de la personne singuli&#232;re &#224; partir de la matrice neuronale &#187; . Le fa&#231;onnement de l'identit&#233; est ainsi pr&#233;sent&#233; comme une &#171; dialectique de l'auto-constitution du Soi &#187;, &#233;labor&#233;e gr&#226;ce &#224; une &#171; plasticit&#233; de l'entre-deux &#187;, une &#171; plasticit&#233;-lien &#187; qui &#339;uvre entre fa&#231;onnement et destruction : &#171; Entre surgissement et explosion de la forme, la subjectivit&#233; se lance le d&#233;fi plastique &#187; .&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le dernier livre de C. Malabou, Les nouveaux bless&#233;s, auquel nous nous int&#233;resserons plus particuli&#232;rement, prend sa source &#224; la jonction de la poursuite de son enqu&#234;te philosophique sur la notion de &#171; plasticit&#233; &#187; et d'une exp&#233;rience plus personnelle : la confrontation &#224; ce qu'elle nomme l' &#171; &#233;preuve de d&#233;personnalisation &#187; de sa grand-m&#232;re op&#233;r&#233;e par la maladie d'Alzheimer. Ce dont l'auteur prend la mesure dans cette exp&#233;rience, c'est que la maladie a v&#233;ritablement &#171; &#339;uvr&#233; &#187; &#224; transformer l'identit&#233; m&#234;me de cette femme, devenue au fil de la &#171; d&#233;saffection &#187; et de l' &#171; absentement &#187; &#224; elle-m&#234;me, ce &#171; quelqu'un d'autre &#187;, &#233;trang&#232;re &#224; elle-m&#234;me et m&#233;connaissable pour les siens. Apprendre que la maladie d'Alzheimer &#233;tait une pathologie c&#233;r&#233;brale l'a alors conduite &#224; s'interroger sur la souffrance proprement c&#233;r&#233;brale : &#171; Se pouvait-il donc que le cerveau souffre ? [&#8230;] Se pouvait-il qu'il existe un genre de souffrance qui cr&#233;e une identit&#233; nouvelle, l'identit&#233; inconnue de l'inconnu(e) qui la souffre ? &#187; Et &#224; constater du m&#234;me coup l'impuissance de la psychanalyse, laquelle n'aurait, selon elle, &#171; pas tout dit au sujet de la souffrance psychique &#187; et n'a jamais &#171; pris en compte ce type de l&#233;sion &#187; . C'est d'ailleurs d'un double constat d'impuissance que part C. Malabou : impuissance de la psychanalyse, mais aussi impuissance de la philosophie, ajoute-t-elle, &#224; identifier la souffrance c&#233;r&#233;brale comme souffrance psychique, &#224; &#171; proposer un abord &#224; la fois &#233;pist&#233;mologique et clinique de cette souffrance &#187; .&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'appellation de &#171; nouveaux bless&#233;s &#187; d&#233;signe donc ces &#171; bless&#233;s psychiques &#187; que sont les &#171; c&#233;r&#233;brol&#233;s&#233;s &#187;, tous ceux que la &#171; psychanalyse traditionnelle &#187; n'est, selon C. Malabou, pas &#224; m&#234;me de prendre en compte : les malades d'Alzheimer ou de Parkinson, les sujets atteints de dommages neurologiques irr&#233;versibles, mais aussi les traumatis&#233;s de guerre, v&#233;t&#233;rans du Vietnam ou de l'Irak, les victimes d'actes terroristes ou de violences diverses. Plus largement, la cat&#233;gorie de &#171; nouveaux bless&#233;s &#187; s'&#233;tend, au-del&#224; des patients c&#233;r&#233;bro-l&#233;s&#233;s, &#224; &#171; tous ceux qui sont en &#233;tat de choc et qui, sans avoir subi au d&#233;part de l&#233;sions c&#233;r&#233;brales, n'en voient pas moins leur organisation neuronale et leur &#233;quilibre psychique alt&#233;r&#233;s par le trauma &#187; . Appr&#233;hender ces nouvelles pathologies exige, selon C. Malabou, de reconna&#238;tre et d'identifier la souffrance c&#233;r&#233;brale comme &#171; souffrance psychique &#187;, et ce travail de reconnaissance ne peut s'effectuer que sur la base d'une &#171; refonte th&#233;orique totale &#187; de la psychopathologie, ce qui signifie pour elle aussi bien une &#171; r&#233;orientation de la clinique &#187; qu'une &#171; r&#233;vision philosophique des bases m&#234;mes de cette r&#233;orientation &#187; . Autant dire que la confrontation entre les outils th&#233;oriques de la psychanalyse et ceux de la neurologie &#224; partir d'une interrogation sur ces &#171; nouveaux visages de la souffrance &#187; qu'engage C. Malabou est porteuse d'un enjeu important pour la psychanalyse puisqu'elle a pour horizon une &#171; red&#233;finition de la psych&#233; elle-m&#234;me &#187;. Nous aurons &#224; mesurer la port&#233;e de cette revendication.
....&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Plasticit&#233; et m&#233;tamorphoses de l'identit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Catherine Malabou montre que la souffrance &#171; c&#233;r&#233;brale &#187; met en jeu un &#171; nouveau visage &#187; de la plasticit&#233; qui, sous l'effet de la blessure, produit chez ces malades une v&#233;ritable destruction, ou &#171; d&#233;saffection &#187; de soi, allant jusqu'au changement de personnalit&#233;, jusqu'&#224; l'effacement de la forme de l'identit&#233; pr&#233;c&#233;dente et cr&#233;ant &#171; une certaine forme d'&#234;tre correspondant &#224; la naissance d'une nouvelle personne, m&#233;connaissable &#187; . Cette plasticit&#233; post-l&#233;sionnelle est une plasticit&#233; &#171; destructrice &#187; et l'on est alors renvoy&#233; au troisi&#232;me sens de la plasticit&#233;, celui de l'an&#233;antissement. Ce que nous donnent en effet &#224; voir ces nouveaux bless&#233;s, c'est une transformation par destruction : &#171; Les c&#233;r&#233;bro-l&#233;s&#233;s ont en commun ce changement de personnalit&#233; qui conduit leur entourage &#224; conclure &#224; une m&#233;tamorphose &#187; . Mais il faut noter que l'&#339;uvre de la destruction n'annihile pas la forme, puisqu'une identit&#233; se transforme et se d&#233;truit pour en former une autre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;D'un point de vue ph&#233;nom&#233;nologique, C. Malabou souligne que les nouvelles identit&#233;s des patients neurologiques se traduisent par la d&#233;saffection ou la froideur, par la &#171; d&#233;sertion &#187; d'une partie de la psych&#233;, ce qu'elle explique par le fait que tous les d&#233;ficits c&#233;r&#233;braux ont une r&#233;percussion sur les sites inducteurs d'&#233;motions. Il s'agit l&#224; d'une nouvelle identit&#233; &#171; par d&#233;faut, &#233;labor&#233;e &#224; partir de la perte &#187;. Pour d&#233;crire cette m&#233;tamorphose des nouveaux bless&#233;s, l'auteur nous renvoie au fameux cas paradigmatique de Phineas Gage , cit&#233; dans de nombreux trait&#233;s de neurologie, dont la m&#233;tamorphose est d&#233;crite par Damasio dans L'erreur de Descartes en ces termes : &#171; Le corps de Gage sera bien vivant, mais c'est une nouvelle &#226;me qui l'habitera [&#8230;] Gage n'&#233;tait plus Gage &#187;. Cette plasticit&#233; &#171; n&#233;gative &#187; produit la &#171; d&#233;sertion de l'identit&#233; &#187;, &#171; l'absence de soi et l'absence &#224; soi &#187;. Dans cette transformation radicale de l'identit&#233;, l'enjeu central est de reconna&#238;tre la &#171; valeur causale d&#233;terminante &#187; de la blessure, ce qui revient &#224; prendre en compte son pouvoir plastique sur le psychisme : &#171; &#192; la froideur des causes du traumatisme r&#233;pond la froideur du comportement &#187; . De ce point de vue, nous sommes au plus loin de Freud, pour lequel la conception psychanalytique du trauma repose sur le postulat fondamental de l'incompatibilit&#233; de la l&#233;sion organique avec l'apparition de la n&#233;vrose. Nous reviendrons ult&#233;rieurement sur la question d'une red&#233;finition du trauma, alternative &#224; la psychanalyse, qui est l'un des enjeux cruciaux de l'ouvrage de C. Malabou. ....&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Contrairement &#224; la notion de plasticit&#233; dont Freud fait &#233;galement usage pour d&#233;signer deux ph&#233;nom&#232;nes essentiels, d'une part, la vitalit&#233; de la libido et de l'autre, le caract&#232;re indestructible du psychique, l'hypoth&#232;se d'une plasticit&#233; neurologique destructrice remet en cause, aux yeux de C. Malabou, l'affirmation centrale de la psychanalyse selon laquelle l'indestructibilit&#233; est la r&#232;gle de la vie psychique ainsi que l'id&#233;e d'une continuit&#233; de la personnalit&#233; dans la pathologie que Freud exprime ainsi : &#171; Cette extraordinaire plasticit&#233; des d&#233;veloppements psychique [&#8230;] On peut la d&#233;signer comme une capacit&#233; particuli&#232;re au retour en arri&#232;re &#8212; r&#233;gression &#8212; car il peut arriver qu'un stade ult&#233;rieur et plus &#233;lev&#233; de d&#233;veloppement, qui a &#233;t&#233; abandonn&#233;, ne puisse pas &#234;tre de nouveau atteint. Mais les &#233;tats primitifs peuvent toujours &#234;tre r&#233;instaur&#233;s ; le psychique primitif est, au sens le plus plein imp&#233;rissable. [&#8230;] L'essence de la maladie mentale, c'est le retour &#224; des &#233;tats ant&#233;rieurs de la vie affective et de la fonction &#187; . Dans le cas des malades c&#233;r&#233;braux, il semblerait qu'il n'y ait pas de retour possible en arri&#232;re, que la nouvelle forme &#171; emporte l'original &#187;, qu'entre l'identit&#233; des sujets avant et apr&#232;s la l&#233;sion ou le trauma, &#171; il n'y ait aucun rapport [&#8230;] et que l'identit&#233; nouvelle soit, encore une fois, sans pr&#233;c&#233;dent &#187;, affirme C. Malabou, qui aper&#231;oit pr&#233;cis&#233;ment dans l'attitude de froideur, dans ce &#171; th&#233;&#226;tre de l'absence &#187;, l'argument &#171; le plus convaincant en faveur de cette m&#233;tamorphose &#187; . L'av&#232;nement d'une nouvelle personnalit&#233; psychique &#171; m&#233;connaissable &#187; signe du m&#234;me coup, du point de vue clinique, l'inad&#233;quation de la cure psychanalytique &#171; classique &#187; et exige &#171; une nouvelle mani&#232;re de soigner &#187; qui ne peut plus se fonder, selon C. Malabou, sur l'investigation du pass&#233;, ni sur l'exploration de la m&#233;moire ou des traces psychiques : &#171; La neurologie contemporaine insiste d&#232;s lors sur la n&#233;cessit&#233; de penser un nouveau rapport de l'inconscient &#224; la destruction, c'est-&#224;-dire &#224; la n&#233;gativit&#233;, &#224; la perte et &#224; la mort &#187; . Faut-il pour autant accepter cette vision quelque peu limitative de la cure psychanalytique, ainsi r&#233;duite au travail de l'anamn&#232;se ?&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;S'esquissent donc d&#233;j&#224; les premiers points de rupture entre neurologie et psychanalyse, avant que ne s'engage une r&#233;flexion plus pr&#233;cis&#233;ment centr&#233;e sur les raisons plus fondamentales du rapport conflictuel qu'entretiennent aujourd'hui la psychanalyse et la neurologie. C. Malabou soutient l'hypoth&#232;se qu'elles concernent une &#171; lutte pour la domination &#233;tiologique &#187; quant &#224; l'&#233;v&#233;nement, psychique ou traumatique, laquelle se pose dans les termes d'une alternative : &#233;v&#233;nementialit&#233; sexuelle de la psychanalyse versus &#233;v&#233;nementialit&#233; c&#233;r&#233;brale des neurosciences : &#171; Sexe et cerveau apparaissent ainsi aujourd'hui comme des &#233;conomies concurrentes de l'exposition du psychisme &#224; la blessure &#187;. ....&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&#171; Du sexe au cerveau &#187;
Soulignant son int&#233;r&#234;t croissant pour l'&#233;tude du cerveau, de son fonctionnement et de ses pathologies &#8211; au point d'affirmer qu'il y a pour elle un &#171; avant &#187; et un &#171; apr&#232;s &#187; de ce qu'elle nomme son &#171; incursion &#187; dans le domaine des neurosciences &#8212;, C. Malabou situe d'embl&#233;e le point d'ancrage de sa r&#233;flexion dans l'examen du &#171; cerveau affectif &#187;, ou &#233;motionnel, de ses sites conducteurs d'&#233;motions, donc dans cette &#171; dimension affective &#187; du cerveau, dont elle estime qu'elle est rest&#233;e la &#171; part jusqu'ici m&#233;connue de la psych&#233; &#187; , une part que, selon elle, &#171; beaucoup de psychanalystes ignorent ou feignent d'ignorer aujourd'hui &#187;. Ainsi l'activit&#233; c&#233;r&#233;brale exc&#232;de-t-elle largement le seul travail de la cognition pour embrasser &#171; le tissage affectif, sensible et &#233;rotique &#187; sans lequel il n'y aurait ni cognition, ni conscience : le cerveau en tant qu'organe moteur de &#171; la chimie amoureuse &#187; .&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le cerveau appara&#238;t ainsi comme &#233;tant &#224; l'origine de tous nos attachements et comme le lieu privil&#233;gi&#233; de la constitution des affects, lesquels prennent leur source dans des processus neuronaux ou hormonaux. C'est ce que C. Malabou th&#233;matise sous la d&#233;nomination d'&#171; auto-affection c&#233;r&#233;brale &#187; : en effet, les neurones-miroirs, en percevant l'activit&#233; commise par un autre, codent et g&#233;n&#232;rent le mouvement de la m&#234;me mani&#232;re que s'il &#233;tait activ&#233; par le sujet lui-m&#234;me. La mise au jour d'un &#171; cerveau &#233;motionnel &#187; &#8212; auquel est li&#233; ce que d'aucuns nomment l'&#171; inconscient c&#233;r&#233;bral &#187; , constitu&#233; du &#171; noyau &#187; o&#249; se trame la dynamique originaire de l'attachement &#224; la vie &#8212; apte &#224; &#171; supporter l'excitation de son propre dedans &#187;, capable d'en produire des repr&#233;sentations &#8212; joue un r&#244;le fondamental dans l'&#233;laboration de cette nouvelle approche des neurosciences qui tend pr&#233;cis&#233;ment &#171; &#224; assimiler &#224; nouveaux frais cerveau et psychisme &#187;. Avec pour premi&#232;re cons&#233;quence que la notion freudienne de &#171; libido &#187; tend alors &#224; s'effacer derri&#232;re la notion plus vague d'&#171; app&#233;tits &#187;, dont elle ne repr&#233;senterait plus qu'une &#171; esp&#232;ce &#187;. C. Malabou cite &#224; ce propos Solms : &#171; L&#224; o&#249; Freud utilise le terme sexuel de &#8220;libido&#8221; pour caract&#233;riser la fonction mentale activ&#233;e par tous les types de besoins corporels, les neurobiologistes modernes parlent d'&#8220;app&#233;tits &#8221; &#187; . Alors que, pour Freud, la libido, en tant que &#171; manifestation dynamique &#187; de la pulsion sexuelle, permet de d&#233;finir l'&#233;nergie psychique dans son ensemble, les neurologues rejettent pr&#233;cis&#233;ment ce que Freud a qualifi&#233; sous le terme d' &#171; &#233;nergie psychique &#187;.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La th&#233;orie freudienne des relations entre le psychisme et le somatique d&#233;pend d'une conception selon laquelle l'&#233;nergie psychique prend le relais de l'&#233;nergie nerveuse lorsqu'il s'agit de faire face, notamment dans l'Esquisse d'une psychologie scientifique, &#224; l'impuissance du syst&#232;me nerveux &#224; contenir l'excitation qui lui vient de l'int&#233;rieur. Ainsi Freud va-t-il finalement identifier cette r&#233;gulation interne &#224; la pulsion, dont le travail de r&#233;gulation n&#233;cessite la d&#233;limitation d'un espace propre, qui en un sens &#171; contourne &#187; le syst&#232;me nerveux, donc le cerveau, et d&#233;tourne une part de son surcro&#238;t &#233;nerg&#233;tique : cet espace est celui de l'appareil psychique. Pour Freud, dont C. Malabou rappelle qu'il ne contestera jamais la m&#233;taphore du cerveau &#171; centrale &#233;lectrique &#187; d&#233;velopp&#233;e par Breuer dans les &#201;tudes sur l'hyst&#233;rie, le cerveau n'est que le pur et simple lieu de transmission de l'&#233;nergie. Or ce que C. Malabou caract&#233;rise chez Freud comme un &#171; d&#233;doublement entre syst&#232;me nerveux et appareil psychique &#187; , c'est cela m&#234;me que la neurologie contemporaine ne peut que r&#233;futer : &#171; On sait aujourd'hui que l'&#233;nergie mentale n'est pas extra-neuronale : l'axone du neurone produit l'influx nerveux qui se propage vers les terminaisons nerveuses. L'id&#233;e que la libido organise la vie psychique perd ici son unique argument neurophysiologique. [&#8230;] Il n'y a qu'une &#233;nergie, l'&#233;nergie nerveuse. Il n'y a qu'un seul circuit &#233;nerg&#233;tique : la dynamique neuronale. [&#8230;] L'argument majeur du cong&#233; donn&#233; &#224; la libido et &#224; la pulsion tient &#224; l'affirmation selon laquelle le cerveau r&#233;gule ce qui lui arrive sans ing&#233;rence ext&#233;rieure &#187; . ....&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Pour unifier les divers discours sur le cerveau issus des neurosciences, C. Malabou invente un nouveau concept, qu'elle va faire fonctionner comme un v&#233;ritable paradigme : le concept de c&#233;r&#233;bralit&#233;, dont elle situe assez curieusement le frayage dans une sorte de filiation freudienne (&#224; travers une convocation assez syst&#233;matique des textes de Freud). De la m&#234;me mani&#232;re que Freud &#233;tablit une distinction entre &#171; sexe &#187; et &#171; sexualit&#233; &#187;, (nous dirions plut&#244;t entre la sexualit&#233; et le &#171; sexuel &#187;), il est devenu aujourd'hui n&#233;cessaire de postuler une diff&#233;rence entre &#171; cerveau &#187; et &#171; c&#233;r&#233;bralit&#233; &#187; : &#171; Si le cerveau d&#233;signe l'ensemble des fonctions c&#233;r&#233;brales, la c&#233;r&#233;bralit&#233; quant &#224; elle caract&#233;rise proprement la valeur causale des dommages survenant &#224; ces fonctions, c'est-&#224;-dire leur capacit&#233; &#224; d&#233;terminer le cours de la vie psychique &#187; .&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'enjeu majeur de l'invention de la &#171; c&#233;r&#233;bralit&#233; &#187; concerne donc clairement la causalit&#233; ou l'&#233;tiologie des troubles psychiques &#8212; qui va &#234;tre au c&#339;ur d'une discussion tr&#232;s large des th&#232;ses freudiennes sur la sexualit&#233;, les pulsions et le trauma. Ce nouveau concept sert &#224; affirmer la co&#239;ncidence entre l'&#233;v&#233;nement c&#233;r&#233;bral et l'&#233;v&#233;nement psychique. Alors que C. Malabou note tr&#232;s justement que, d&#232;s l'Esquisse de 1895, la question qui int&#233;resse Freud est bien plut&#244;t celle de l'inscription de l'&#233;v&#233;nement traumatique dans le psychisme (frayage), elle rapporte cette posture th&#233;orique &#224; un suppos&#233; &#171; rejet freudien d'un psychisme c&#233;r&#233;bral &#187;. La &#171; c&#233;r&#233;bralit&#233; &#187; telle que la d&#233;finit C. Malabou ne se r&#233;duit d'ailleurs pas &#224; l'ensemble des troubles qui peuvent affecter le syst&#232;me nerveux central, mais vient plut&#244;t qualifier le &#171; retentissement psychique &#187; d'un accident qui d&#233;truit la personnalit&#233; ant&#233;rieure d'un patient &#8212; que ce soit dans la maladie d'Alzheimer ou dans des traumas de guerre.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Si la mise au jour du concept de c&#233;r&#233;bralit&#233; est devenue n&#233;cessaire, aux yeux de C. Malabou, c'est parce que la c&#233;r&#233;bralit&#233; tend &#224; occuper aujourd'hui, &#171; insidieusement mais s&#251;rement &#187;, la place de la sexualit&#233; dans le discours et la pratique psychopathologiques. Cette affirmation conduit toute la d&#233;monstration men&#233;e dans la premi&#232;re partie de l'ouvrage qui s'intitule pr&#233;cis&#233;ment : &#171; La subordination neurologique de la sexualit&#233; &#187;. Par subordination de la sexualit&#233; &#224; la c&#233;r&#233;bralit&#233;, il faut entendre &#171; l'effacement de la sp&#233;cificit&#233; du sexuel dans l'&#233;conomie g&#233;n&#233;rale des affects &#187; &#8212; laquelle est bien &#233;videmment command&#233;e par le cerveau. Avec son corr&#233;lat : la pr&#233;dominance &#233;tiologique de plus en plus grande de la c&#233;r&#233;bralit&#233; dans la psychopathologie sous l'influence des d&#233;couvertes neuroscientifiques : &#171; L'&#233;v&#233;nement psychique cesse d&#233;sormais d'&#234;tre consid&#233;r&#233; comme un &#233;v&#233;nement sexuel &#187; et, de ce fait, la sexualit&#233; &#171; ne b&#233;n&#233;ficie plus d'aucune extra-territorialit&#233; par rapport au c&#233;r&#233;bral &#187; . ....&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Que la neurobiologie du cerveau fasse appara&#238;tre un type de causalit&#233; diff&#233;rent de ce que Freud nomma &#171; l'&#233;tiologie sexuelle des n&#233;vroses &#187;, on en conviendra ais&#233;ment. Mais en creusant l'&#233;cart et l'incompatibilit&#233; de ces deux paradigmes &#8212; sexualit&#233; et c&#233;r&#233;bralit&#233; &#8212;, qu'elle fait jouer l'un contre l'autre sur un mode tr&#232;s dialectique (apr&#232;s la subordination neurologique de la sexualit&#233;, la deuxi&#232;me partie du livre s'intitule &#171; La neutralisation de la c&#233;r&#233;bralit&#233; &#187; et se consacre plus particuli&#232;rement &#224; l'examen critique des th&#232;ses de Freud), C. Malabou laisse le lecteur dans une relative ind&#233;termination. La confrontation entre les concepts de sexualit&#233; et de c&#233;r&#233;bralit&#233; aurait sans doute gagn&#233; &#224; &#234;tre mise &#224; l'&#233;preuve de la clinique psychanalytique des patients c&#233;r&#233;bro-l&#233;s&#233;s, qui, me semble-t-il, met en &#339;uvre le croisement des approches. Ainsi H&#233;l&#232;ne Oppenheim-Gluckman, dans La pens&#233;e naufrag&#233;e , s'appuie sur la compl&#233;mentarit&#233; entre l'approche cognitive, qui renseigne sur la place des troubles de la cognition dans l'&#233;conomie psychique du sujet, l'approche neuro-psychologique, quelques &#233;l&#233;ments plus ph&#233;nom&#233;nologiques pour approcher l'exp&#233;rience de la perte d'identit&#233;, et bien entendu l'&#233;clairage de la psychanalyse.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;&lt;i class=&quot;spip&quot;&gt;Trauma, &#233;v&#233;nement psychique, accident&lt;/i&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Le d&#233;fi qu'affronte l'ouvrage de C. Malabou pourrait s'&#233;noncer en ces termes : comment soutenir conjointement la puissance traumatique de l'&#233;v&#233;nement ext&#233;rieur dans l'accident c&#233;r&#233;bral et l'hypoth&#232;se d'une plasticit&#233; n&#233;gative, destructrice, peut-&#234;tre pas si &#233;loign&#233;e de ce que Freud a nomm&#233; &#171; pulsion de mort &#187; ? Ainsi, le traumatisme devient-il &#171; le c&#339;ur de la question &#187;. C. Malabou soutient d'ailleurs, dans son &#171; Pr&#233;ambule &#187;, l'hypoth&#232;se selon laquelle &#171; les malades d'Alzheimer en particulier, tous les c&#233;r&#233;bro-l&#233;s&#233;s en g&#233;n&#233;ral, se comportent comme des traumatis&#233;s de guerre &#187; &#8212; affirmation qui demanderait sans doute &#224; &#234;tre soumise &#224; examen. Mais ces atteintes du &#171; cerveau affectif &#187; exigent n&#233;anmoins, selon notre auteur, de s'engager dans une red&#233;finition du trauma, qui lui para&#238;t la pr&#233;-condition d'une confrontation entre psychanalyse et neurologie aujourd'hui. Je n'en indiquerai ici que quelques-unes des grandes lignes.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;C'est d'abord la d&#233;finition psychanalytique du trauma qui se trouve mise en question. C. Malabou rappelle que la pens&#233;e freudienne de l'&#233;v&#233;nement psychique repose sur deux postulats fondamentaux : l'incompatibilit&#233; de la l&#233;sion organique avec le surgissement de la n&#233;vrose traumatique et la distinction entre la cause &#171; d&#233;terminante &#187; et la cause &#171; d&#233;clenchante &#187; du trouble psychique. Pour Freud, la cause v&#233;ritable des n&#233;vroses de guerre r&#233;side dans un conflit, qui, &#224; l'origine, est un conflit entre le moi et les pulsions sexuelles repouss&#233;es par lui. L'&#233;tiologie sexuelle des n&#233;vroses r&#233;git aussi bien la n&#233;vrose traumatique que la n&#233;vrose de guerre, op&#233;rant selon C. Malabou une &#171; d&#233;localisation du c&#233;r&#233;bral au sexuel &#187;. Comment, dans ces conditions, &#171; faire droit &#224; un pouvoir &#233;v&#233;nementiel li&#233; &#224; la seule blessure, sans lien n&#233;cessaire avec l'intimit&#233; du psychisme ? &#187; et r&#233;habiliter l'approche neurologique, &#171; c&#233;r&#233;brale &#187;, des traumas et des &#233;v&#233;nements psychiques ? Comment penser, pour la psychanalyse, &#171; une possibilit&#233; d'accepter le diagnostic neurologique, de travailler &#224; partir de lui au lieu de le contourner &#187; , alors que, pour Freud, ce que C. Malabou nomme le &#171; r&#233;gime d'&#233;v&#233;nementialit&#233; psychique &#187; ne d&#233;pend d'aucune cause organique, et surtout d'aucune cause c&#233;r&#233;brale ? D&#232;s lors, quelle place la psychanalyse est-elle &#224; m&#234;me de faire &#224; la constitution de la c&#233;r&#233;bralit&#233; &#171; en r&#233;gime &#233;v&#233;nementiel sp&#233;cifique &#187;, &#224; la reconnaissance du &#171; pouvoir d&#233;terminant, et pas seulement d&#233;clenchant &#187; du trauma sur le psychisme ? Telles sont les questions dress&#233;es par l'auteur en vue d'une reconnaissance de la valeur paradigmatique des l&#233;sions c&#233;r&#233;brales, au sens o&#249; elles sont &#171; l'exemple m&#234;me du choc violent &#187;. ....&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;De ce point de vue, l'&#233;laboration de la cat&#233;gorie des sympt&#244;mes post-traumatiques (&#171; &#233;tat de stress post-traumatique &#187;) signe l'abandon d&#233;finitif de la cat&#233;gorie de n&#233;vrose traumatique et engage, selon C. Malabou, une &#171; red&#233;finition radicale de l'&#233;tiologie traumatique &#187; . Et &#224; une &#171; r&#233;habilitation de l'&#233;v&#233;nement &#187; : en effet, la sp&#233;cificit&#233; de l'&#233;v&#233;nement traumatique qui touche les &#171; nouveaux bless&#233;s &#187; tient dans ce que l'auteur nomme sa &#171; puissance m&#233;tamorphique &#187;. La neurologie insiste, en effet, sur le bouleversement total de l'identit&#233;, provoqu&#233; par la l&#233;sion ou l'&#233;v&#233;nement traumatisant, et sur le fait qu'on assiste &#224; la formation d'identit&#233; par destruction : &#171; L'&#233;v&#233;nement traumatique invente en quelque sorte son sujet &#187;. Les neuropsychiatres insistent, en effet, aujourd'hui sur le caract&#232;re inattendu et irr&#233;ductible de l'&#233;v&#233;nement traumatique, lequel, m&#234;me s'il vient rappeler un &#233;v&#233;nement du pass&#233;, ne peut le faire &#171; qu'en modifiant profond&#233;ment la vision et le contenu du pass&#233; lui-m&#234;me &#187;. La question que l'&#233;tude neurologique contemporaine des blessures et des traumas pose &#224; la psychanalyse est donc de savoir si la vie psychique r&#233;siste vraiment &#224; la destruction. On peut d&#232;s lors mesurer la distance qui s&#233;pare l'inconscient neuronal de l'inconscient psychique de la psychanalyse : le premier se confond en quelque sorte avec le passage du temps et est destructible alors que le second l'ignore (c'est le caract&#232;re Zeitlos de l'inconscient freudien). C. Malabou en conclut que &#171; la relation de la psych&#233; c&#233;r&#233;brale avec sa propre destruction fait toute la complexit&#233; du concept d'inconscient c&#233;r&#233;bral &#187; .&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La nouvelle figure du sujet qui &#233;merge de cette reformulation de l'&#233;v&#233;nement traumatique est celle d'un &#171; sujet de l'accident &#187;, incarn&#233; par les &#171; identit&#233;s d&#233;sert&#233;es de la c&#233;r&#233;bralit&#233;, vivantes figures de la mort, [&#8230;] repr&#233;sentants de la tendance &#224; l'an&#233;antissement et &#224; la destruction que la psychanalyse a &#233;chou&#233; &#224; mettre au jour &#187; . Ce qui n'est pas sans cons&#233;quences cliniques. La froideur des patients mettrait ainsi la psychanalyse &#171; au d&#233;fi de repenser la neutralit&#233; de l'analyste &#187; : il s'agirait bien plut&#244;t pour le th&#233;rapeute de trouver une mani&#232;re de devenir &#171; le sujet de la souffrance de l'autre &#187;, et la &#171; possibilit&#233; d'une clinique non transf&#233;rentielle &#187; appara&#238;trait pour finir comme l'enjeu majeur de la confrontation entre psychanalyse et neurologie, &#171; ouvrant &#224; la neuro-psychanalyse la promesse de son avenir &#187; .&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Je conclurai rapidement en &#233;voquant l'ouverture que C. Malabou propose dans la troisi&#232;me partie de son ouvrage : &#171; Vers une plasticit&#233; de la compulsion de r&#233;p&#233;tition &#187;, et qu'elle formule &#224; partir du constat que la limite de la psychanalyse est d'avoir &#233;chou&#233; &#224; admettre l'existence d'un &#171; au-del&#224; &#187; du principe de plaisir. &#192; cette impossibilit&#233; de donner forme &#224; l'au-del&#224; du principe de plaisir, r&#233;pond l'absence chez Freud d'une v&#233;ritable plasticit&#233; de la pulsion de mort : &#171; celle-ci reste sans forme, sans structure, sans figure &#187;, m&#234;me si l'on en rencontre des relais dans la pulsion d'emprise ou dans la pulsion de destruction.
....&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;L'on se trouve alors reconduit &#224; la question de la plasticit&#233;, plus exactement &#224; la distinction de deux formes de la plasticit&#233;, l'une positive, l'autre n&#233;gative, dont la &#171; pulsion de mort &#187; freudienne s'approche, tout en la d&#233;niant. Jeter un pont entre psychanalyse et neurosciences exige alors de soutenir l'hypoth&#232;se d'une plasticit&#233; n&#233;gative qui permette de penser le &#171; plasticage &#187; du cerveau et de la psych&#233; et d'engager le d&#233;bat entre c&#233;r&#233;bralit&#233; et pulsion de mort. C. Malabou pose que cela n'est possible qu'&#224; la condition de se situer dans &#171; le dedans m&#234;me &#187; de la pens&#233;e de Freud, au c&#339;ur de cette &#171; pens&#233;e de la destruction et de l'an&#233;antissement du psychisme &#187; qu'il a formul&#233;e comme &#171; pulsion de mort &#187; . Et d'apercevoir qu'il y a bien d&#233;j&#224; chez Freud &#171; deux plasticit&#233;s dans la plasticit&#233; &#187; : l'une constructrice, &#171; vivante &#187; (pulsion de vie), l'autre destructrice, mortif&#232;re (pulsion de mort). Mais elle retient en effet contre Freud sa difficult&#233; &#224; &#171; donner forme &#187; &#224; l'au-del&#224; du principe de plaisir. Elle souligne que Freud ne prend pas en compte la possibilit&#233; que se forment de nouvelles identit&#233;s, m&#234;me lorsqu'il &#233;voque les modifications du moi : les pulsions de vie et de mort, m&#234;me si elles semblent correspondre &#224; deux instances plastiques contradictoires, servent en r&#233;alit&#233; le travail d'une plasticit&#233; originaire, positive et autor&#233;gul&#233;e car l'intrication des pulsions de vie et des pulsions de mort est du registre du vivant. Au contraire, l'approche neurologique de la destruction psychique, en insistant sur le bouleversement total de l'identit&#233; provoqu&#233; par le trauma, peut &#171; donner corps &#224; cet au-del&#224; qui, chez Freud, demeure &#224; jamais manquant &#187; , modifiant par l&#224; m&#234;me les perspectives th&#233;rapeutiques.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;Ainsi C. Malabou consid&#232;re-t-elle que les th&#233;rapies comportementalistes, en visant la r&#233;paration, mettent en &#339;uvre un troisi&#232;me type de plasticit&#233;, la &#171; plasticit&#233; formatrice &#187;, laquelle contribue &#224; un &#171; effacement &#187; de la plasticit&#233; destructrice &#8212; tout en relevant en m&#234;me temps le caract&#232;re &#233;quivoque de cette entreprise de r&#233;paration.&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;spip&quot;&gt;La solution consisterait alors &#224; se tourner vers la neurologie pour combler cette lacune freudienne en proposant, entre neurologie et psychanalyse, &#171; un concept de plasticit&#233; destructrice qui donne &#224; la pulsion de mort sa forme propre, c'est-&#224;-dire autonome &#187;, ce qui supposerait &#171; d'admettre que l'avenir de la psychanalyse ne d&#233;pend pas de la psychanalyse seule &#187; , mais repose sur sa capacit&#233; &#224; entrer dans un dialogue &#171; s&#233;rieux et construit &#187; avec la neurologie.
L'entreprise de C. Malabou, pour autant qu'elle pose un v&#233;ritable d&#233;fi, ne r&#233;siste peut-&#234;tre pas, &#224; son tour, &#224; cette tentation qui nous para&#238;t caract&#233;riser les lectures philosophiques de la psychanalyse, nombreuses et vari&#233;es, de venir r&#233;former ou compl&#233;menter la psychanalyse en l'arrimant &#224; d'autres champs disciplinaires. Gain d'intelligibilit&#233; ou for&#231;age ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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