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les 3 et 4 décembre 2011 : Journées de la Fédération des Ateliers de Psychanalyse, « Jeux et enjeux du récit en psychanalyse, récit littéraire et œuvre d’art »


ARGUMENT

Au psychanalyste l’impensable, Et au poète l’impensé.

Pierre Delaunay, Les Quatre transferts (éd. F.A.P., juillet 2011)

  En instituant la cure par la parole, en invitant ses patientes hystériques en proie au symptôme à se souvenir, Freud inaugure le récit en psychanalyse. Par la mise en récit de l’histoire de sa souffrance, le corps de l’hystérique devient psychique, un appel adressé à l’autre, et Freud, en le relevant, écrit la présentation des processus psychiques à l’œuvre « à la façon dont elle nous est donnée par les poètes ». Le récit singulier des histoires de malades quitte le discours scientifique de l’époque pour s’approcher du genre littéraire.

Après le rêve, la deuxième voie royale d’accès aux processus psychiques inconscients sera l’œuvre d’art, populaire ou individuelle, littéraire ou plastique, prise dans la traversée créatrice. Ainsi, récits de cure, récits littéraires, matériaux infantiles du rêve et du mythe atemporel - transmis par l’oralité itinérante affectée de métamorphoses - accompagnent non seulement les premiers temps forts de la pensée freudienne naissante, mais l’œuvre entière dans son déroulement.

Mais nous savons bien que la quête du souvenir, fut-ce devant un témoin élu, ne suffit pas en elle-même à constituer un récit qui soigne. Le caractère paradoxal de la règle fondamentale, basée sur l’association libre, en témoigne. Ce petit récit à lui tout seul : « Dites tout ce qui vous passe par l’esprit », invite à la fois à narrativiser, à faire des phrases dotées de sens, ce qui appartient au processus secondaire et, en même temps, à toucher les traces mnésiques, la régression, à s’abandonner à la rêverie, aux larmes, au silence, tout ce qui provient du processus primaire. Voilà une injonction antinomique dès le départ !

C’est là qu’intervient le transfert qui crée et défait le passage d’un processus à l’autre, y compris par l’échange de récits conscients et inconscients : les récit du patient, lacunaires, trop construits, ou silencieux, qui, sous l’effet de la répétition inconsciente, sont agis plutôt que narrés ; les récits de l’analyste, qui écoute et associe, pour lui-même, pour l’autre, pour les deux, avec tout ce qui le constitue intérieurement, sans oublier que chaque histoire est singulière et à nulle autre pareille. Qu’entendent le psychanalyste et son patient de cette parole inouïe qui s’énonce, s’échappe, reste en suspens ? Car c’est dans l’intervalle entre les deux que l’on entend, que l’on éprouve, que l’on pense, tour à tour ou dans l’échange.

Sur quels modes se réalisent, dans la clinique, les effets de l’interaction de ces récits enchevêtrés provenant de registres aussi divers ? Que pouvons-nous repérer de leur effet thérapeutique chez nos patients d’aujourd’hui, à partir de l’invention freudienne, à laquelle s’ajoutent les apports de Ferenczi, Winnicott, Bion, Balint et de bien d’autres ? Question complexe que l’on peut tenter d’approcher.

Si Anna O, aux tout débuts, avec Breuer, empruntait aux contes d’Andersen les fictions de son théâtre-privé, nos patients et nous-mêmes nourrissons largement nos fictions personnelles et cliniques de l’art. Dans les œuvres toujours riches d’enseignement sur l’âme humaine, souvent évoquées par nos patients, le cinéma et le roman occupent une grande place. Sont aussi très présents le théâtre, la musique et la poésie. La danse nous ouvre autrement à des questions concernant le corps, l’espace, le mouvement. L’art contemporain nous garde en contact avec la création et ses effets, énigmatiques et destructeurs, tels qu’ils peuvent s’imposer parfois à nous, dans le travail clinique. Sans qu’on le sache toujours, l’art fait partie de nos récits intérieurs. Dans ces Journées de décembre 2011, nous proposons des interventions pour mettre en scène ce questionnement autour du récit et de l’œuvre créatrice.

Anna ANGELOPOULOS

PROGRAMME

Samedi matin

Modérateurs : Monique Buras-Tugendhaft, Claude Delaunay

9 h 30 – Accueil

10 h 00 – Pascale AMISTANI : Les récits-divan

11 h 00 – Annie FRANCK : Enjeux de l’écriture pour l’analyste

12 h 00 – pause

12 h 15 – Blandine PONET et Marie-Jeanne GENDRON-GARNIER : D’un corps à l’autre, ça parle sans mots

Samedi après-midi

Modérateurs : Anna Angelopoulos, Claude Delaunay, Marie-Jeanne Gendron-Garnier

15 h 00 – Jean-Claude POLACK : Nous sommes tous faits de lignes

16 h 00 – Annie TOPALOV, Claude GROSBERG et Heitor O’DWYER DE MACEDO : Le statut du récit et ses transformations dans la cure

17 h 00 – Projection du film « Dance as a karma », avec Carolyn CARLSON, réalisé par Béatrice VERNHES, écrit par Christian DUMAIS-LVOWSKI

La Journée du samedi sera suivie d’un dîner à proximité de la salle. Réservez lors de votre inscription

Dimanche matin

Modérateurs : Anna Angelopoulos, Dominique Gaucher, Vincent Perdigon

10 h 00 – Leslie KAPLAN : L’ordinaire du récit

11 h 00 – Intervention du Séminaire « Conte et Psychanalyse » : Anna ANGELOPOULOS : Destins de l’énigmatique dans le récit oral et dans la cure

Sylvette GENDRE-DUSUZEAU : Interférence de récits écrits dans la relation transférentielle

12 h 00 – Bruno de La Salle : Conte transgénérationnel 13 h 00 - Buffet

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Tarifs des Journées : les deux jours 70 €, une seule journée 40 € (tarif spécial étudiants)

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Pascale AMISTANI : Les récits-divan « Le vrai art est toujours là où on ne l’attend pas. Là où personne ne pense à lui ni ne prononce son nom. L’art déteste être reconnu et salué par son nom. Il se sauve aussitôt. » Jean Dubuffet

Je vais vous parler des récidivants, de petits enfants qui s’obstinent à prendre des livres pour faire leur analyse. Ces livres qu’ils choisissent, ce sont toujours les mêmes alors qu’ils ne savent ni lire, ni écrire et même, parfois, pas parler. Ils y reviennent sans cesse à ces ouvrages comme on répète sur un divan. Alors, qu’en est-il du récit en psychanalyse avec ces enfants, ces petits qui n’ont pas les mots pour raconter ? Comment peut-on accueillir ce qui se raconte sans la parole, et que les enfants nous contraignent à saisir à travers textes et images publiés ? De quelle sorte de parole s’agit-il ? Quel est ce mode d’entrée dans la cure analytique, par le prisme d’un ouvrage ? Nous tenterons de saisir comment par le détour des livres, deux petits garçons placés, l’un en famille d’accueil, l’autre en institution, s’en emparent, se les approprient pour, pourrait-on dire, écrire un texte avec des fragments d’histoires ; un texte ou plutôt « leur texte ». À travers deux moments de cure, nous verrons comment par la désignation de livres, d’images ou de photographies, ces deux enfants de deux ans, font advenir une cohérence de récit - la leur -, perdue, emmêlée au milieu d’histoires traumatiques. Cette appropriation entêtée de récits-livres, nous pourrions l’appeler « l’insistance créatrice ». Ce serait ça les récits-divans ?

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Annie FRANCK : Enjeux de l’écriture pour l’analyste Freud recommandait, non sans raison, de prendre le moins possible de notes dans le cours d’une cure, et surtout de ne pas en tenter alors son récit sous peine de risquer de la figer, de lui infliger un développement « intentionnel ». Pourtant, pour certains analystes, l’écriture accompagne parfois le travail en cours, et en constitue même un point d’appui...

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Blandine PONET et Marie-Jeanne GENDRON-GARNIER : D’un corps à l’autre, ça parle sans mots

Que l’on soit analyste ou infirmière en psychiatrie, le surgissement du sensible intervient toujours de manière fracassante et nous fait trembler, ce qui provoque une désolidarisation. Puis à notre insu, nous surprend l’émergence d’une idée, d’une parole, d’un geste qui, parfois, provoque de la jubilation.

C’est souvent une configuration dans la réalité d’éléments de hasard, disparates qui entraîne une compréhension ou une interprétation. Ici, il n’est pas question de « cas » ni de « clinique » mais de rencontre et peut-être même pas tant que cela - d’analysant, d’analyste, d’infirmière ou de patient -. Sans pour autant être dupes, il est difficile d’y échapper. Ce qui nous relie, c’est la psychanalyse.

Comment arrive un effet libérateur ? Qu’est-ce qui suscite du dénouement ? D’une place (analyste) à l’autre (infirmière), nous chercherons à faire entendre des échos, des résonances et peut-être arriver à faire sentir l’existence d’un fonds commun, au-delà de la psychanalyse et pourtant, révélé par sa pratique. Et après tout, si ce chemin est impliquant au point d’y perdre quelques plumes, ne nous permet-il pas aussi d’utiliser l’une d’entre elles pour écrire ?

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Annie TOPALOV, Claude GROSBERG et Heitor O’DWYER DE MACEDO : Le statut du récit et ses transformations dans la cure

La présentation de notre travail se fera à partir d’un exposé clinique. Après discussion sur la définition du terme de « récit dans la cure », le texte dégagera les différents niveaux de récit construits dans le transfert. Comment un récit de l’enfant devient-il un récit pour le monde ? Un deuxième temps sera consacré à deux commentaires articulés à l’exposé.

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Film « Dance as a karma », avec Carolyn CARLSON, réalisé par BÉATRICE VERNHES et écrit par Christian DUMAIS-LVOWSKY

Pour Carolyn Carlson, la danse est un karma, un destin. Chorégraphe, danseuse, poète et calligraphe, Carolyn Carlson s’intéresse aujourd’hui à la transmission du savoir. Dans ce documentaire, à travers des entretiens et des extraits de master classes, Carlson évoque les arcanes de sa création, ses inspirations, et ce qui migre d’un individu a l’autre.

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Jean-Claude POLACK : Nous sommes tous faits de lignes

Sous ce titre une peu laconique (phrase trouvée dans un chapitre de l’Anti-Oedipe consacré à la nouvelle, par opposition au conte et au roman), je me propose de considérer la cure et les séances comme des situations pragmatiques d’énonciation, comparables à des récits. Cela concernerait le dispositif freudien initial, mais encore mieux les situations de face à face avec des patients psychotiques ou « border-line » et, exemplairement, le dialogue entre analystes, la « conversation » des « supervisions. »

Me référant à Deleuze et Guattari, et à quelques nouvelles de Calvino, Cortazar, Salinger et d’autres, j’aimerais suggérer la complexité des « lignes » qui traversent le psychisme inconscient, tenter d’en discerner les manifestations et, par conséquent, la manière de les entendre et de les utiliser dans le travail de l’analyse.

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Leslie KAPLAN : L’ordinaire du récit

...où l’intervenante tentera de parler de sa pratique d’écrivain.

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Intervention du Séminaire « Conte et Psychanalyse » :

Anna ANGELOPOULOS : Destins de l’énigmatique dans le récit oral et dans la cure

À partir d’un récit clinique, sera questionné le changement de places, dans le transfert, ainsi que ses implications, en relation avec des situations extrêmes que mettent en scène certains mythes populaires.

Sylvette GENDRE-DUSUZEAU : Interférence de récits écrits dans la relation transférentielle Au cours de la déconstruction et construction des divers récits dans les transferts, il s’agira de prendre en compte, dans la « cure de parole », le rapport au texte écrit tant chez l’analyste que chez son patient.

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Bruno de LA SALLE est Directeur artistique au CLiO (Conservatoire contemporain de Littérature Orale à Vendôme), conteur d’épopées et auteur. « Raconter ou écouter une histoire est un acte de confiance en l’autre. C’est être comme deux voisins sur le même palier qui, ouvrant leur porte ensemble et ne la renfermant pas aussitôt, inventent par ce geste un appartement deux fois plus grand que celui dont ils disposaient. Il en est de même pour nos territoires : en racontant nous les agrandissons » Leslie KAPLAN : L’ordinaire du récit



[Article mis à jour le 31 janvier 2011)

Note

Ces Journées se tiendront à la Faculté Théologique Protestante, 83 boulevard Arago, 75014 Paris (métro : Glacière, Denfert-Rochereau ou Les Gobelins)