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21 janvier 2012 : après-midi débat avec Jeanne FAVRET-SAADA


APRÈS-MIDI DÉBAT avec Jeanne FAVRET-SAADA autour de son livre

Désorceler

(Paris, Éditions de l’Olivier, coll. « Penser/Rêver », 2009)

le samedi 21 janvier 2012 de 15 h 00 à 17 h 30

Après Les mots, la mort, les sorts puis Corps pour corps, en collaboration avec Josée Contreras, Jeanne Favret-Saada a fait paraître en 2009 un troisième ouvrage : Désorceler. Ce livre est donc le troisième d’un cycle ayant pour sujet une enquête ethnologique sur la sorcellerie, entreprise en 1969 dans le bocage de l’ouest français, terrain qu’elle a exploré plusieurs années. Ce livre est pour nous l’occasion d’inviter cet auteur et de la rencontrer de nouveau, elle qui a été proche de la Fédération des Ateliers de Psychanalyse dans les années 90. Philosophe, anthropologue, psychanalyste mais également analyste politique ou encore spécialiste des phénomènes de croyance, Jeanne Favret-Saada exprime dans son œuvre une pensée sans cesse en mouvement, pensée dynamique dont la particularité est d’inclure l’observateur dans la scène observée, « d’être affecté », ce qu’elle présente comme « la dépossession et la perte de maîtrise de soi, l’acceptation du désir de l’autre, la reconnaissance d’une opacité constitutive de la communication humaine » – c’est une anthropologie réflexive. Jeanne Favret-Saada sonne le glas de la confortable position du Grand Partage entre « eux » – les non-sachant – et « nous » – les sachant. En 1977, date de la parution du premier livre de ce cycle sur la sorcellerie, grand nombre d’universitaires, bien assis en chaire, se sont offusqués de sa position qu’ils qualifiaient de « non scientifique » ! Et pourtant, Jeanne Favret-Saada nous a proposé, et continue de le faire, une science totalement humaine, uniquement humaine. L’œuvre de Jeanne-Favret Saada n’a pas pour visée la construction « d’un monument théorique », l’auteur ne se reconnaît pas comme chef de file d’une école, même si elle a inspiré beaucoup d’entre nous.

Désorceler a comme particularité de parler d’une expérience de sorcellerie comme d’une expérience humaine et non pas comme une survivance, « un bloc inaltérable de pensées et de pratiques tirées d’un fonds immémorial ». La sorcellerie dans le bocage est un affrontement duel entre des familles d’exploitants agricoles. Jeanne Favret-Saada montre qu’« être pris » est en lien aussi avec l’incapacité psychique du fils héritier de la propriété agricole d’écarter sa fratrie de cet héritage. L’action du désorceleur est qualifiée par l’auteur de « thérapie du collectif familial des exploitants d’une ferme ».

Dans son ouvrage, Jeanne Favret-Saada nous emmène avec elle à de nombreuses cures de désorcèlement chez Mme Flora, cures qui mettront en évidence l’utilisation d’un dispositif formel de cartes rouges et noires aux fins de susciter « l’embrayeur de violence » qui va mener la femme de l’exploitant à ramener la force disparue de son mari.

Toutes singularités gardées dans leurs dispositifs respectifs, c’est sur le mode de la pratique psychanalytique qui implique que l’analyste accepte, dans un premier temps, de recevoir l’intensité dont l’autre est affecté sans en rien comprendre, que Jeanne Favret-Saada se laisse prendre par la sorcellerie, afin d’en élaborer, après coup, un certain savoir. Cette étude singulière nous ouvre à l’anthropologie de toutes les formes de thérapies basées sur la parole. Notre présentation ne consistera pas en une description exhaustive de l’œuvre, c’est pourquoi nous souhaiterions que vous puissiez lire ce livre avant notre présentation, le débat avec l’auteur n’en sera que plus riche.

Les discutants : Anna ANGELOPOULOS, Élisabeth ARRIGHI-MAUREL et Dominique GAUCHER

Participation aux frais de location de la salle : 10 €



[Article mis à jour le 14 décembre 2011)

Note

Cet après-midi débat, publique, se tiendra à la Faculté de Théologie Protestante, 83 boulevard Arago, 75014 Paris

Métro : Glacière, Denfert-Rochereau ou Les Gobelins