SOIRÉE-DÉBAT
du jeudi 7 avril 2011 à 21 h 15
à la Faculté de Théologie Protestante
83 boulevard Arago, 75014 Paris
Métro : Glacière, Denfert-Rochereau ou Les Gobelins
autour de K, histoires de crabe de Marie-Dominique ARRIGHI (Éditions Bleu autour, 2010) ou la pulsion de vie au jour le jour avec Louise L. LAMBRICHS*, auteur de Le livre de Pierre (Seuil, 2011)
Discutantes : Elisabeth Maurel-Arrighi et Odile Mélèse
Blog, psychanalyse et littérature, quel rapport ? Ce livre est la restitution intégrale d’un blog** (sans les commentaires des lecteurs dont le nombre atteignit 10.000 par jour) qu’a tenu Marie-Dominique Arrighi (MDA) sur Libération entre juin 2009 et février 2010, avant de s’éteindre en mars 2010. Dans ce blog, elle exerce tout d’abord son métier de journaliste, attentive à un double objectif : témoigner de la réalité de la société dans laquelle elle vit et invite ainsi chacun de ses lecteur à s’interroger, à sa place propre, sur la responsabilité qu’il porte. Parallèlement, MDA nous dit, sans mélo mais sans non plus rien cacher, son combat quotidien pour maintenir vif son intérêt pour le monde qu’est devenu son nouvel espace, de soins bien sûr, mais indéfectiblement intriqué à la société. Elle le fait dans la rigueur, le souci d’être au plus près de la vérité… et avec, souvent, une incroyable drôlerie. Pathos connaît pas !
Et l’analyse dans cette affaire ? Que faisons-nous avec nos patients sinon, dans les méandres paralysants des traumatismes anciens et actuels, en aidant au décryptage des entraves anciennes (hors d’usage mais pas hors d’effets), tenter de maintenir vive la curiosité pour la vie, la place la plus grande possible pour Éros justement ? MDA, dès début juin, après avoir lu Le livre de Pierre de Louise L. Lambrichs fait l’hypothèse que sa maladie a du sens. Le 18 septembre, elle écrit, après avoir décidé d’entreprendre une nouvelle tranche : « Qu’est-ce que j’espère alors du travail psychanalytique que je veux entreprendre ? Peut-être la possibilité de redevenir amoureuse… » et, plus loin, le 25 janvier : « Là en ce moment, j’apprends l’autre, la présence de l’autre, la force de l’autre. » N’est-ce pas, très exactement, ce que nous tentons de faire advenir chez chacun de nos patients ? Quels seraient alors nos outils conceptuels pour laisser advenir cette pulsion de vie, tenue sous le boisseau, dans ces moments où le monde bascule ? MDA pose de façon radicale la question du traumatisme ; elle s’adresse à « l’autre » - analyste, ou lecteur de blog, ou de livre -. On ne peut en effet comprendre ces zones de sidération où le monde semble s’écrouler pour aller au-delà que si on a un témoin qui pourra témoigner.
Témoigner, c’est très précisément ce qui anime Louise L. Lambrichs, vice-présidente du comité scientifique de l’association Psychisme et cancer et auteur d’un ouvrage, Le livre de Pierre, qu’elle a écrit à quatre mains avec Pierre Cazenave, lui-même fondateur de l’association qui maintenant porte son nom, livre qui vient d’être réédité.
S’appuyant sur sa triple expérience de psychiatre, mais surtout de psychanalyste et de cancéreux, Pierre Cazenave, a fondé cette association en 1991. Ce centre, comme l’écrit Louise Lambrichs, se veut « un lieu d’aide psychique aux malades cancéreux, qui serait à la fois lieu d’accueil, de consultation, d’échanges et de recherche : un lieu où la collaboration entre les malades et les psychanalystes permettrait d’éviter que les enjeux de pouvoir tant institutionnels que d’écoles n’entravent la liberté de parole et la liberté de pensée ; un lieu enfin, où la maladie serait envisagée sous un angle humaniste, et où la relation d’aide serait conçue comme une rencontre ». En mai 92, Pierre Cazenave écrivait : « Quand j’ai commencé à fréquenter des cancéreux, à commencer par moi-même, j’ai eu un sentiment de vertige. Vertige face au vide, comblé par cette tumeur qui menace d’occuper toute la place, de déloger le propriétaire de sa propre maison. Mais l’a-t-il jamais occupée sa propre maison ? Il reste chez ces êtres menacés d’être dévastés quelques indices, quelques traces, d’une vie passée… Ces traces témoignent d’une empreinte mais pas d’une histoire – tout à fait comme dans le désert – négatif de la mer – il nous faut, grâce aux indices, réécrire l’histoire. » Et plus loin : « L’enfant qui nous hante tous et qui nous a faits psychanalystes n’aura jamais fini de grandir ; mais il est aussi trop carencé pour prétendre se départir de sa fonction de thérapeute et accéder à celle de l’artiste, seul vrai créateur. Nous tentons de survivre en créant avec nos patients une œuvre qui se construit, séance après séance, œuvre immatérielle mais enrichissante, qui peut nous apporter quelque fois un supplément d’âme et nous faire regarder la vie d’une manière moins souffrante. » Louise L. Lambrichs, écrivain, critique et chercheur indépendant, s’attache à aborder les liens entre littérature et épistémologie médicale, psychanalyse et éthique. Elle a notamment beaucoup travaillé sur la guerre en ex Yougoslavie et les dénis de l’Histoire. Elle considère la littérature comme acte de création qui porte témoignage des zones de dévastation dont l’humain peut être le théâtre pour faire advenir en lui un espace de liberté et de rencontre. Dans cette polyphonie entre MDA, Pierre Cazenave, Louise L. Lambrichs et les analystes de la Fédération, nous explorerons l’effet cathartique du mot juste, du geste précis. Cela nous donnera à penser, pour nous et nos patients, à nos modes de navigation au creux de la complexité du monde et des paradoxes qui nous font avancer.
Élisabeth MAUREL-ARRIGHI et Odile MÉLÈSE
PS : Des raisons impérieuses retiennent Ariane Mnouchkine loin de Paris et elle ne pourra pas être des nôtres.
* Dernières publications : Nous ne verrons jamais Vukovar (Éditions Philippe Rey, 2005), L’effet Papillon (Inventaire-Invention, 2007) ; Puisqu’ils n’en diront rien, La violence faite aux bébés (Bayard, 2009).
** http://crabistouilles.blogs.liberat...
Participation aux frais de location de la salle : 10 €
Dans ce livre destiné aux malades atteints de cancer, aux soignants, aux médecins, aux psychanalystes, mais aussi aux curieux qui s’interrogent sur les rapports entre médecine et psychanalyse, Louise L. Lambrichs se fait l’écho des questionnements cliniques et existentiels de Pierre Cazenave, psychiatre psychanalyste et cancéreux, questionnements qui rejoignent ceux de nombreux malades. Quel peut être, dans ce contexte, l’enjeu d’une rencontre avec un psychanalyste ?
Après plusieurs années de pratique et d’élaboration théorico-cliniques dont témoignent les documents proposés en annexe, Pierre Cazenave, ayant fait l’expérience des difficultés inhérentes aux nécessités de la médecine, rêvait d’écrire un livre et de créer un centre d’accueil thérapeutique, animé par la psychanalyse, pour les malades atteints de cancer. Dans le cadre de l’association Psychisme et Cancer, ce centre innovant fut créé en 1998 à Paris par Françoise Bessis avec une équipe de psychanalystes et de malades accueillants.
Cette nouvelle édition du Livre de Pierre permet de mesurer le chemin parcouru et la façon dont prend corps, à plusieurs dont les voix se font ici entendre, un désir ancré dans une nécessité éprouvée par nombre de malades et de thérapeutes. (4e de couv.)
