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le 13 janvier 2011, à 21 h 15, Jean-Claude POLACK, « L’obscur objet du cinéma - Réflexions d’un psychanalyste cinéphile » et Raymond BELLOUR, « Le Corps du cinéma - Hypnoses, émotions, animalités »


SOIRÉE-DÉBAT

le jeudi 13 janvier 2011 à 21 h 15

au 18 rue de Varenne, 75007 PARIS

avec Jean-Claude POLACK, auteur du livre

L’obscur objet du cinéma – Réflexions d’un psychanalyste cinéphile (Ed. Campagne Première, 2009)

et

Raymond BELLOUR, auteur du livre Le Corps du cinéma - Hypnoses, émotions, animalités (Ed. P.O.L., 2009)

Anik KOUBA et Paul BRETECHER, psychiatres et psychanalystes, participant au comité éditorial de la revue Chimères, présenteront le livre de J.-Cl. Polack.

J.-Cl. Polack, lui, présentera le livre de R. Bellour.

Récemment, lors d’une de nos Journées Internes autour du « Récit des Ateliers », nous avons rencontré et échangé avec J.-Cl. Polack. Il nous a présenté son groupe de travail : Approche analytique des états psychotiques. Psychanalyste et cinéphile, il a publié, il y a un peu plus d’un an, une profusion de notes et de réflexions prises sur une quinzaine d’années, à propos d’une centaine de films. Avec ces notes, il a joué, associé, travaillé et élaboré aussi. Dans son livre, il nous propose d’aborder le cinéma comme outil : lumières et caméras ciblent plein feu sur la vie psychique. Les articulations entre cinéma et psychanalyse apparaissent autour des thèmes de l’enfance, de la folie et du rêve.

L’auteur nous invite à mettre dans notre poche, avec notre mouchoir par-dessus, nos interprétations et usages de concepts psychanalytiques pour nous rendre disponibles à tenter d’entendre quelque chose du désir du cinéaste qui se confronte à la violence de la pulsion, à la grande Histoire et au Réel. Avec Kubrick, Coehn, Chabrol, Chaplin, Fellini, Lars Von Trier, Haneke, Hitchcock, Soderbergh, Buñuel, il écrit, entre autres, à propos de deux films qui ont contribué à constituer sa pensée et ses engagements autour de la folie et de la politique : Une Femme sous influence (1974) de Cassavetes, (j’en ai apprécié l’expression « la famille, machine d’ensaignement »…) et Palombella Rossa (1989) de Nanni Moretti ou la souffrance et son cortège de symptômes de « l’après-socialisme réel ».

J.-Cl. Polack fut psychiatre à la clinique de La Borde fondée par Jean Oury.

Si le rapprochement entre rêve, fantasme et cinéma a déjà été largement abordé, J.-Cl. Polack transpose au cinéma les processus d’élaboration du rêve sans tomber dans l’écueil de la psychanalyse d’un film ou d’un réalisateur. Sa pensée fait chemin par ceux qui furent ses amis et collègues : G. Deleuze (Cinéma 1 l’image-mouvement, Cinéma 2 l’image-temps) et Félix Guattari ; tous deux fondateurs de la revue Chimères dont J.-Cl. Polack est directeur de la publication. Il pense le cinéma en tant qu’expression des impasses du collectif.

*

Raymond Bellour est écrivain, critique et théoricien de la littérature (Henri Michaux ou une mesure de l’être, Gallimard, 1965). Il a fondé la revue Artsept en 1963 avant d’entrer au C.N.R.S. Il donne des cours à l’université de Paris-III. En 1991, il a créé avec S. Daney la revue Trafic.

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Le Corps du cinéma est un essai critique qui, à partir d’une comparaison entre cinéma et hypnose, nous montre comment le corps du spectateur est pris dans le corps du cinéma. L’auteur, seul théoricien du cinéma actuellement en France, procède par glissements de l’hypnose au dispositif cinématographique et de l’induction à l’émotion du spectateur. Il passe des grandes figures d’hypnotiseurs (Fritz Lang, Vicente Minnelli, John Huston, Andreï Tarkovski, Benoît Jacquot, Kiyoshi Kurosawa) aux puissances animales chères au cinéma (King Kong et La Féline, par exemple).

R. Bellour circule librement à travers l’histoire du cinéma et de ses différents dispositifs en passant par la psychanalyse, l’anthropologie et l’esthétique. Lors de l’analyse d’un film, il tient à « rester fidèle à la mémoire de ce qui nous a un jour, transi » (p. 18), à « ouvrir l’image au langage qui s’en fait le double inquiet » (p. 25) et à rendre « l’invisible visible » (Foucault).

Il questionne l’abondance actuelle des images, formées et transformées par la vidéo. Selon lui, « l’entre images est un lien de passage » entre immobilité et mouvement, figuration et défiguration. Il partage avec nous cette réflexion d’une « image pensive, une image qui recèle de la pensée non pensée ».

Dans le sillage de Lacan, seul après Christian Metz qui a introduit le signifiant imaginaire, R. Bellour abandonne la logique du structuralisme au profit d’une pensée-cinéma (G. Deleuze). En réfutant l’interprétation orthodoxe freudienne, il utilise une grammaire du cinéma, plus proche de l’investissement psychique et de l’inconscient.

J.-Cl.Pollack propose que cette soirée-débat donne lieu, plus tard, à un travail collectif plus ambitieux –pourquoi pas une après-midi débat ? – sur ce que le cinéma, avec son mode de pensée, apporte à notre investigation de l’inconscient et notre clinique de la folie.

Marie-Jeanne GENDRON-GARNIER



[Article mis à jour le 3 janvier 2011)